pour affronter l’insécurité économique de ce XXI eme siècle, refondons notre Sécurité sociale.

 

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70 ans de Sécu en affiches

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Le 4 octobre 1945, l’ordonnance créant la Sécurité sociale était promulguée par le gouvernement provisoire dirigé par le Général de Gaulle.

L’énoncé de l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 est révélateur de cet ambitieux programme de sécurité sociale : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. »

Bien que lié au droit individuel à un emploi, la vision originelle du modèle envisagé par le C.N.R. se voulait universaliste ; il s’agissait en effet d’assurer un plan complet de sécurité sociale « à tous les citoyens ». Si l’ouvrier est titulaire de droits sociaux à travers son travail, les enfants, la conjointe bénéficient de l’extension de ces droits comme membres de la famille du travailleur.

Ainsi par la cotisation sur les salaires on a pu socialiser l’assurance maladie pour toute la famille, la retraite individuelle par répartition, l’assurance chômage et les allocations familiales. Tous ces droits sont conditionnés au statut  de travailleur salarié ou indépendant, au temps hebdomadaire de travail de chacun., au nombre de trimestres de labeur.

Depuis, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse  de limiter les ambitions de ce vaste programme de sécurité sociale en reprenant la main sur l’ensemble de la protection sociale. Ainsi récemment avec la présidence Hollande il y a eu la fin de l’inconditionnalité des allocations familiales et la prise en charge par le budget de l’État d’une partie des cotisations dites patronales avec le C.I.C.E., mouvement initié par le gouvernement Fillon avec les réductions de « charge » éponymes. Aujourd’hui le gouvernement Philippe-Macron continue l’œuvre de démolition des régimes d’assurance maladie, chômage et retraite mise en place en 1945, financés par la cotisation sur les salaires. La dernière proposition d’une retraite par points individualisera encore plus le montant de la pension de retraite et préparera la mise en place d’une retraite par capitalisation.

Alors que pour accompagner et préparer chacun à faire face aux transformations des activités imposées par le développement technologique, pour répondre aussi au défi du réchauffement climatique, il serait nécessaire de socialiser une part plus importante de la richesse créée, on assiste au contraire, au nom d’une « nécessaire diminution des dépenses publiques », à un démantèlement en règle des organismes paritaires de la Sécurité sociale mis en place en 1945. Au lieu de socialiser les risques, on individualise la protection sociale qui peu à peu passe sous la coupe des intérêts privés qui n’assurent plus en fonction des moyens de chacun mais bien en fonction des risques individuels couverts. Aujourd’hui notre  Sécurité sociale est bien trop faible pour affronter les défis à venir. La crise de l’hôpital en est une des manifestation la plus évidente.

En France ce sont plus de 9 millions de personnes qui vivent avec moins de 1000 € par mois. Un tiers des Européens, actifs et retraités, vivent dans une insécurité économique croissante, à cause  du chômage ou condamnés qu’ils sont  à accepter des petits boulots qui les assignent dans la pauvreté.( voir l’émission de Arte sur les nouveaux pauvres ).

En ce début du XXIe siècle, à cause de la mondialisation des échanges, avec la mise en concurrence des travailleurs du monde entier et de la substitution du travail humain par les machines et les robots, avec la numérisation de l’économie, la rémunération du capital, du « travail mort », dans le partage de la valeur ajoutée est de plus en plus importante  sans que celle-ci ne participe au financement de la Sécurité sociale; les cotisations étant adossées sur la rémunération du travail.

En outre  l’augmentation du chômage, l’exigence de formation et l’allongement des études, l’intermittence du travail, la diversification  des statuts dans l’ entreprise, l’auto-entreprenariat, remettent en cause la centralité et l’homogénéité du salariat. On assiste aussi, pour un même type de qualification, à l’individualisation des rémunérations au sein même de l’entreprise.

Cet émiettement des différentes formes de travail devrait au contraire conduire à une « socialisation accrue du revenu et à une extension des solidarités. Ce serait le sens d’un salaire social déconnecté du travail, non dans sa version libéral d’une aumône de survie, mais dans une logique du droit à l’existence…« (Daniel Bensaïd – Eloge de la politique profane).

Cette allocation  d’existence doit pouvoir accompagner tout être humain de la naissance à la mort en lui assurant, inconditionnellement,  en toute circonstance, de quoi vivre dignement. Véritable  » gilet de survie » elle assure à chacun le « pouvoir de vivre » indépendamment de l’exercice d’un emploi. Reconstruire aujourd’hui notre Sécurité sociale passe d’abord par l’adoption d’une allocation universelle d’existence comme colonne vertébrale de ce nouveau système fondé sur la solidarité et l’universalité. Autour de cette véritable assurance vie pourront s’organiser les autres droits comme l’accès aux soins, le droit à la retraite ou à une allocation chômage ainsi que les aides aux familles.

EN FINIR AVEC LA REDISTRIBUTION ADMINISTRÉE PAR l’ÉTAT.

Pour limiter les dégâts des politiques économiques libérales, au fil du temps, l’État a dû mettre en place une série d’aides ciblées: Ce sont  les minima sociaux ( RSA, ASPA, etc), aides spécifiques pour venir en aides aux personnes sans ressources et en fin de droit,  les aides aux familles pour compléter les trop faibles allocations familiales (allocation pour parents isolés, allocation de rentrée scolaire, allocation logement, etc…), les compléments de salaire comme la prime d’activité. Toutes ces aides, conditionnées, stigmatisantes,à postériori,  complexes à mettre en œuvre,  laissent encore beaucoup trop d’ayants droit sans ressources ou dans la précarité, absorbent l’équivalent de l’impôt sur le revenu ( 75 milliards d’€ ), payé par moins de la moitié des foyers fiscaux, et ce qui reste de l’impôt sur la fortune  après l’exemption faite au capital financier dès le début de la Présidence Macron. Enfin toutes ces aides curatives maintiennent dans la dépendance et l’assistance une partie de plus en plus importante de la population.

Depuis sa création en 1991, la C.S.G, prélevée sur l’ensemble des revenus, a vu son taux passé de 1,1 % à 9,2 % , elle complète le financement de la Sécurité sociale pour plus de 100 milliards d’euros. Enfin l’État au nom de la compétitivité et de la lutte contre le chômage  n’a de cesse de prendre en charge une partie des cotisations dites patronales avec les réductions Fillon, le CICE et la réduction du taux de la cotisation pour les  allocations familiales. Le coût de ces « aides à l’emploi » , versées inconditionnellement, est de l’ordre de 50 milliards par an pour des résultats sur le niveau du chômage relativement faibles.

Ainsi au lieu d’un renforcement du système assurantiel paritaire de la Sécurité sociale on assiste à son démantèlement et à sa mise sous la tutelle de l’État qui assujettit son financement aux aléas de la politique budgétaire adoptée  année après année.

VERS UNE ALLOCATION  UNIVERSELLE D’EXISTENCE

Le travail vivant jusqu’à présent vital pour l’existence n’arrive plus à remplir ses deux fonctions essentielles qui sont:

  • « produire les conditions concrètes d’existence. « Définies par l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires »
  • « se produire soi même au sein d’un collectif social et culturel. » (1)

En France ce sont plus de 2 millions de travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à vivre de leur travail et trop nombreux sont ceux qui pour assurer le lendemain pour eux et leur famille doivent accepter un emploi qui ne leur permet pas de s’épanouir et de se réaliser à travers un travail subi. Aujourd’hui un français sur cinq est en situation de précarité alimentaire ( lien ). Socialiser une partie des revenus pour assurer à tous les conditions élémentaires d’existence permettrait à chacun de pouvoir être libéré de cette incertitude du lendemain qui mobilise une partie importante des capacités cognitives, de pouvoir choisir une activité en accord avec son propre projet de vie, sa personnalité, ses compétences acquises.  bref il s’agit ainsi d’ assurer à chacun un « revenu non pas pour exister mais parce qu’on existe » (James Meade – Prix Nobel d’économie).

En dissociant revenu et emploi, ce revenu d’existence doit permettre d’aller vers « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz. On ouvre la voie vers la réduction du temps de travail, individuellement et collectivement, pour un meilleur partage des emplois. Il permet ainsi de lutter efficacement contre le chômage et de libérer le travail d’un emploi de survie.

Ensemble nous sommes riches ( revenus d’activité : 1 300  milliards d’euros, patrimoine net privé: 12 000 milliards d’euros ) et il n’en coûterait rien de mettre en commun de quoi assurer à chacun une vie décente, sinon un peu plus de solidarité de la part des plus riches. Ainsi en consacrant en moyenne 30 % des revenus d’activités et 2 % par an du patrimoine net de chacun, avec une cotisation sur la rémunération du capital productif, il est possible de verser à chacun, de la naissance à la mort, un revenu de 860 € que l’on pourrait moduler suivant les exigences de la vie pour assurer en toute circonstance un revenu au moins égal au seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian ( 1030 €) comme le développe la proposition ci dessous:

PROPOSITION:

Allocation fondée sur le principe de la solidarité et de l’universalité: chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble des membres de la communauté pour se nourrir et se loger dignement en toute circonstance, son financement et ainsi assurée:

  • Une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,
  • Une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.
  • Une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile. (1)
  • Voir la présentation complète:

PRESENTATION RB NOV 19 ( 860€ )

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  • D’un montant suffisant, elle se substitue à toutes les aides de lutte contre la précarité, financées par l’impôt (minima sociaux, aides aux familles, aides aux travail) qui fabriquent de véritables citoyens de seconde zone.
  • Elle complète et renforce le système de la sécurité sociale qui assure un accès aux soins par l’assurance maladie, une retraite et des allocations chômage où chacun contribue par la cotisation sur ses revenus d’activité.
  • Elle complète et renforce les indemnités de compensation dues à un handicap, une invalidité ou une dépendance (AAH, aides à la dépendance).

Ce nouveau droit à une existence digne doit être assuré par une nouvelle branche d’une Sécurité sociale qui se substituerait avantageusement à la Caisse des Allocations Familiales. L’administration de cette allocation universelle exige une réforme fiscale qui restitue à la Sécurité sociale l’ensemble de la gestion de la protection sociale en renforçant son financement et en prenant en compte les évolutions dans la création de la richesse  dans le partage de la valeur ajoutée entre le travail vivant et le capital.

POUR UNE SÉCURITÉ SOCIALE PLUS FORTE ET RÉELLEMENT UNIVERSELLE.

Cette allocation universelle d’existence ne doit pas être le cheval de Troie dont rêve certains libéraux pour mettre entre les mains des intérêts privés ce qui reste de la protection sociale ,mais au contraire elle doit être la clé de voute de notre sécurité sociale. Elle doit permettre en premier lieu de renforcer le financement d’une assurance maladie  réellement universelle.

1. AVEC  UNE ASSURANCE MALADIE UNIVERSELLE

Aujourd’hui l’assurance maladie est financée essentiellement par les cotisations et la C.S.G.. Elle assure 78 % des dépenses de santé, les assurances mutuelles complémentaires participent pour 14 %, le reste à charge étant de l’ordre de 8 %. Sur un budget de 190 milliards d’euros, les cotisations ( 13 % du S.B.)  participent pour un peu moins de 60 %, soit autour de 114 milliards d’€.

Le lent désengagement de l’assurance maladie au profit des mutuelles doit être enrayé. Alors que le coût de gestion de l’assurance maladie ne dépasse pas 4%, il est en moyenne de 17 % pour les mutuelles. Dans un rapport du 20/09/2016, la Cour des Comptes pointe  les nombreux problèmes que posent le recours aux mutuelles. Tout d’abord, en raison des aides fiscales accordées aux contrats collectifs d’entreprises, les complémentaires coûtent pas moins de 3,5 milliards d’euros par an à l’ensemble des contribuables, y compris pour ceux qui n’y ont pas recours. Ensuite, ces mutuelles facturent des frais de gestion élevés (7 milliards d’euros) « qui absorbent une partie des tarifs et aides et dupliquent ceux de l’assurance-maladie pour la prise en charge des mêmes dépenses » , pointe la Cour. Enfin et ce n’est pas le moindre, le montant des cotisations des mutuelles complémentaires augmente en fonction des risques assurés et non pas en fonction des moyens de chacun ce qui est contraire à la philosophie générale de la Sécurité sociale où chacun contribue en fonction de ses moyens à la protection de tous et de tous les risques. Devant cette gabegie, la prise en charge  de l’ensemble des soins par l’assurance maladie pour l’ensemble de la population   est un objectif à atteindre rapidement. La contribution des retraités, rendue possible avec le revenu de base ( Voir plus bas ), la diminution des maladies chroniques liées au stress et au mal être lié à l’incertitude du lendemain et à un emploi subi, devraient suffire à équilibrer le budget de l’ensemble des dépenses de santé.

PROPOSITION:

  • L’allocation du revenu universel permettrait d’augmenter les cotisations jusqu’à 20 % ( 15 % employeurs +5 % salariés ) et ainsi compenser  la suppression de la C.S.G.
  • contribution des retraités: 20 % de la pension brute qui se substitue à la C.S.G. et aux cotisations des mutuelles santé.

Enfin il faut reprendre le contrôle de la recherche et de la fabrication des médicaments par la nationalisation de l’industrie pharmaceutique. Il est scandaleux de générer des profits sur le dos des malades comme c’est le cas aujourd’hui  pour le traitements des cancers:«En 2008, les médicaments du cancer coûtaient environ un milliard d’euros, sur un budget global de la Sécurité sociale de deux cents milliards. Mais depuis 2018, les traitements du cancer augmentent d’un milliard par an. C’est intenable car à ce rythme, dès 2025, on atteindra les dix milliards», déplore le Pr Thierry Philip, président de l’Institut Curie. (lien)

3. PAR LA GÉNÉRALISATION DE LA RETRAITE PAR RÉPARTITION

Au contraire du projet du gouvernement qui vise à individualiser intégralement les droits à une pension de retraite et à développer la retraite par capitalisation, il est nécessaire d’opposer un projet de retraite qui s’appuie intégralement sur la solidarité des actifs envers les retraités par le développement de la retraite par répartition  qui s’affranchit du système financier dont on connait les risques démesurés qu’il fait porter à un assuré par capitalisation.

PROPOSITION:

Si l’allocation universelle d’existence assure inconditionnellement une retraite de base individuelle  de 1030 €, une contribution à une caisse de retraite unique sur les revenus d’activités permet d’assurer une pension complémentaire.  On peut considérer qu’une cotisation au taux de 20 % S.B. (10% employeur+ 10 % salarié), sur 40 ans maximum, permet de financer une retraite à 50 % du salaire brut de référence, calculée sur les 10 meilleures années. (aujourd’hui les taux du régime général sont de 6,9 % pour la part salariale et 8,55 % pour la part patronale jusqu’au plafond de 3377 € – la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO par points serait supprimée)

COMPARAISON RETRAITES

Ainsi un salarié payé au S.M.I.C. verrait  ses revenus maintenus à la retraite tout en participant au financement à l’assurance maladie par une cotisation de 20 %.

2. PAR UNE REFONTE DES COTISATIONS DITES  » PATRONALES ».

Jusqu’à présent les cotisations patronales, autour de 45 % du salaire brut, financent les allocations familiales ( 3,45 ou 5,25 % ), l’assurance maladie ( 13 % ), l’assurance vieillesse ( 8,3 %), la retraite complémentaire, le chômage ( 4,05 %), la formation et l’apprentissage ( 1,68 % ) auxquelles s’ajoutent diverses taxes. Cotisations entièrement adossées sur le salaire brut. Pour diminuer le « coût » du travail les gouvernements successifs, bons princes, ont mis en place des dispositifs de prises en charge par le budget de l’État  d’une partie des cotisations pour les bas salaires.

Depuis un demi-siècle les cotisations employeurs ont vu leur part diminuer de 20 % dans le financement de la protection sociale, diminution compensée par des impôts et taxes dédiées ( GSG) ( lien)

Ainsi pour un salaire au SMIC la quasi totalité des  cotisations  » patronales » sont pris en charge par la collectivité nationale. Aides de l’État allouées inconditionnellement à toutes les entreprises, quel que soit le taux de marge ( E.B.E. / V.A. ).

  • Il y a  la réduction Fillon dégressive jusqu’à 1,6 SMIC qui atteint pour le salaire minimum autour de 420 €.
  • Grâce au gouvernement socialiste il y a eu ensuite le C.I.C.E ( lien) qui représente une aide de 6 % du salaire brut , soit 90 €.
  • Il y a enfin, depuis 2015, la réduction de la cotisation des allocations familiales de 1,8 % sur les 5,25% attendus, soit encore 30 €.

Aujourd’hui en moyenne, en France,  le partage de la valeur ajoutée est de 2/3 pour les salaires et cotisations et 1/3 pour le capital ( Excédent Brut d’Exploitation-E.B.E.). Mais cette moyenne cache des disparités énormes entre les branches d’activités, la nature et la dimension des entreprises. ( voir rapport de l’INSEE). La masse salariale avec les cotisations peut évoluer entre 95 % de la valeur ajoutée pour une petite entreprise de service, jeune, et 28 % pour une grande entreprise, installée depuis longtemps et fortement automatisée.

Changer de paradigme c’est aussi comprendre, comme le suggérait déjà Charles Léonard de Sismondi ( 1737-1809 ) que la machine qui remplace l’homme et crée de la richesse à sa place doit contribuer à la solidarité de tous.

Sans changer les masses globales, si, au lieu de calculer le montant des cotisations dites patronales ( 45 % du salaire brut  ) sur la seule assiette des salaires, ce qui contribue à augmenter artificiellement la masse salariale, on prend aussi en compte l’Excédent Brut d’Exploitation (E.B.E), qui rémunère le capital, on contribue à rééquilibrer la charge entre les entreprises de très haute technicité avec peu de main d’oeuvre et les P.M.E de service.

PROPOSITION:

  • la cotisation pour les allocations familiales de 5,25 %  sur le Salaire brut serait remplacée par une cotisation pour le financement du revenu universel de 15 % sur l’E.B.E.,
  • la cotisation chômage de 4,25 %  par une cotisation de 5% sur l’E.B.E.,
  • les cotisation formation apprentissage de 2 %, par une cotisation de 2% sur l’E.B.E..
  • La cotisation accident autour de 4 % par une cotisation de 2 % sur E.B.E

Le tableau ci-dessous présente l’évolution des différents prélèvements avec un revenu de base:

Ainsi au lieu d’un taux de l’ordre de 42 % sur le salaire brut les cotisations employeurs avec la nouvelle proposition sur l’assurance maladie et sur les retraites, le taux serait de 25 % sur le salaire brut et de 24 % sur l’EBE brut. Cette nouvelle répartition des cotisations permettrait d’alléger la contribution des entreprises qui emploient beaucoup de salariés, les P.M.E., aux dépens des grandes entreprises fortement capitalisées.

Enfin pour les salariés, avec l’allocation universelle et les cotisations retraite et maladie la contribution globale passe de 26 % à 15 % pour le salaire moyen brut de 2950 €.

L’exemple ci-dessous montre l’impacte de cette allocation d’existence ou revenu de base sur les revenus d’un salarié au S.M.I.C.

Exemple pour un salarié au SMIC.

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Avec cette étude, dont on pourrait modifier des paramètres, on montre qu’en reconfigurant les tuyaux de la distribution et redistribution de la richesse créée il est possible de mettre en place un système de sécurité sociale universel, solidaire et inclusif. En libérant l’être humain de l’astreinte d’un emploi non choisi, chacun pourra ne plus perdre sa vie à tenter de la gagner.

la réduction du temps hebdomadaire consacrée à l’exercice d’un emploi rendu , réduction individuelle et/ou collective avec l’extension de la semaine de 4 jours, la reconversion vers des activités autonomes,   deviendront possible. Inéluctablement le chômage diminuera et avec la charge sur l’assurance chômage. Il ne fait aucun doute que l’ensemble du corps social s’en trouvera mieux et sera plus fort pour aborder les défis environnementaux que nous devons surmonter dans les années à venir.

« (…) Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation nationale d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d’un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité ; un tel résultat ne s’obtiendra qu’au prix de longues années d’efforts persévérants, mais ce qu’il est possible de faire aujourd’hui, c’est d’organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan. »

Ce dernier extrait de l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 invite l’ensemble des forces sociales à ne peut plus être spectatrices de leur propre anéantissement. il faut à nouveau être force de propositions pour se réapproprier ce qui doit nous être le plus cher: l’exercice d’un droit à une vie digne en toute circonstance; pour pouvoir être soi et  exercer pleinement son «  métier d’homme » ( Albert Camus)

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(1) Avec un financement ainsi défini :

  • Cotisation sur les revenus d’activité : 30 % en moyenne
    • De 0 à 30% pour les revenus d’activité , salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 30 % pour un SB > 2000 €,
    • 40 % sur (SB – 5 000 €) pour les salaires bruts supérieurs à 5 000 €,
  • Cotisation sur les revenus du patrimoine financier :
    • De 0 à 30 % pour les revenus globaux (activité + patrimoine) compris entre 0 et 2000 €
    • 30 % pour des revenus globaux > 2000 €,
  • Taxe sur les actifs nets : 2% en moyenne
    • De 0 à 2 % par an de la valeur nette du patrimoine ( valeur – capital dû)  pour les revenus compris entre 0 et 2000 €
    • 2 % pour les patrimoines nets < 2 000 000 €
    • 2,5 % pour les patrimoines > 2 000 000 €
  • Cotisation sur l’E.B.E. :
    • 15 % de l’E.B.E. qui se substitue au 5,25 % sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutiles grâce au revenu de base enfant.

(2)  Jean Marie Harribey:  « La centralité du travail vivant » Les possibles N° 16

« Au niveau philosophique le travail est vivant selon Marx parce que c’est par lui que l’homme se construit lui-même. Le travail est donc  « vivant » parce qu’il est vital dans un double sens : vital pour produire les conditions concrètes d’existence, vital pour se produire soi même au sein d’un collectif social et culturel. « 

 

 

 

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La retraite en chantant: c’est tous les jours dimanche !

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A la fin des années cinquante, les hautes grilles des Chantiers de l’Atlantique libéraient, à l’occasion de départs à la retraite, une excitation inhabituelle…

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Un article d’ Alain Véronèse sur une autre vision du travail et de la retraite.

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C’est en 1981, que fut instituée la retraite à 60 ans. Près de 4 décennies après cette date, les capacités productives de la France ont-elles à ce point diminuées qu’il faut amputer les pensions ?

Le manque de main d’œuvre est-il si grave qu’il faut contraindre les anciens à rester au boulot jusqu’à un âge canonique ? Nous comptons déjà plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, la retraite tardive, c’est le chômage longue durée pour certains, les postes se libèrent fort tardivement.

Le Pib de 2020, global et par tête est bien supérieur à celui de 1981. Une meilleure répartition tant du travail, que des revenus pourrait et à tout âge permettre à toutes et tous de vivre dignement. Où sont passés les gains de productivité ? Ne faudrait-il aller voir du côté de la croissance des dividendes – excellents en 2019 suivant les Echos – et du montant des émoluments des dirigeants du CAC 40 ?

Le calcul est facile à faire, non ?

La retraite tardive pour les uns, c’est le chômage immédiat pour les plus jeunes.

«Il va falloir travailler plus longtemps », nous serinons-t-on sans cesse sur tous les tons. Ah, bon ? Et, pourquoi ? Les capacités productives de nos économies devraient au contraire nous autoriser à travailler bien moins ce, à tout âge de la vie.

Après la réforme punitive réduisant drastiquement les allocations des chômeurs, l’amputation des pensions, ça commence à faire beaucoup. Ça va passer, ça va durer ?

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Il y a bien longtemps (1981), dans une autre époque, un ministre du temps libre André Henry dans la conduite de son ministère était chargé de « conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps.» La même année, la semaine de travail perdait une petite heure, la cinquième semaine de congés payés devint effective, l’âge de la retraite était alors fixé à 60 ans. Une réduction du temps de travail : 5 années d’un coup !

Une autre époque, une autre éthique aussi. La valeur travail était, en ces temps lointains, fragilisée par les attaques des partisans du droit à la paresse et « L’allergie au travail » des soixanthuitards tendance Babacool. Cette valeur ne faisait plus rêver grand monde. «Métro-boulot-dodo », ce n’était pas une vie, on rêvait d’autre chose, en attendant que l’heure de la retraite sonne… (Jean Ferrat).

« Métro-boulot-caveau » a-t-on entendu dans les manifestation s’opposant à la retraite par points. L’euphorie du flower power est dissipée, l’horizon du libéralisme autoritaire est fort sombre. Pourtant, il reste encore…

1. Le dimanche de la vie.

Les temps ont changés avant d’atteindre le très grand âge, la retraite n’est plus un effacement, une démission, un retrait,… la retraite est vécue comme le dimanche de la vie. Un long dimanche, on peut se lever tard, faire ce que l’on veut sans horaires imposées. Ce long dimanche de la retraite est un morceau, un moment (tardif)de « La société du temps libéré » qu’André Gorz appelait de ses vœux. (1)

Cette accoutumance à l’oisiveté prolongée (20 ans,…30 ans sans travailler !) est fort dangereuse et contradictoire avec la morale du travail que Macron a encore défendue le 1er mai 2019.

« Le 1er mai est la fête de ceux qui aime le travail, qui chérissent le travail, parce qu’ils savent que par le travail on construit son avenir et l’avenir du pays. »

Cet amour du travail, n’est pas partagé par tout le monde. Nombres d’actifs se rendent au boulot par contrainte. Il faut bien bouffer et acquérir quelques objets qui ajoutent au confort quotidien… Les retraités réputés « inactifs » sont plutôt cigales que fourmis.

La retraite comme fin du travail « a cessé d’apparaître comme le moment où l’on se retire de la vie. C’est en train de devenir le plus bel âge de la vie, le bout du tunnel d’une vie marquée par la pression temporelle toujours plus forte. Allonger la durée du travail c’est effectivement s’en prendre au dimanche de la vie. […] La sagesse depuis l’antiquité, est une capacité de se retirer en soi-même, de faire retraite en soi. » (2)

Cette préfiguration de la vie sans travail, que les thatchériens du gouvernement veulent indéfiniment reculer, est un otium, (3 ), le loisir actif de 18 millions de citoyens français qui ne sont plus comptés dans la population active et s’en trouvent fort bien. Ce n’est pas pour rien que l’on a entendu certains déclamer « Nous voulons la retraite avant l’arthrite!»

Parce que nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps ?

Ah bon, et pourquoi donc ? Il faut au contraire travailler moins longtemps et à tous les âges de la vie. C’est le point de vue de Henri Pena Ruiz. « Un partage équitable du progrès technique » est à mettre en œuvre. Il n’y a pas de réels problème économique, financier. En 1950, il y avait 4 « actifs » pour un retraité, alors qu’en 2020, il y a « seulement » 1,7. Qu’a-t-on fait des gains de productivité ? (4). Les actifs d’aujourd’hui produisent en travaillant moins longtemps, bien davantage qu’en 1950 et même qu’en 1981.

Sans doute faut-il aller voir du côté de la croissance de dividendes ? (5)

Nombre de retraités ont accès au loisir – qui n’est pas désœuvrement – un usage du temps libéré des contraintes salariales. Henri Pena-Ruiz fait valoir que ce qui se joue dans cette liberté active est peut-être un retour à l’antique.

« En pensant le loisir qui se dit en grec ancien scholè, Aristote a pensé l’École lieu d’instruction libre car délivrée de tout souci utilitaire. » (6)

2. La comédie du travail.

Une distribution largement moins inégalitaire d’une production qui nécessite de moins en moins de « travail vivant » doit rapidement être faite.

C’est nécessaire, sinon :« Avec la robotisation et l’utilisation des neurosciences, ils n’ont plus besoins des ces 3500 millions d’être humains les plus pauvres pour faire rebondir le système capitaliste. Ce sont des bouches qui ont faim, qui ont soif et qui sont inutiles. » Monique Pinçon-Charlot. (7)

Et possible car la production chaque jour est faite par une robotique vite rentabilisée, l’intelligence artificielle avantageusement remplace ou assiste des professionnels de haut niveau, journalistes spécialisés et chirurgiens fort précis.

Une véritable Robolution est en cours. (8)

Depuis plusieurs décennies l’essentiel des gains de productivité est confisqué pour les dividendes des actionnaires. Une réduction du temps de travail a lieu tous les jours. Celle qui, sans cesse, augmente les effectifs de « l’armée industrielle de réserve » : le nombre des chômeurs dont la récente et punitive réduction des allocations vise à les affamer un peu pour leur faire « traverser la rue »… pour faire le trottoir ? (9)

Il nous faut mettre fin à la comédie du travail, dont l’issue risque fort d’être dramatique. Le camouflage des « boulots à la con » (Bullshit jobs, en « franglais » ) (10), l’abondance jetable qui fait déborder nos poubelles, l’obsolescence planifiée, rentable… Le solipsisme féroce qui inspire le comportement des libéraux-autoritaires au plus haut niveau se manifeste comme libéralisme cynique, thatchérisme sadique .

C’est la montée des «eaux glacées du calcul égoïste » qui provoque le réchauffement climatique.

Rapidement il nous faut quitter le Titanic.

Un partage du travail qui implique une réduction « féroce » du temps de travail (Serge Latouche), des revenus, de la richesse (dont le contenu doit être réévalué) . Que resterait-il du travail dans une économie économe où les tâches seraient équitablement partagées?

Deux heures par jour, comme le préconisait il y a quelques décennies le Collectif Adret ? Ou 15 h par semaine comme le prévoyait J.-M. Keynes dès les années 30 ?

Il nous faut changer de paradigme, d’itinéraire et reconsidérer la teneur de nos revendications. Penser à l’envers ?

3. Pour l’otium du peuple.

« Il est temps de penser à l’envers : de définir les changements à réaliser en partant du but ultime à atteindre et non des buts en partant des moyens disponibles, des replâtrages immédiatement réalisables. Il nous faut penser à sortir de la société salariale. » L’abolition du salariat, rien de moins ! La vision, la visée et l’espoir d’André Gorz, dès 1997.( 11)

Sans doute s’agit-il de réaliser de rendre effectives les potentialités cachées, occultées du niveau des forces productives. Dés l’antiquité, Aristote avait l’intuition de ce pourrait permettre la société automatique, le monde de production cybernétique.

« Si un jour les navettes tissaient d’elles-mêmes et si les plectres [petites baguettes de bois ou d’ivoires servant à pincer les cordes de l’instrument] jouaient tout seuls de la cithare, alors les ingénieurs n’auraient pas besoin d’exécutants et les maîtres d’esclaves. »(12)

Denis-Robert Dufour de poser immédiatement la question d’époque.

« Or, avec le développement du machinisme pendant les révolutions industrielles, ce moment est venu. Nous aurions dû sortir du travail aliéné. Pourquoi alors y sommes-nous entré davantage ? C’est une question d’autant plus immense que la philosophie première, représentée ici par Aristote, celle qui allait jusqu’à justifier l’esclavage, envisageait bien, à terme, sa suppression pour qu’une énergie mécanique autonome remplace l’énergie fournie par des hommes réduits à l’état de bêtes. »

Et, Dany-Robert Dufour de continuer. « Or, quand ce moment hypothétique est enfin réellement venu, non seulement le travail esclave n’a pas disparu, mais il s’est renforcé.» (13)

Dans un entretien donné au trimestriel les Z’indignés ( 14 ), Dany-Rober Dufour défend une thèse fort proche des propositions du M.F.R.B. (Mouvement Français pour un Revenu de Base), et de celle d’André Gorz à partir de 1997, quand il envisageait d’organiser l’exode hors la société du travail aliéné.

Ainsi, considération faite de l’automatisation accélérée de la production, Dany-Robert Dufour affirme : « Ces machines qui ont coûté si cher à la classe ouvrière, comme aliénation, comme dépossession de son savoir, comme condamnation au chômage et à l’inactivité, pourquoi s’en passerait-on aujourd’hui, si elles permettent d’imaginer une sortie progressive du travail aliéné et exploité, c’est à dire du « travail pour l’autre », le capitaliste, ouvrant ainsi une ère nouvelle : celle du « travail pour soi » (lequel peut beaucoup profiter aux autres). Les richesses produites par les machines permettraient d’alimenter un fond social garantissant à chacun un revenu de base [nous soulignons] et le travail pour soi permettrait de mettre en place une économie de la contribution à partie des ressources partagées et gérées en commun. »

En opposition totale à cette utopie réaliste, l’idéologie du travail encensée par Emmanuel Macron a pour essentielle fonction de préserver, de conforter les privilèges de la classe dirigeante.

« Le travail est mort, ce qu’il en reste n’a d’autres fonctions que de se reproduire lui même comme instrument d’assujettissement des travailleurs. » (15)

Soyons réaliste. Exigeons tout le possible: l’Otium du peuple qui nous permettra d’aller tous les jours à la scholé. Sauf le dimanche ?

Alain Véronèse.

Janvier 2020

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1. Bâtir la société du temps libéré, èd. LLL et Monde diplo., 2013.

2. Hélène L’ Heuillet, entretien dans Libération du 20/12/2019. Auteure de Eloge du retard, éd. A. Michel, 2019.

3. Henri Pena Ruiz, parle de la scholè dans l’article cité, l’otium en est la version romaine. Plus bas nous rencontrerons Aristote qui bénéficia pleinement de la scholè, rendue possible par le travail des esclaves…

4. Henri Pena Ruiz. Marianne, 01/01/2020.

5. L’argumentation gouvernementale oublie systématique de parler du partage de la valeur ajoutée, et du niveau des émoluments des dirigeants du CAC 40 : 5,7 millions d’euros en 2019. Fort opportunément, une mise au point de François Ruffin qui refait les comptes à l’assemblée nationale (décembre 2109). « Depuis les années 1980, la part des dividendes dans le PIB a triplé. Trois fois plus ! Le revenu des actionnaires quand allez-vous les plafonner ? La rémunération du capital a augmenté 7 fois plus vite que celle du travail. »

6. Henri Pena-Ruiz, art. cité.

7. Dans l’Humanité dimanche, 27/28 août 2019. Monique Pinçon-Charlot est coauteure du livre Le président des ultra-riches, éd. Zones, 2019.

8. Robotatiat, Bruno Teboul, éd. Kawa, 2017. Egalement : L’avènement des machines. Robots& intelligence artificielle : la menace d’un avenir sans emploi. Martin Ford, FYP, 2017. Bernard Stiegler, Erik Brynjolfsson, Andrew Mc Fee, André Gorz, Robet Kurz … la documentation est sur-abondante : le travail n’est plus ce qu’il était… Pourtant les analyses et propositions des syndicats et partis de gauche ne me semblent pas à la hauteur des enjeux de la période. Le terrain de la prospective politique est laissé libre pour les implantations inquiétantes du libéralisme autoritaire.

9. La consultation du site d’AC ! Agir Ensemble contre le Chômage est sur cette question vivement conseillée.

10. Bullshit jobs . David Graeber, éd.LLL, 2018. Après Keynes, Graeber préconise la semaine de travail de 15 h.

11. Misères du présent. Richesse du possible, éd. Galilée, 1997. C’est dans cet ouvrage que Gorz se « convertit » au revenu garanti (de base).

12.Politique, 1,4. Citation d’Aristote tirée du Délire occidental, Dany-Robert Dufour, éd. LLL, 2014.

13. Le délire...

14. N°54, Oct.-Déc. 2019.

15. Jean Baudrillard dans L’échange symbolique et la mort. Ed. Gallimard-1976

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Lettre à Emmanuel Macron

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Sylvie Portnoy Lanzenberg , psychanalyste de formation, a écrit dix sept ouvrages. Le dernier « Cheminer en tâchant d’être lucide » rassemble une série de chroniques publiées pour la plupart sur le blog du journal «  Le Monde « . L’auteure affirme tout au long des articles que toute société , pour être pérenne, doit être suffisamment bienveillante vis à vis de chaque personne qui la compose. De texte en texte le thème du revenu de base est souvent présent. Ce revenu d’existence, en sécurisant le parcours de chacun, pour qu’il s’épanouisse et se réalise pleinement, assurera le bien être collectif et la richesse de l’ensemble de la communauté   » C’est la fraternité qui sauvera la liberté   » V. Hugo.

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Cette lettre à E. Macron est un réquisitoire sans concession de trop d’années de casse sociale que ne fait que poursuivre le président actuel. Pour réparer notre société, pour plus de justice sociale, pour bien « faire son métier d’homme » (A. Camus) , Syvie Portnoy Lanzenberg avance cette « belle idée dont l’heure est venue « , l’idée d’un revenu de base universel et inconditionnel.

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Mardi 26 novembre 2019

Monsieur E. Macron,

A l’approche du mouvement de protestation de large ampleur prévu début décembre, vous redoutez sans doute d’être pris dans une nasse tissée de toutes les colères liées à un mal-être social partagé par beaucoup de nos concitoyens.

Vous « n’adorez pas » le mot « pénibilité » concernant le travail. Que vous disent tous ces travailleurs révoltés aujourd’hui ? Combien ce qu’ils vivent dans leur emploi est pénible : pression permanente, épuisement, perte de sens, tâches mal accomplies par faute de temps et de moyens, revenus insuffisants, fins de mois difficiles, peur de la précarité dans laquelle d’autres sont déjà tombés, burn out, etc. Que de souffrances ! Et elles ne sont pas chimériques ou exagérées comme vous le laissiez entendre récemment devant des étudiants aux prises aussi avec la précarité. Les sans-emploi souffrent, les travailleurs souffrent. Entendez la réalité de leurs plaintes. Celles des « gilets jaunes », des policiers, des pompiers, des gardiens-de prison, du corps enseignant, du personnel soignant, des agriculteurs, etc.

Vous déclarez que le travail est « émancipateur », donnant « sa place » à chacun. Dans le meilleur des cas, oui. Mais dans la réalité d’aujourd’hui, c’est une vue de l’esprit, de votre esprit. Pour les trois quarts de nos contemporains, le travail est surtout devenu source d’aliénation, de fatigue, de santé compromise, d’anxiété, de stress, d’asservissement, pas d’épanouissement, etc. Entendez leurs révoltes qui tâchent de vous ramener à la réalité !

A bout, les gens ne veulent plus être étranglés par la matérialité des choses et par la tyrannie de l’argent. De gouvernement en gouvernement, ils ont trop donné, trop espéré et attendu que leur environnement social s’améliore grâce aux politiques menées ; en vain. La soumission aux forces de l’argent a invariablement primé sur tout le reste. Leurs conditions de vie et de bien-être durant ce temps se sont dégradées. Et vous arrivez-là, plus exactement par un coup de force politique vous vous imposez dans la place à un moment d’exaspération et de découragement général que vous n’aviez pas perçu en son ampleur. Votre volonté était de remettre « en marche » dans le train de la mondialisation conduit par les puissances de l’argent ce peuple déjà si épuisé par ces même gagnants tirant profit de l’injustice. Comme l’a dit avec tant de cynisme Warren Buffet : « Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe. Et nous sommes en train de gagner ».

C’est pourquoi vous pourrez toujours tâcher de mettre des rustines, de colmater les brèches avec des mesures diverses et variées, ce sera toujours vécu comme un saupoudrage insuffisant fondé sur une erreur de jugement. Dans les mentalités, le vieux bateau ultralibéral coule déjà. Que ce monde de l’argent qui détruit la vie fragile sombre définitivement est même souhaité par tous ceux qui aspirent à un nouveau départ dans un monde nouveau fondé sur les valeurs de justice et de respect.

Pendant un an on vous a laissé faire : le « bénéfice du doute » comme on dit, vous a été accordé. Mais c’est fini. On vous a vu à l’œuvre suffisamment… Votre « bougisme », votre arrogance, votre volontarisme que vous surjouez ne font plus illusion. Vous

promettiez la « Révolution », ce sont des réformes surtout à coloration libérale et essentiellement économiques que vous avez engagées, servant en premier les riches. ça n’est jamais passé, comme le Fouquet’s pour Sarkosy.

Et si les gens vous avaient pris au mot ? Par rapport à leur besoin urgent de justice sociale, de redistribution plus équitable, d’aspiration au mieux-être et à la dignité, s’ils voulaient en fait une vraie Révolution, un changement majeur par rapport au libéralisme sauvage qui les a dévasté moralement tout en dévastant la planète ? Parce que nous avons laissé l’économie capitaliste dominer depuis trop longtemps tous les secteurs de la vie, ils attendent peut-être maintenant une vraie révolution capable de changer profondément les mentalités. Arrivés à ce point d’égarement sociétal et de misère morale, nous aspirons (plus ou moins consciemment) à une évolution psychoaffective qui nous porterait à sans cesse et inlassablement déjouer nos rapports de pouvoir, source de nos violences et destructions qui rendent la vie insensée et détestable. S’il n’y a pas l’amour, la solidarité cultivée, la beauté préservée, que nous reste-t-il de la vie : les difficultés et la souffrance.

Le profit qui motive le capitalisme ne sème que des rapports de pouvoir : donc la violence. La compétition aussi. Pour se réaliser, les hommes ont besoin de fraternité ; la lutte les oppose et les déchire, déchirant conjointement le tissu social qui les tient ensemble. Pour mieux assumer leur difficile condition de vivant mortel, ils ont surtout besoin de solidarité réconfortante et encourageante libératrice par rapport à l’angoisse qui les emprisonne. Qui veut jouir de l’ivresse de la compétition n’a qu’à faire du sport, pas de la politique ni du social, ni de l’économie.

Avec notre « fixette » sur l’économie qui s’est aggravée depuis les années 80, nous attisons nos violences fratricides et nos égoïsmes sans foi ni loi. Il nous faut retrouver le chemin de la fraternité et du respect de la vie fragile, lutter contre nos guerres, déjouer nos rivalités, notre orgueil, notre volonté de toute-puissance très infantile. En d’autres termes, il nous faut grandir, sortir de l’enfance de l’humanité et retrouver le sens de la responsabilité. Vous vous êtes propulsé tout seul à la tête de l’Etat français et devez maintenant vous sentir très seul face à la violence sociale qui monte. Je ne vais pas vous plaindre : vous qui aimez les formules chocs, « vous l’avez bien cherché ». Mais comment contribuer à vous aider pour aider la France, les français, et l’humanité si mal engagée sur le chemin de son évolution?
Albert Camus d’abord peut le faire. Je le cite :
« En vérité aucun homme ne peut mourir en paix… s’il n’a pas fait ce qu’il faut pour que la condition humaine dans son ensemble soit pacifiée autant qu’il est possible. Il ne s’agit pas seulement de faire son travail quotidien et d’attendre en paix que la mort vienne un jour en se contentant de ne tuer personne directement, et en s’efforçant de mentir le moins possible. Il y a crise parce qu’il y a terreur. Et il y a terreur parce que les gens croient que rien n’a de sens, ou bien parce que seule la réussite historique en a, parce que les valeurs humaines ont été remplacées par les valeurs du mépris et de l’efficacité, la volonté de liberté par la volonté de domination. On n’a plus raison parce qu’on a la justice avec soi, on a raison parce qu’on réussit. Et plus on réussit, plus on a raison. A la limite, c’est la justification du meurtre. Et c’est pourquoi les hommes ont raison d’avoir peur, parce que dans un pareil monde, c’est toujours par hasard ou par une arbitraire bienveillance que leur vie ou celles de leurs enfants sont épargnées. Et c’est pourquoi les hommes ont raison aussi d’avoir honte parce que ceux qui vivant dans un pareil monde sans le condamner de toutes leurs forces sont, à leur manière, aussi meurtriers que les autres. Pour qu’Albert Camus soit aussi direct, lui d’habitude si nuancé, veillant toujours à considérer la complexité et à surtout ne pas être radical, il fallait qu’il soit bien en colère à force de constater que ses dénonciations de la

souffrance humaine et de notre démission à faire notre « métier d’homme » ne soient pas entendues. Et combien il a toujours raison ! La réussite vénérée en ce monde capitaliste tel qu’il a viré, c’est la justification du meurtre, de notre prochain et des espèces ! Les rapports dominant-dominés sont la cause de nos destructions. Et notre cupidité avide sans foi ni loi engendre la terreur, vidant le monde de sa beauté.

Alors, sous cet éclairage, regardons toutes les violences de notre monde contemporain. La tendance est de les aborder et de les traiter de façon éparse, une à une. Tantôt on se focalise sur la violence faite aux femmes, ou celle faite aux enfants, aux travailleurs, aux migrants, etc., alors qu’elles participent toutes d’un même environnement socio-économique violent, d’une même ambiance malade qui les attise et les entretient. Si tel homme bat sa femme qui échappe à son emprise jusqu’à la tuer parfois, peut-être est-ce parce qu’il est lui- même battu et abattu, soumis à un emploi qui réduit la plupart de ses capacités, l’aliène, l’insécurise, et qu’il déplace cette folie qu’il subit en violence agie sur ses proches femme ou enfant ?

Réparer la société française, ce pourrait être d’abord : libérer les gens de leur souffrance existentielle liée à l’emploi en faisant que le travail imposé redevienne un des moyens de se réaliser sur cette terre, de jouer au mieux sa partition de l’existence grâce à la justice et au respect. Seule la justice peut désamorcer nos colères et nos violences ; nos peurs également. Comment la recréer, dans ce monde gouverné par les rapports dominant-dominés et asservi « au dieu fric » ? Une des pistes serait d’instaurer un revenu de base pour tous et, dans un premier temps, avant que cela soit réalisable, d’indiquer ce cap éthique et cette volonté révolutionnaire afin que toutes nos forces s’orientent en ce projet prioritaire. Un tel revenu universel ne doit pas être lié au travail comme vous l’avez fait avec votre « revenu universel d’activité » : cela détourne son sens éthique et trahit la philosophie qui l’inspire. Il doit être inconditionnel, seule façon de redonner une place à chacun dans la dignité, sa valeur humaine inconditionnelle étant ainsi d’emblée reconnue dès qu’il existe, qu’il ait un emploi lucratif ou pas. Notre condition de vivant mortel aux prises avec les dualités et l’imperfection nous oblige à nous gouverner dans le sens de la justice et du respect : c’est là un travail incessant à effectuer sa vie durant, du matin au soir. Il consiste à ne pas laisser régner ses parties primaires pour mieux se comporter de façon évoluée. Une telle volonté auto-éducative d’élévation constante oblige chacun à un devoir: il consiste à se surveiller en permanence pour se reprendre sur la pente du mal d’égoïsme et d’omnipotence, s’empêchant ainsi d’être abusif, intolérant, irrespectueux, injuste, violent. A. Camus nommait cela : « faire son métier d’homme ». Pour le faire bien, quoi de mieux que cette idée d’un revenu de base, lequel est à même de nous donner un surcroît de courage et de force grâce à cette puissance de solidarité qu’il institue. Suffisamment sécurisé pour aborder le quotidien dans les meilleures conditions, chacun peut alors faire au mieux son métier d’humain. Et évidemment, cette redistribution des richesses redonnant liberté et dignité à l’individu désamorcerait la plupart de ses colères et de ses violences. Le rêve, pour vous, aujourd’hui !

Vous allez sans doute rétorquer que ces belles valeurs morales ne sont pas réalistes, impossibles sur le plan économique. Est-ce que vous avez fait l’addition de ce que coûte toute cette casse sociale et toute cette violence qui rend malade de différentes façons la plupart de nos contemporains ? Et cette immense souffrance morale à soulager en priorité ne devrait pas avoir de prix ! Elle devrait être notre premier souci, l’économie devant servir l’homme et non l’inverse.

Afin de rendre ce projet réaliste, différents montages économiques ont déjà été faits pour mesurer ce que coûterait cette mesure révolutionnaire. Je vous renvoie donc à tous ces travaux. Mais pour que vous fassiez ce pas, en premier lieu il vous faut révolutionner votre vison subjective, considérer d’autre vies que la vôtre, devenir non plus « le président des riches » mais celui de la dignité humaine retrouvée, pas celui qui sans honte a osé dire cette phrase à considérer avec le regard d’Albert Camus: « Il y a ceux qui réussissent, et ceux qui ne sont rien ». Vaste programme !

Un revenu de base pour tous est une solution, un excellent moyen de réparer les injustices qui affectent le plus grand nombre. A vous et vos équipes d’en trouver d’autres qui puissent redonner reconnaissance et dignité à la personne en la libérant de ces assujettissements qui ne sont pas une fatalité et la rendent malade, incapable aussi de faire son métier d’humain.

Ce parlé vrai vous bouscule peut-être. Je l’ai fait sciemment, par respect, en espérant toucher vos parties les plus évoluées pour qu’elles vous gouvernent mieux.

Veuillez croire, Monsieur, en ma considération distinguée.

Sylvie Portnoy Lanzenberg

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Pour assurer nos retraites, soyons réalistes assurons l’existence !

 

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Entrer unManifestation unitaire interprofessionnelle contre la réforme des retraites en mars 2019.© Vincent Isore / MAXPPP / IP3 PRESS/MAXPPPe légende

 

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Ce 5 décembre 2019 marque le début d’un mouvement de colère contre la réforme du gouvernement pilotée par Jean Paul Delevoye qui, sous couvert de simplification et d’une meilleure lisibilité du système, vise à rogner encore un peu plus les droits acquis au fil des luttes du mouvement ouvrier. L’objectif principal de cette réforme est  de tendre vers un régime universel de retraite dont la pension sera calculée sur la base de l’accumulation de points tout au long de la carrière professionnelle ( 10 euros cotisés donnant 1 point ). La valeur de ce point à la date courante de la liquidation de la retraite ( fixé à 0,55 € /an en 2025 ) sera ajustée ensuite par le gouvernement en fonction de la situation économique du pays et du bilan du régime de retraite. Le taux de cotisation pour les salariés serait de 28,12 % du salaire brut (16,87 % employeurs -11,25 % employés).  Cette réforme  vise d’une part à permettre à l’État de mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien  et d’autre part, avec le pilotage par la valeur du point , au fil des ans et suivant la conjoncture économique, à faire  des économies sur le dos des salariés. Comme pour la réforme de l’assurance chômage, ce sont les travailleurs précaires qui en paieront un lourd tribu.

L’objectif est aussi de gommer la notion d’appartenance à une branche professionnelle pour aller vers une plus grande individualisation du système. Chacun par son parcours professionnel serait ainsi seul responsable du montant de sa retraite. Si celui-ci est faible il ne faudra s’en prendre qu’à soi-même et non pas au système.

A ce jour on ne connait pas avec précision les contours de la réforme mais on sait combien elle peut être néfaste pour une très grande majorité de salariés. On sait aussi qu’augmenter les salaires et assurer la parité de la fiche paie   entre les hommes et les femmes permettrait d’équilibrer les régimes actuels. Mais pour de plus en plus de salariés , d’auto-entrepreneurs, de paysans, de travailleurs pauvres, à temps partiel contraint, pour beaucoup trop de mères qui ont dû interrompre leur carrière,  cela ne suffira pas  à garantir une retraite décente. Il est temps d’assurer l’existence en toute circonstance, de la naissance à la fin de vie, par un revenu dissocié de l’emploi et financé par la solidarité nationale.

I . LA RETRAITE A POINTS :   INDIVIDUALISATION VERSUS SOLIDARITÉ.

Le gouvernement, pour faire passer sa réforme,  présente les régimes spéciaux de retraite de la SNCF ou de la RATP comme la cause des déficits et jette en pâture à l’opinion publique les cheminots et les traminots comme des privilégiés. Si déficit de ces régimes il y a, il est de la seule responsabilité des gouvernements successifs qui n’ont eu de cesse que de démanteler ces services publics et de diminuer drastiquement le nombre d’actifs et donc de cotisants.

  • Pendant que l’on montre du doigt le cheminot on cache le régime très spécial des cadres dirigeants aux revenus très élevés. Si pour tout à chacun le taux de cotisation sera de 28,12 % , à partir de 10 000 € de revenus le taux passera à 2,8 %. Ainsi avec un revenu de 100 000 € par mois la cotisation globale sera de 5,3 % . L’argument officiel est imparable: le montant de la retraite étant plafonné il n’est pas normal de contribuer davantage au delà d’un certain seuil, le principe de l’individualisation du système prévalant. Avec cette réduction sur les cotisations les plus aisés pourront financer une retraite par capitalisation. Ainsi pendant que les riches feront sécession, les plus démunis devraient être les seuls à supporter le poids de la solidarité.
  • Elle est où  la solidarité quand un cadre supérieur a une espérance de retraite de l’ordre de 15 ans alors que l’ouvrier métallurgiste , travailleur de nuit, ne profitera de retraite que pendant moins de 5 ans ?
  • Elle est où la justice sociale  quand une personne bien née, diplômée d’une grande école , cadre supérieur avec un bon salaire du début de carrière à la fin,  pourra cumulé suffisamment de points pour une bonne retraite, alors que son collège devra se contenter d’une pension bien inférieure, à cause  d’ un début de carrière difficile, car titulaire d’un C.A.P., payé au  SMIC, et qui, par son travail et les compétences acquises au fil du temps, a  réussi à occuper le même type de poste, dix ans avant son départ à la retraite ?
  • Elle est où la parité quand un couple avec 3 enfants bénéficiera  de 15% de majoration de retraite au choix du bénéficiaire au lieu de 10 % à chacun des parents et de 8 trimestres par enfant pour la mère ? Si l’homme gagne 2 fois plus que la femme , pour le budget du ménage, il sera certainement le bénéficiaire  des 15 % de majoration et en cas de divorce il en conservera l’ avantage.

Enfin on nous promet une retraite minimum de 1000 € mais on oublie de dire que ce minimum sera réservée aux carrières complètes ce qui en limite la portée. On oublie de dire aussi que pour les agriculteurs, les principaux bénéficiaires de cette mesure, leur cotisation va augmenter. Pour les mi-temps subis, les ruptures de carrière, il faudra se contenter du  minimum vieillesse (868€) dont le montant dépend des revenus du foyer et qui n’est qu’une avance consentie par la société, avance  prélevée ensuite sur l’héritage à venir. Voilà pourquoi aujourd’hui beaucoup ne demande pas l’ A.S.P.A.  pour ne pas, plus tard, devoir léser leurs enfants.

Avec la retraite à points du gouvernement , point de bonnes retraites !

SOYONS RÉALISTES ASSURONS L’EXISTENCE !

La cause du déficit à venir des divers régimes de retraite est dû fondamentalement à la remise en cause de la centralité du salariat dans la distribution des richesses.

L’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais comment répartir mieux la richesse créée.

Avec la mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, au nom de la compétitivité, la pression sur les salaires s’est accentuée. Avec un outil de production de plus en plus sophistiqué qui exige de plus en plus d’investissements financiers, pour attirer les capitaux, les dividendes ont explosé. En 40 ans, 10% de la valeur ajoutée a migré de la rémunération du travail vers celle du capital et la part des dividendes dans la valeur ajoutée a plus que triplé.

Le progrès technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Au contraire, Bernard Stiegler, philosophe, décrit la disruption comme un phénomène d’accélération de l’innovation qui va plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce qui a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, les GAFAM, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs publics impuissants. C’est l’«ubérisation» de l’économie où les employés ne sont ni des autoentrepreneurs qui peuvent fixer librement le prix de leur prestation, ni des salariés qui cotisent pour leur retraites.

Avec la dévalorisation et la déréglementation du travail, les cotisations sociales adossées aux  salaires ne suffisent plus à financer notre système de sécurité sociale et donc nos retraites.

Face à cette crise structurelle qui voit le salariat mis à mal une alternative existe : Allouer de manière universelle et inconditionnelle un revenu d’existence, dissocié de l’emploi, pour assurer en toute circonstance, de la naissance à la mort une vie digne. Allocation financée non seulement par les revenus d’activité mais aussi par  le capital privé (le patrimoine net ) et le capital productif ( les machines, robots, etc..) qui crée de plus en plus de valeur sans contribuer à la solidarité.  Si jusqu’à présent le travail  pouvait permettre  de produire les conditions matérielles d’existence, se nourrir et se loger correctement, et  de se produire, de se réaliser et de s’épanouir  dans un environnement social, aujourd’hui, pour beaucoup, ce n’est plus le cas. L’impérieuse nécessité de gagner sa vie impose d’accepter trop souvent un emploi précaire, pénible, qui ne permet ni de se réaliser professionnellement ni d’assurer son avenir.

Avec les principes de solidarité et d’universalité – Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble des membres de la communauté pour se nourrir et  se loger dignement –  il est possible de distribuer un revenu de base  d’un montant suffisant (jamais de revenu individuel par unité de consommation < 1030€) pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées financées par le budget de l’État . ( Lire :Et pour vous qu’est-ce que ça changerait un revenu de base? )

Cette allocation universelle d’existence de  l’ordre de 1000 € serait du même ordre que le minimum vieillesse proposé dans la réforme, mais il existe trois différences majeures:

  • elle est cumulable avec d’autres revenus ( pensions , revenus du patrimoine.)
  • elle est individuelle. Ainsi quels que soient les revenus du conjoint éventuel, chacun dans un couple est assuré de percevoir au minimum ce montant.
  • Elle n’aliène pas le patrimoine de l’assuré.

QUEL RÉGIME DE RETRAITE CONSERVER ?

La dissociation entre revenu d’existence et pension de retraite d’activité permet d’unifier le système actuel autour du régime de base de la Sécurité sociale,  financé par la répartition des cotisations des actifs. Si aujourd’hui le système de retraite repose sur deux piliers : le régime général et le régime des retraites complémentaires (ARCCO et AGIRC ) , avec cette allocation d’existence seul  le régime général par répartition des cotisations suffirait à  assurer un complément de  pension, fruit de  son travail.

Ainsi avec par exemple une cotisation de 20 % ( 10 % employeur-10 % salariés ) sur tous les salaires permettrait d’assurer une retraite de 50 % d’un salaire brut de référence. (aujourd’hui les taux sont de 6,9 % pour la part salariale et 8,55 % pour la part patronale jusqu’au plafond de 3377 € )

Le tableau ci-dessous permet une comparaison entre le système actuel et celui avec un revenu de base de 1030€ et une retraite à 50 % des revenus  brut d’activité.

COMPARAISON RETRAITES

Note:

  • la pension moyenne brut en France est environ de 1500 €. ( 1900 € pour les hommes-1100 € pour les femmes ) ( lien)
  • Dans la proposition avec un revenu de base, la CSG et la cotisation mutuelle seraient remplacées par une cotisation à l’assurance maladie de 20 %. Le taux de financement du revenu de base , CRB, serait progressif jusqu’à 30 % à partir d’un montant brut de 2000€.

On constate :

  • Le revenu plancher est égal au revenu de base égal au seuil de pauvreté . Ce revenu individuel sera pour un couple 2 fois plus élevé.
  • Ce sont les travailleurs pauvres ( au SMIC ) qui auraient une retraite la plus revalorisée (73%).
  • Dans un couple avec un seul salaire pendant la vie active, le conjoint « sans profession » serait assuré d’une pension de 1030 € quel que soit le montant de la retraite du second conjoint.
  • Les couples avec des salaires très différents (par exemple 1500 € – 4000 €) auraient de meilleurs revenus.
  • Si les salaires  élevés, qui concernent moins de 10 % de l’ensemble, sont davantage mis à contribution, ce sont aussi les personnes qui ont le plus de chance d’avoir acquis un patrimoine et en particulier un logement pendant leur vie active.

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Il est aujourd’hui réaliste et urgent de renverser la table par une réforme systémique de notre sécurité sociale  car le corps social dans son ensemble est épuisé après des décennies de politiques libérales.  Son intégrité est en danger. La précarité touche de plus en plus de membres: la jeunesse, les chômeurs, ceux qui doivent se contenter des minima sociaux, les travailleurs pauvres, les retraités. Au total ce sont plus de 9,4 millions de personnes (taux de pauvreté :14 %) qui vivent avec moins de 1000 € par mois.  Il est vain de continuer avec des politiques curatives qui se limitent à poser  des sparadraps   sur ces blessures infligées au fil du temps. Le mal est plus profond. Il faut revoir tous les canaux de distribution et redistribution de la richesse pour alimenter tous les membres du corps social. A nous d’imaginer une alternative visant une protection sociale juste et solidaire tout au long de la vie qui garantisse en toute circonstance, de la naissance à la mort, le droit universel à une vie digne.

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Du mal nommé R.U.A. vers un revenu de base vraiment universel, véritable clé de voute de la protection sociale.

Ce texte complète la proposition faite sur le site du gouvernement concernant le projet de « Revenu Universel d’Activité »  qui n’est ni un revenu universel ( alloué à tous et toutes sans condition )  ni un revenu d’activité ( un salaire ou la rémunération d’une prestation) puisque les personnes concernées sont sans emploi et en fin de droit. Alors pour remettre à l’endroit ce qui est à l’envers, suivez le lien et votez pour :

un revenu de base VRAIMENT universel.

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revenu de base 1

 

« Un revenu non pas pour exister, mais parce qu’on existe. »

Les mots du prix Nobel d’économie britannique James Meade résument ce que doit être un revenu de base qui ne peut être qu’universel, c’est à dire versé à tous les membres de la communauté sans condition.

Or parce qu’il existe, tout être humain a besoin,  outre l’accès à  l’instruction et aux soins, d’assurer quotidiennement le couvert et le logis dans des conditions satisfaisantes pour lui et pour toute sa famille. Ces deux dernières nécessités sont, jusqu’à présent, conditionnées au droit à un emploi correctement rémunéré.

Le mouvement des gilets jaunes a révélé la détresse de millions de personnes, chômeurs, travailleurs pauvres, artisans, paysans, mères célibataires, jeunes sans ressources qui, avec ou sans travail, n’arrivent plus à vivre décemment dans une société où la richesse produite n’a jamais été aussi grande.

L’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais comment répartir mieux la richesse créée.

  1. COMMENT ASSURER EN TOUTE CIRCONSTANCE LES CONDITIONS ELEMENTAIRES D’EXISTENCE DANS UN MONDE OU LA DISTRIBUTION DE LA RICHESSE PAR LE TRAVAIL SE TARIT ?

Avec la mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, au nom de la compétitivité, la pression sur les salaires s’est accentuée. Avec un outil de production de plus en plus sophistiqué qui exige de plus en plus d’investissements financiers, pour attirer les capitaux, les dividendes ont explosé. En 40 ans, 10% de la valeur ajoutée a migré de la rémunération du travail vers celle du capital et la part des dividendes dans la valeur ajoutée a plus que triplé.

Le progrès technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Au contraire, Bernard Stiegler, philosophe, décrit la disruption comme un phénomène d’accélération de l’innovation qui va plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce qui a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, les GAFAM, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs publics impuissants. C’est l’«ubérisation» de l’économie….

  • où les employés ne sont ni des autoentrepreneurs qui peuvent fixer librement le prix de leur prestation, ni des salariés qui cotisent pour leur sécurité sociale, ce sont des zombis pour l‘entreprise,
  • où le consommateur est, malgré lui, un créateur de la valeur pour l‘entreprise,
  • où les bénéfices se moquent des frontières pour se réfugier dans des paradis fiscaux.

Avec la dévalorisation et la déréglementation du travail, les cotisations sociales adossées sur les salaires ne suffisent plus à financer notre système de sécurité sociale. L’État, avec la création de la C.S.G., qui est passé en moins de vingt ans de 1,3% à 9,7 % du salaire brut, se substitue au système de solidarité paritaire et en prend le contrôle.

Devant l’assèchement de la distribution de la richesse par le salaire, qui se traduit à la fois par l’augmentation du chômage, l’exclusion du système de production, la précarité dans l’emploi et de grandes inégalités, L’État a dû, au fil du temps, mettre en place un système de redistribution de la richesse.

 Par l’impôt on finance :

  • Des minima sociaux (RSA, ASPA, etc…)
  • Des aides aux familles qui s’ajoutent aux allocations familiales (Aides aux parents isolés, ARS, APL, bourses scolaires, etc…)
  • Des aides au travail pour le salarié (prime d’activité) et pour l’employeur (CICE, réduction Fillon, etc…).

Toutes ces aides absorbent largement le montant de l’impôt sur les revenus (I.R.) payé par moins de la moitié des foyers fiscaux et de ce qui reste de l’I.S.F. rebaptisé I.F.I. payé par seulement les gros propriétaires immobiliers.

Cette redistribution curative, à postériori, conditionnée, stigmatisante, familiarisée, si elle soulage et corrige partiellement les inégalités, elle ne réussit pas à s’attaquer aux causes de la pauvreté et laisse encore plus de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté dont 2 millions de travailleurs. Enfin elle divise la société en « sous citoyens », (les « ayant-droits », « le monde des assistés »), contributeurs (les classes moyennes) pendant qu’une petite minorité fait sécession à coup d’optimisation fiscale, ce qui induit ressentiment, méfiance et repli sur soi

Sans perdre de vue l’impérieuse nécessité de rééquilibrer en faveur du travail le partage de la valeur ajoutée, on peut dès à présent changer de pied en :

  • Substituant à la redistribution actuelle, organisée par l’État une redistribution universelle transformatrice, préventive et inclusive (Nancy Fraser), (1) administrée par une branche de la Sécurité sociale
  • Instaurant, pour améliorer la distribution de la richesse créée, une contribution à la solidarité nationale du capital productif (les machines qui remplacent de plus en plus les humains), comme le préconisait déjà Sismondi au début du XIX° siècle (2).

…avec l’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et individuel fondée sur deux principes et une condition :

  • Principe de solidarité : Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble des membres de la communauté pour se nourrir et  se loger dignement en toute circonstance,
  • Principe d’universalité : Tout le monde reçoit, tout le monde participe au financement. A revenu universel, contribution universelle. Contribution qui par rapport au système actuel ne sera pas plus lourde pour plus de 95 % des foyers fiscaux actuels.
  •  Enfin, ce revenu dissocié de l’emploi doit être d’un montant suffisant pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées financées par le budget de l’État (Jamais de revenu individuel par unité de consommation < 1030€).

2. DEFINITION

Le revenu d’existence est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué individuellement à tous les membres d’une communauté, de la naissance à la mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement, dans une société solidaire…pour assurer à chacun une existence digne en toute circonstance. ( Définition du Mouvement Français pour un Revenu de Base – M.F.R.B.)

En ce sens il ne fait qu’assurer les conditions élémentaires d’existence, définies par l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires »

 Ce nouveau droit social à une existence digne   ne doit pas être le fossoyeur de notre Sécurité sociale mise en place au sortir de la 2° guerre mondiale. Au contraire il complète et renforce ce système de sécurité sociale financé par la cotisation sur les salaires (assurance maladie, assurance chômage et système de retraite par répartition). Il prolonge le programme de la Sécurité sociale mise en place il y a 70 ans tel qu’énoncé dans l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. …Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation nationale d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d’un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité ; un tel résultat ne s’obtiendra qu’au prix de longues années d’efforts persévérants, mais ce qu’il est possible de faire aujourd’hui, c’est d’organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan. » 

3.   UN REVENU DE BASE RÉPARATEUR.

  • Par son montant il immunise le corps social contre la pauvreté. Tout au long de la vie jamais on ne se retrouve à devoir vivre avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Sont concernés :
    • Les travailleurs pauvres (tous les revenus du travail, allocations chômage, retraite, allocations de dépendance, AAH, s’ajoutent au revenu de base)
    • Les jeunes adultes célibataires sans travail, étudiants,
    • Les familles monoparentales, mères célibataires, enfants de familles pauvres.
    • Les personnes âgées, quel que soit leur parcours de vie, elles sont assurées d’un minimum vital de 1030 €.
  • D’un montant suffisant, il se substitue à toutes les aides de lutte contre la précarité, financées par l’impôt (minima sociaux, aides aux familles, aides aux travail) qui fabriquent de véritables citoyens de seconde zone.
  • Il complète et renforce le système de la sécurité sociale qui assure un accès aux soins par l’assurance maladie, une retraite et des allocations chômage où chacun contribue par la cotisation sur ses revenus d’activité.
  • Il complète et renforce les indemnités de compensation dues à un handicap, une invalidité ou une dépendance (AAH, aides à la dépendance).

Il doit enfin aussi permettre une meilleure répartition de la richesse dans le partage de la valeur ajoutée. Ainsi un transfert d’une part des cotisations sur les salaires vers la rémunération du capital productif (l’excédent brut d’exploitation : EBE) permet de mettre aussi à contribution, dans le financement du revenu de base, les machines qui se substituent de plus en plus au travail humain.

Ainsi son financement est assuré par :

  • Une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,
  • Une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.
  • Une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile.

Une fois corrigées les failles du système actuel dans la répartition de la richesse, d’autres moyens de financement peuvent venir compléter ce dispositif original sans en altérer la philosophie générale :

  • La création monétaire, avec la distribution d’un revenu d’existence en monnaie libre pour donner à chacun le pouvoir de créer la monnaie nécessaire aux échanges. C’est un revenu primaire distribué tout au long de la vie et dans l’ensemble de l’espace.
  • Les monnaies locales.
  • Une taxe sur les transactions monétaires et/ou marchandes,
  • Une TVA sociale,
  • La gratuité de services ( transport, eau, énergie).

« il s’agit de construire un État social qui mise intelligemment sur l’épanouissement du capital humain plutôt que sur l’astreinte d’un emploi non choisi ». Philippe Van Parijs, philosophe, fondateur du B.I.E.N ( Basic Income Earth Network )

4. UN REVENU DE BASE ÉMANCIPATEUR.

Cette allocation universelle d’existence dissocié de l’emploi, doit permettre de répondre aux mutations en cours dans le monde du travail et de la production de biens et services comme aux défis environnementaux à surmonter dans les années à venir.

  • En dissociant revenu et emploi, le revenu de base doit permettre d’aller vers « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz. On ouvre la voie vers la réduction du temps de travail, individuellement et collectivement, pour un meilleur partage des emplois. Il permet ainsi de lutter efficacement contre le chômage et de libérer le travail d’un emploi de survie.
  • Il contribue ainsi à soustraire l’individu de tâches pénibles, d’emplois inutiles et d’activités nocives pour l’environnement et la santé.
  • Sans être conditionné à la recherche d’un emploi, il encourage à la reprise d’une activité choisie dont les revenus s’ajoutent à ce revenu de base.
  • Il viabilise et valorise l’agriculture paysanne, les commerces de proximité, l’artisanat local, les activités culturelles et la création artistique, les métiers de l’accompagnement et de l’aide à la personne.
  • La formation, le changement de métier, les ruptures dans une carrière professionnelle, l’intermittence, la mobilité, peuvent être envisagés plus sereinement.
  • Il valorise les activités non marchandes, familiales ou sociales et autorise l’implication dans la vie de la cité. L’investissement humain dans le champ social régénèrera l’ensemble de la société.
  • Les enfants et les jeunes adultes disposent des mêmes atouts quelle que soit leur origine familiale. Avec ce revenu d’existence ils peuvent choisir de construire leur avenir en se donnant le temps et les moyens de révéler leur propre potentiel par une formation choisie.
  • En donnant de l’assurance et de la sécurité, le revenu de base libère l’individu du stress du lendemain, de l’insécurité, de l’usage de psychotropes, drogues et autres produits, allégeant du même coup les dépenses sociales des organismes publiques et le déficit budgétaire de l’État. Avec la diminution du chômage, l’augmentation de l’activité et l’accroissement des richesses créées individuellement, il ne fait aucun doute que l’ensemble des institutions publiques en seront bénéficiaires. Ainsi ce revenu de base permettra à terme de réduire les dépenses publiques dues aux dégâts humains et sociaux du système actuel.
  • Le revenu, comme la contribution, sont individuels, libérant ainsi la personne de toute contingence familiale. Il permet ainsi de dire non, non à des conditions dégradantes que ce soit dans le cadre de la vie privée ou dans celui de l’entreprise.
  • Quand tout le monde contribue de manière simple par un effort progressif en fonction de ses revenus et de son patrimoine, sans exception, à l’allocation de ce véritable dividende universel la cohésion de la société en est renforcée. C’est la fin des exemptions catégorielles, des ayant-droits, des niches fiscales qui divisent la société et font que « le coût des autres» l’emporte sur l’empathie. Le consentement au financement de ce droit universel est plus facilement accepté. Le flux des plus riches vers les plus démunis ne dépend que du niveau des inégalités dans la société.
  • Quand la vie n’est plus soumise au chantage de l’emploi,le revenu de base permet enfin de se libérer d’une économie productiviste. Face aux défis environnementaux, il permet à chacun, individuellement, de faire les bons choix pour la collectivité, tant dans son rôle de producteur comme celui de consommateur, étant assuré, qu’en toute circonstance, il disposera du nécessaire grâce à la solidarité de l’ensemble des membres de la communauté. Ainsi Il est possible d’envisager plus sereinement la transition écologique vers un monde plus frugal, à la fois respectueux des êtres humains comme de l’environnement et des ressources terrestres.

Depuis le 19 ° siècle, avec l’école laïque gratuite, tout être humain a droit à l’instruction, droit universel, inconditionnel et individuel,

Depuis le 20 ° siècle, avec l’assurance maladie c’est l’accès gratuit aux soins médicaux pour tous et toutes, droit universel, inconditionnel et individuel

Au 21° siècle, il est temps d’assurer une extension de ces droits par une véritable sécurité sociale tout au long de la vie qui permette de se libérer définitivement de la pauvreté et de s’individuer.

Nous avons mille fois plus de moyens qu’au sortir de la 2nde guerre mondiale. A nous, tous ensemble, de relever ce défi pour l’émancipation et l’épanouissement de l’être humain !

« Pour avancer, une société a besoin de rêves, pas de cauchemars. Or, quand on regarde autour de nous, on constate que ces rêves n’arrivent pas à émerger » Rutger Bregman, auteur du livre « Utopies réalistes ».

Il est de notre devoir de faire de nos rêves une réalité, nous en avons les moyens.

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NOTES :

(1) Comme l’écrit Nancy Fraser dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » :

  • « Les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. Les remèdes transformateurs, pour leur part visent les causes profondes. »
  • (…) « Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, en revanche, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

(2)  D’après la thèse de Jean de Sismondi, (1773- 1842) l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. Sismondi considère que l’inégal partage des richesses est doublement néfaste : c’est injuste et cela provoque des crises de surproduction. Il pense alors à faire augmenter les salaires grâce aux surprofits que crée la machine qui remplace l’ouvrier, en réduisant le temps de travail et en interdisant le travail des enfants. Il aimerait aussi que l’entreprise prenne en charge les périodes de maladie et de vieillesse des ouvriers.  (Wikipédia).

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5. UNE PROPOSITION :

 

RU 860

LES MONTANTS MOBILISES

 

Avec un financement ainsi défini :

  • Cotisation sur les revenus d’activité : 30 % en moyenne
    • De 0 à 30% pour les revenus d’activité , salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 30 % pour un SB > 2000 €,
    • 40 % sur (SB – 5 000 €) pour les salaires bruts supérieurs à 5 000 €,
  • Cotisation sur les revenus du patrimoine financier :
    • De 0 à 30 % pour les revenus globaux (activité + patrimoine) compris entre 0 et 2000 €
    • 30 % pour des revenus globaux > 2000 €,
  • Taxe sur les actifs nets : 2% en moyenne
    • De 0 à 2 % par an de la valeur nette du patrimoine ( valeur – capital dû)  pour les revenus compris entre 0 et 2000 €
    • 2 % pour les patrimoines nets < 2 000 000 €
    • 2,5 % pour les patrimoines > 2 000 000 €
  • Cotisation sur l’E.B.E. :
    • 15 % de l’E.B.E. qui se substitue au 5,25 % sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutiles grâce au revenu de base enfant.

Ainsi qu’un système de cotisations modifié qui assure l’autonomie et la pérennité de l’assurance maladie, des retraites par répartition et de l’assurance chômage qui intègre l’allocation du revenu de base.

  • Assurance maladie :
    • 20 % (5% salariés, 15 % employeurs) sur le salaire brut au lieu de 13% employeurs, ce qui permet de supprimer la CSG et la CRDS ( 9,7 % S.B.).
    • 20 % sur les retraites qui se substitue à la CSG et aux cotisations mutuelles.
  • Assurance chômage et formation : 9 % sur l’E.B.E. au lieu de 6 % sur le salaire brut.
  • Assurance retraite : 20 % du salaire brut (10 % salariés, 10 % employeurs) au lieu de 36 % (retraite SS + complémentaire) qui assure une retraite par répartition dont la pension se cumule avec un revenu de base de 1030 € à partir de 62 ans.

Au total les cotisations salarié, avec la CSG et CRDS, passent de 22 % à 15 %, les cotisations employeurs de 45,3 % à 25 % du salaire brut et 24 % sur l’EBE (9+15 %).

Le transfert d’une partie des cotisations du salaire sur l’excédent brut d’exploitation (E.B.E.) permet de compenser les allègements de cotisations pour les entreprises à taux de marge faible.

COTISATIONS

6 CONSEQUENCES SUR LA REDISTRIBUTION DE LA RICHESSE

6.1. Distribution actuelle des revenus

(Après impôts et aides sociales par unité de consommation)

DISTRIBUTION

6.2. Tableau comparatif avant et après redistribution avec un revenu de base de 860 €

On note :

  • Que pour 95 % des situation la comparaison est favorable.
  • Que 100 % de la population est au-dessus du seuil de pauvreté (1040 €)
  • Que les populations modestes et médianes sont aussi bénéficiaires dans cette redistribution universelle.
  • Que le bilan global est équilibré. ( +22,07 € / U.C.)

 

COMPARAISON

 

 

 

 

 

 

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Pour plus d’information, voir le diaporama

PRESENTATION RB NOV 19 ( 860€ )

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Avec le revenu de base, une alternative existe à la réforme des retraites du gouvernement.

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Ce 18 juillet 2019, le haut commissaire à la réforme des retraites, Jean Paul Delevoye présentait ses préconisations.  L’objectif principal est de tendre vers un régime universel de retraite dont la pension sera calculée sur la base  de l’accumulation de points tout au long de la carrière professionnelle ( 10 euros cotisés donnant 1 point ). La valeur de ce point à la date courante,( fixé à 0,55 € /an  en 2025 ) sera ajustée ensuite  par le gouvernement en fonction de la situation économique du pays et du bilan du régime de retraite. Le taux de cotisation pour les salariés serait  de 28,12 % du salaire brut (16,87 % employeurs -11,25 % employés ). Sous couvert  de simplification et d’une meilleure lisibilité du système , la réforme des retraites vise à étatiser le système des retraites et à réduire le rôle des syndicats. Le pilotage par la valeur du point, permettra de faire encore des économies sur le dos des salariés ce qui se traduira par une baisse de la part des retraites dans le PIB. Comme pour la réforme de l’assurance chômage, ce sont les travailleurs précaires qui en paieront un lourd tribu. En effet, ils seraient forcés de devoir travailler plus longtemps encore pour ne pas se satisfaire d’une retraite plancher qui serait fixée à 85 % du SMIC net soit autour de 1020 €, versée sous la forme d’une allocation complémentaire à la pension de retraite, mais dont le montant est calculé en fonction  des revenus familiaux.

lire :

https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/07/aee6dbe3-300d-43fd-818f-10e3125dd2c0/838_visactu-retraites-les-preconisations-de-jean-paul-delevoye.webp

Rédac France culture ( lien)

La précarisation de plus en plus sévère du salariat avec l' »ubérisation » de l’économie, les carrières de plus en courtes à cause d’une entrée tardive dans l’emploi et un chômage important des plus de 55 ans, l’intermittence dans l’emploi, la stagnation du salaire médian et une augmentation en nombre des salariés payés au SMIC, font que le montant des pensions, financées par des cotisations assises sur le salaire brut , n’est, pour beaucoup, plus suffisant pour assurer une retraite paisible et digne. Comme avec le RSA , l’État doit compléter  le montant des pensions avec l’ASPA ( Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées – minimum vieillesse) jusqu’à 862 € pour une personne seule.

https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/07/e177d37e-2c4b-4f78-867c-c2312ba4d21e/838_visactu-les-retraites-et-les-retraites-en-chiffres.webp

Rédac France culture ( lien)

 

Face à cette crise structurelle qui voit le salariat mis à mal une alternative existe : Allouer de manière universelle et inconditionnelle un revenu d’existence, dissocié de l’emploi, pour assurer en toute circonstance, de la naissance à la mort une vie digne. Allocation financée non seulement par les revenus d’activité mais aussi par  le capital privé (le patrimoine net ) et le capital productif ( les machines, robots, etc..) qui crée de plus en plus de valeur sans contribuer à la solidarité.  Si jusqu’à présent le travail  pouvait permettre  de produire les conditions matérielles d’existence, se nourrir et se loger correctement, et  de se produire, de se réaliser et de s’épanouir  dans un environnement social, aujourd’hui, pour beaucoup, ce n’est plus le cas et l’impérieuse nécessité de gagner sa vie impose d’accepter trop souvent un emploi précaire, pénible et qui ne permet pas de se réaliser professionnellement. Il est donc temps, pour que chacun participe avec ses moyens à la création de richesses sans être condamné à travailler trop, à travailler mal ou au contraire être assigné à l’inaction et la dépendance, de dissocier  rémunération du travail et allocation d’existence.

Dans un précédent papier ( lien) nous avons montré qu’en substituant à la redistribution actuelle financée par l’impôt, redistribution par l’État d’aides curatives, conditionnées et stigmatisantes,  une redistribution  transformatrice universelle et inconditionnelle ( 1), où chacun contribue en fonction de ses revenus et de son patrimoine, il est possible d’allouer tout au long de la vie une allocation universelle d’existence modulée en fonction de l’âge et administrée par la C.A.F. suivant l’exemple du tableau ci-dessous:

ALLOCATION D’EXISTENCE ET PENSION DE RETRAITE D’ACTIVITÉ

Si cette allocation universelle d’existence de 1000 € à partir de 62 ans semble être du même ordre que le minimum vieillesse proposé dans la réforme, il existe deux différences majeures:

  • elle est cumulable avec d’autres revenus ( pensions, revenus du patrimoine.)
  • elle est individuelle. Ainsi quels que soient les revenus du conjoint éventuel, chacun dans un couple est assuré de percevoir ce montant. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Si par exemple un des conjoints a une pension de 1500 € et l’autre de 300 € à cause d’ une activité interrompue, l’ensemble des revenus du couple ne permet pas de percevoir une part de l’ASPA ( revenus supérieurs à la limite de 1347€).

QUEL RÉGIME DE RETRAITE CONSERVER ?

La dissociation entre revenu d’existence et pension de retraite d’activité permet d’unifier le système actuel autour du régime de base de la Sécurité sociale,  financé par la répartition des cotisations des actifs. Si aujourd’hui le système de retraite repose sur deux piliers : le régime général et le régime des retraites complémentaires (ARCCO et AGIRC ) , avec cette allocation d’existence seul  le régime général par répartition des cotisations pourrait subsister.

  • Aujourd’hui avec un revenu annuel moyen de la valeur du SMIC et 172 trimestres cotisés la pension de retraite CNAV à 62 ans est de 50 % du revenu annuel moyen (lien)
  • Avec la retraite complémentaire, on peut espérer un taux de remplacement de 74 % soit pour un SMICARD, une retraite de 899 €, juste au dessus du minimum vieillesse et en dessous du seuil de pauvreté ( 1000 €).
  • Avec par exemple : un taux de cotisation unique de  20 % SB  pour la retraite de la CNAV ( la réforme  prévoit 28,12 % , le taux actuel est 15,45 % pour la CNAV) on peut évaluer la pension pour un Smicard à 810 € , pension qui s’ajouterait à l’allocation universelle.

Nous allons montrer que  le cumul  de la retraite d’activité avec le revenu universel assure à chacun indépendamment de la carrière professionnelle une retraite largement supérieure au seuil de pauvreté.

  • Ainsi un retraité smicard qui a cotisé tout au long de sa vie percevrait à la retraite un revenu mensuel de 1609 € tout en continuant à cotiser à l’assurance maladie ( 15 % RA – au lieu de payer la C.S.G. où une assurance complémentaire) et au revenu de base ( 10 % RA). ( 2)

Activité

Retraite

  • Un couple de retraité avec un seul actif au SMIC. Le conjoint, qui n’a pas eu d’activité rémunérée tout au long de sa vie, serait assuré d’une allocation de 1000 € alors qu’actuellement il doit se satisfaire de 448 € de l’ASPA.

Ainsi par une meilleure redistribution des richesses et, en dissociant revenu d’existence et rémunération individuelle  d’une activité, on assure à chacun non seulement un présent digne en totale autonomie mais on garantit aussi l’avenir indépendamment des réussites individuelles. On se libère ainsi de cette impérieuse nécessité de devoir sacrifier son présent pour s’assurer un avenir incertain. Enfin on en finit avec cette injonction injuste et mortifère faite à ceux qui ont eu le plus de difficultés à trouver un emploi et qui trop souvent n’ont pu choisir leur activité professionnelle, de devoir travailler davantage et plus longtemps encore pour s’assurer une pension de retraite minimale alors qu’ils pourraient   pour se libérer de cet emploi harassant  choisir  de diminuer leur temps d’activité. L’allocation universelle d’existence  en amortissant les conséquences sur le montant de la pension de retraite autorise ce choix.

Aujourd’hui l’élite politique assistée d’un quarteron d’experts nous enjoignent quotidiennement de nous adapter au rythme des mutations d’un monde qui nous échappe. « Accélérer les réformes » est le leitmotiv des serviteurs du marché qui, sans nous dévoiler les objectifs réels de cette injonction, en réalité, cassent jour après jour ce qui reste de notre protection sociale. Il est temps de reprendre l’initiative et « d’inventer par le bas«  notre avenir collectif, de proposer et d’imposer une alternative qui substitue à cette politique d’adaptabilité permanente  au marché une réelle politique de bien-être social.

Avec l’allocation universelle d’existence, « il s’agit de construire un État social qui mise intelligemment sur l’épanouissement du capital humain plutôt que sur l’astreinte d’un emploi non choisi » écrit Philippe Van Parijs, philosophe, fondateur du B.I.E.N ( Basic Income Earth Network ).

_______________________________

(1) Comme l’écrit Nancy Fraser dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » :

  • « les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. Les remèdes transformateurs, pour leur part visent les causes profondes. »
  • ( …)« Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, en revanche, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

(2) La mise en place du revenu de base universel  d’existence doit, outre la réforme des retraites, s’accompagner d’une réforme de l’assurance maladie avec la substitution de la C.S.G., administrée par l’État, par une augmentation du taux de cotisation des actifs ( 20 % au lieu de 13 % ) et une cotisation des retraités ( 15 % ), pour en finir avec les assurances complémentaires et ainsi créer une véritable assurance maladie universelle.

Le tableau ci-dessous montre que l’ensemble des prélèvements obligatoires ( cotisations, impôts ) ne serait pas plus élevé .

  •  comparaison des cotisations et impôts actuellement et  avec un revenu de base de 800 €.

  • Cotisation Revenu de Base sur les revenus d’activité :
    • de 0 à 25 % pour les revenus d’activité , salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 25 %  pour un SB > 2000 €,
    • 50 % sur  ( SB – 10 000 € ) pour les salaires bruts  supérieurs à 10 000 €,

 

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Le revenu de base vu par Zygmunt Bauman dans « Retrotopia » ( 1)

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( 1) Retrotopia – Zygmunt Bauman – Editions Premier Parallèle 2019. Traduit de l’anglais par Frédéric Joly – Recension par mon ami Alain Véronèse du MFRB

Zygmunt Bauman (1925, 2017) sociologue, de double nationalité britannique et polonaise , de tendance marxiste est surtout connu en France pour son ouvrage La vie liquide, livre dont les analyses lucides et inquiètes ont retenus l’attention d’un large public. Peu avant de mourir, il participa au collectif L’âge de la régression que l’on peut lire en Folio (2018).

 

Également en deuxième partie de cet article : « Retrotopia, qu’est-ce à dire ? », les craintes de Bauman examinant les dérégulations capitalistes.

Dans Retrotopia il examine longuement la question du revenu de base, avec une logique d’argumentation efficace. La présentation ci-dessous reste focalisée sur cette argumentation favorable au revenu de base, combinant raison et séduction, le texte de 25 pages environ, pourrait (devrait ?) emplir la besace argumentative, politique de tous ceux qui sont convaincus de l’utilité du revenu de base, les convaincus gagneront en devenant plus convaincants… Tout en restant ouverts aux critiques constructives, bien sûr.

Bauman commence son examen de l’utilité tant économique que fortement politique du revenu de base en s’appuyant sur un livre de Daniel Raventos Basic income. The material conditions of freedom (traduit de l’espagnol vers l’anglais par Julie Wark), Pluto press, 2007.)

« Daniel Raventos […] considère qu’un « revenu de base » est la pierre angulaire de toute société égalitaire à venir. Le livre de Raventos témoigne d’une intention de renouer avec les idéaux qui, tout au long des décennies allaient être systématiquement abandonnés et quasi oubliés » [Bauman se réfère aux valeurs de l’État Providence et aux conceptions d’un libéralisme aujourd’hui disparu].

Les idéaux aujourd’hui « oubliés » ou niés, sont ceux du rapport Beveridge (…) William Beveridge, n’était ni socialiste ni conservateur, plutôt libéral au sens de défenseur d’une liberté individuelle inaliénable.

Et, suivant les préceptes de l’idéologie libérale, la liberté individuelle est non seulement une valeur suprême et une exigence radicale, mais aussi l’objectif prioritaire (et même un méta-objectif) de toute pratique politique, une telle valeur ne pouvait être correctement portée qu’à condition que soient remplies les conditions matérielles de la liberté. » D’où l’accès impératif à un revenu permettant une vie décente. Cet objectif : liberté réelle avec les conditions économiques qui la rende effectivement possible était contenue et actée dans la volonté politique de Beveridge et ses alliés libéraux de l’époque. Le libéralisme d’aujourd’hui est bien moins généreux.

De façon paradoxale,c’est chez les libéraux d’hier que l’on trouve des arguments pour le revenu de base d’aujourd’hui. Précision : il s’agissait pour Beveridge d’assurer un revenu décent à toute la population, ce n’est pas exactement le revenu de base du MFRB, ce serait plutôt une étape intermédiaire…

Phillip Van Parijs, l’un des théoriciens majeurs du revenu de base est également cité par Bauman :

What Wrong with a free lunch, publié en 2001. Ce livre et les suivants (1) sont des argumentaires en faveur d’une liberté réelle, qui pour s’actualiser exige l’accès à une aisance économique réelle.

La disparition du travail…

Dans L’âge de la régression, livre qui contient une contribution de Bauman, Paul Mason, longuement cité dans Retrotopia, rappelle que l’idée d’un revenu de base est un moyen d’atténuer les inégalités, mais plus encore le revenu de base est une solution à un problème bien plus vaste: la disparition du travail lui même. L’utopie fondée sur le travail est en voie de disparition (André Gorz.)

Paul Mason de continuer :

« Nous savons désormais qu’au fil des deux décennies à venir, 47 % des emplois aux Etats-Unis seront menacés de disparition par l’automatisation (Oxford, Martin School, 2013) et que 140 millions de travailleurs relevant de l’économie de la connaissance courent le même risque  (Mc Kinsey, Global Institute). Ce qui distingue l’automatisation des précédents vagues de destruction d’emplois : alors que celles-ci n’avaient pas en leur temps empêché la création de nouveaux emplois de qualité,ni l’apparition d’une culture consumériste soutenue par de plus hauts revenus, l’automatisation elle réduit le besoin de postes de travail sans nécessairement en créer d’autres.  »

Bauman en accord avec Mason (et d’autres) «  exige la suppression de toute enquête sur les revenus et que soit mis un terme au lien de conditionnalité entre le droit a des aides sociales et l’existence de rémunération régulière, c‘est rompre radicalement avec la mentalité qui donna naissance aux maisons pour pauvres et autres maisons de travail pour pauvres que les schémas anciens/nouveaux – qui se pressent d’imposer enquêtes de revenus et obligation de travailler – ont vite fait de remette à l’ordre du jour.  » Donc, l’accès à un revenu devrait être inconditionnel et individuel.

La ruse de la raison libérale (capitaliste) c’est d’obliger – sous peine de sanctions, notamment financières à chercher ce que les entrepreneurs bien avisés n’ont cesse de faire disparaître chaque jour: les emplois… la dernière réforme de l’Unédic est sur ce point exemplaire.

La question fondamentale que fait surgir la production cybernétique a été abordée plusieurs fois sur ce blog (2). La disparition du travail, sa raréfaction plus exactement, est un fait difficilement contestable, après avoir été constatée et admise, le revenu de base, serait oui, condition d’une plus grande liberté accessible .

Mais, curieusement, chez Bauman, comme chez Mason,… il n’est pas associé à une nécessaire, importante réduction du temps de travail. Nous voyons mal comme fonctionnerait une société où, mettons 40 % de la « population active-inactive » (au sens économique du terme) vivrait chichement d’un revenu de base, alors que les sur-actifs seraient menacés d’un « burn-out » quotidien…

Importantes questions théoriques.

Claus Offe [l’un des contributeurs de L’âge de la régression, op.cité] ne fait rien de moins qu’inviter la théorie de Van Parijs à proposer – comme tout théorie digne de ce nom devrait le faire – «une théorie » d’elle même.

Bauman de continuer : « Le théoricien se doit de répondre, entre autres, à la question suivante : pourquoi donc tant de gens s’opposent à ma théorie ? C’est la une question sérieuse – peut-être la plus sérieuse de toutes – qui exige de se voir apporter une réponse. La première réponse généralement donnée à cette question est la suivante : ce serait la peur causée par une anticipation de la liberté à venir qui viendrait entraver la mise en œuvre d’un tel projet. »

Peur de la liberté ? Il est vrai que dans un monde où seraient élargis les espaces de libertés, le mode d’emploi (de la vie sans emploi…ou presque), ne serait plus hétéro déterminé (dans le langage d’André Gorz), mais le nouvel usage du temps serait de la responsabilité de toutes et de chacun. Cette liberté sans bornes à priori, peut, il est vrai être source que quelques angoisses.

En d’autres termes par Bauman, citant Offe de nouveau : « qui pourrait légitimement craindre une telle liberté ? Pour quelles raisons ? Et que pourrait-il craindre exactement? Offe place les employeurs en première position de la liste de ceux qui pourraient craindre la mise en œuvre d’un tel projet, et ce pour deux raisons : tout d’abord, ils craindraient que « leur contrôle sur les travailleurs en soit affaibli, ceux-ci disposant dès lors de la possibilité de démissionner sans courir trop de risques à la clef, enfin, ils craindraient qu’un tel projet entraîne un taux d’imposition élevé et un tassement de l’échelle du revenu net. » Ces peurs, et d’autres apparues dans divers milieux doivent être prises au sérieux.

Sur le versant positif – pour les salariés : « l’élimination des postes particulièrement détestables ».

Qui regrettera la disparition de boulots carrément dégueux ?! Pour cette raison supplémentaire : le revenu universel (de base) doit être en son principe même continué à être défendu car « la vitalité de ce projet de revenu universel peut-être représenté comme l’un des ingrédients essentiels d’une « utopie réaliste ». (3).

Alain Véronèse.

Juillet 2019.

________________________

Notes:

1 – De Phillippe Van Parijs et Yannick Vanderborght, une parution récente (2019), véritable encyclopédie sur le revenu de base : Le revenu de base. Une proposition radicale. Ed. La découverte.

2 – Lire par exemple : La production cybernétique.

3 – Utopies réalistes, éditions du Seuil , 2017 le livre de Rutger Bregman est plusieurs fois positivement cité. Lire une présentation de ce livre sur ce blog par Guy Valette. Sous-titre de l’édition anglaise ; « Un plaidoyer en faveur d’un revenu de base universel, de l’ouverture des frontières et de la semaine de travail de quinze heures ».

________________________

Retrotopia, qu’est-ce à dire ?

Le titre exprime une crainte, celle d’une régression vers une invivable société où l’homme serait redevenu un loup pour l’homme. Le chapitre « Retour à Hobbes ?«  (p. 27, 75), nous décrit un retour à l’insécurité, retour au réconfort de la tribu, aux inégalités accentuées. Le rétro de « retrotopia », c’est pour Bauman une régression sociétale et politique.

L’effondrement de l’Etat-Providence marque l’avènement ( ou le retour?) de l’homo œconomicus, calculateur rationnel, égoïste nécessairement. Le narcissisme féroce du capitalisme déchaîné (seul compte le profit, l’argent n’a pas d’odeur…), instaure une impitoyable compétition de tous contre tous.

Le Léviathan de Hobbes, c’est l’instance, l’État qui peut avec le monopole de la violence légale et légitime, instaurer une relative pacification sociale, une sécurité permettent une vie délivrée de la crainte des voisins.

Ce qu’observe Bauman c’est une régression vers des sociétés a-sociale, «pré-hobbesiennes», avec un Léviathan de puissance fort amoindrie.

« Nous le sentons (même si nous ne pouvons mettre un terme à ce sentiment), notre monde – monde de l’affaissement des liens sociaux, monde de la dérégulation et de l’atomisation des structures jadis conçues sur le mode politique […] est de nouveau un théâtre de guerre : une guerre de tous contre tous […]. »

Nous sommes en effet revenu au monde d’avant le Léviathan de Hobbes.

Le cynisme froid, le « tatchérisme » assumé de Monsieur Emmanuel Macron, est bien un signe d’époque.

Le topos rétrograde du capitalisme déchaîné (stricto-sensu), c’est la menace dont Rétrotopia nous avertit.

L’instauration d’un revenu de base universel (l’utopie réaliste de Bauman et de Bregman) pourrait indiquer un autre itinéraire. Nécessaire.

A.V.

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Revenu de base, le nouveau pilier de la Sécurité sociale. Diaporama

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Ça changerait quoi pour vous un revenu de base universel et inconditionnel ?

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Le Revenu de base, des auteurs contre, des auteurs pour.

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Alain Véronèse,  Mars 2019

Des livres et des idées

Le revenu de base, sous différents noms, nourrit fort bien l’actualité éditoriale. Ci-dessous, trois recensions sur le thème. Un auteur français farouchement contre, un résident anarchiste en Grande Bretagne révolutionnairement pour, un américain (USA), futur candidat à l’élection présidentielle, prenant les dimensions des disruptions productives propose un revenu de base financé principalement par l’instauration d’une TVA, taxe qui n’existe pas aux USA. Arguments à considérer, ou a réfuter après documentation consistante.

1. LE REVENU DE BASE DOIT DEVENIR UN INTERDIT AUSSI FORT QUE L’INCESTE.

Fichtre ! Qu’est-ce titre dans un site dédié à la défense du revenu de base ? Guy Valette a-t-il perdu le nord ? Grosse fatigue pour cause de fréquentation immodérée du MFRB ? Non, lors de notre dernière entrevue il avait l’air dans son assiette.

Je peux donc, sans trop de risques, lui proposer une recension distancée du livre de Laurent Alexandre « La guerre des intelligences »(J.-C Lattès, 2018), un argumentaire transhumaniste favorable à « l’homme augmenté ». La guerre des intelligences est celle de l’intelligence humaine (non augmentée) et l’intelligence artificielle qui, en puissance, croit chaque jour. Le sapiens à l’ancienne ne pourra pas suivre le rythme du « progrès » en accélération constante.

Nonobstant l’émergence d’un élitisme assumé, le livre de Laurent Alexandre, parmi diverses thèses audacieusement « high-tech », procède à un démontage du revenu de base dont nous ne pouvons négliger les impacts sociaux et politiques. Quelques lignes ci-dessous comme exercice pour, en connaissance de cause, préparer une contre offensive.

Laurent Alexandre a ses entrées dans dans nombreux journaux, il dirige plusieurs sites médicaux sur internet. Un homme de grande influence qui au nombre de ses amis compte Jacques Attali et Emmanuel Macron, c’est dire l’envergure… Courage !

S’associant à nombre d’auteurs (1) diagnostiquant la réduction drastique du travail nécessaire dans une production largement automatisée, la disruption en gestation n’a pas encore délivrée toutes ses promesses, déployée toutes ses menaces, c’est selon…

La révolution numérique est présente dans de nombreuses pages. « Les premiers bousculés par ce raz-de-marée d’innovations sont ceux qui pratiquent des professions « ordinaires », qu’il s’agisse de conduire, de servir dans un restaurant ou donner des soins infirmiers. La technologie va, avec le temps réduire le nombre d’emplois. (p.135). Plus récemment encore, « Mark Zukerberg dans un discours devant les étudiants de Harvard a décrit les dizaines de milliers d’emplois que l’IA (Intelligence Artificielle) allait détruire (p. 145). Destructions massives des emplois, disruption accélérée… tendances lourdes, aujourd’hui amplement documentée (1).

Nonobstant, Laurent Alexandre est farouchement contre le revenu universel (ou de base) ce, avec des arguments dérangeants. Allons voir.

Le revenu universel doit devenir un interdit aussi fort que l’inceste.

Après une visite en Californie, l’auteur constate : « La Silicon Valley et l’ensemble de la côte ouest des Etats-Unis ont bien compris que nous traversons une révolution économique inédite. La plupart des milliardaires du numérique défendent désormais le revenu universel.[…] Compte tenu du risque de réduction rapide des emplois et de l’explosion du chômage, émerge la crainte d’une révolte populiste,voire d’une révolution modèle 1793 » (p. 143,145).

Le revenu universel serait alors conçu comme investissement sécuritaire : « Le RU serait une façon commode de confiner les dites masses dans le calme et l’apathie, laissant les meneurs du monde dans la quiétude de leur entre-soi. » (p.145).

On ne peut, même avec réticence, écarter totalement ce scénario d’un « meilleur de mondes », où un revenu minimum, distractions abondantes, popularisation d’un érotisme diffus, le tittytaiment de Zbigniew Brzezinski, permettrait aux « augmentés » de demain d’évoluer dans un monde à part, isolé, coupé des agitations molles de la plèbe subventionnée. Selon Laurent Alexandre, le RU serait une subvention canapé pour encourager à la somnolence désocialisée. C’est pour s’éloigner de cette tiédeur

quasi fœtale qu’il faut interdire fermement le revenu de base, « à proscrire comme l’inceste » et autres lâches tentations régressives.

Nous sommes ici fort loin d’André Gorz qui pensait les modalités du revenu de base comme un investissement pour encourager une politique inventive, générative, premiers jalons pour « Bâtir la civilisation du temps libéré » (éd. LLL, 2013).

Avec prudence, Laurent Alexandre concède qu’un RU temporaire pourrait permettre à certains de suivre une formation qui les rendent compatibles avec l’Intelligence Artificielle (IA), productifs comme auxiliaires de la robotique ? Il faut rester sur la brèche, monter au créneaux : « L’absence d’effort intellectuel dégrade rapidement la neuroplasticité » (p.147). Le RU comme subvention canapé – Alexandre est incapable d’imaginer autre chose que l’avachissement pour ceux qui seraient largement libérés de la contrainte d’avoir à travailler pour mériter de vivre. C’est, selon lui, la raison majeure pour laquelle « il faut faire du revenu universel un interdit aussi fort que l’inceste.» (p.149)

La neuroamélioration c’est l’avenir du (sur) homme.

L’homo-sapiens ordinaire, vous et moi, un quidam dépassé, franchement ringuard.  «C’est tôt, dès l’école primaire que la connaissance des caractéristiques génétiques des enfants permettra de paramétrer plus finement l’enseignement puisque notre façon d’apprendre dépend largement de notre ADN. Une révolution culturelle s’annonce pour les professeurs qui ne s’imaginaient pas un jour lire dans les cerveaux et le ADN des enfants » (p.163). Ébouriffant, non ?

Science fiction ou courte anticipation d’un a-venir proche ?

Avec l’aplomb que donne l’aisance financière et la réputation scientifique, l’auteur de continuer avec autorité.

« L’augmentation deviendra incontournable, sauf pour les chimpanzés du futur « (1) . «Imaginons le fossé qui pourrait se créer en l’espace d’une génération entre les parents non augmentés – vous et moi – et une progéniture dotée de 50 ponts de QI supplémentaires ? » (p.165).

Mouais… à supposer qu’il en soit ainsi demain, l’accession à la sur-humanité risque fort de ne pas être à la portée de toutes les bourses. Le revenu de base (RU) en cette optique ? Une peccadille pour aider la survie des domestiques au service des nantis du QI. Pour le mieux… ou pour le pire ?

Le RU de l’auteur, n’est pas le revenu de base du MFRB, il ne s’accompagne d’aucune réforme fiscale, la réduction du temps de travail que pourrait permettre la formidable productivité robotique et intelligence artificielle, n’est aucunement mentionnée. L’analyse est d’obédience libérale-libertaire. On aime ou pas.

***

Sur un autre versant politique, quelques lignes ci-dessous pour présenter un libertaire plus anarchiste que libéral. Sa présentation du revenu de base est à l’exact opposé de celle de Laurent Alexandre. Il s’agit de David Graeber auteur de « Bullshit jobs », « Boulots de merde » en langue verte (éditions LLL 2018). Gros succès de librairie. Mérité. Traversée de quelques pages, citations choisies.

2. UN REVENU UNIVERSEL DE BASE D’UN MONTANT SUFFISANT.

Selon Graeber, le revenu universel de base (RuB) ne procède en rien de la charité, n’est pas même un secours provisoire concédé aux plus démunis, il vise une transformation radicale du rapport au travail-

emploi, c’est donc un investissement pour un changement de société (in fine, c’est l’abolition du salariat qui est souhaité, nous allons le voir plus loin dans le texte).

Citation à l’appui:

« Un système de revenu universel de base (RuB) doit allouer à chacun un montant suffisant pour permettre de vivre décemment. Et surtout doit être totalement inconditionnel . Tout le monde doit y avoir droit […] De cette façon, on instaurera un droit humain et non une aumône ou un simple rafistolage. »(p.384, 385).

Et de continuer, intransigeant sur le principes : « Au bout du compte, la proposition centrale du Rub, c’est de déconnecter les moyens de subsistance du travail. Une conséquence immédiate pour les pays qui l’instaureraient serait un recul massif des procédures bureaucratiques. En effet, le cas de Leslie [une assistante/contrôleuses sociale qui a confié son malaise au travail] montre qu’une part démesurée de la machinerie bureaucratique gouvernementale […] ne sert qu’à maintenir les pauvres dans leur situation humiliante. Et ce petit jeu au coût moral exorbitant soutient une « machine à travailler » mondiale largement inutile. » (p.385).

Graeber entend préserver les prestations sociales instituées : « La version d’extrême gauche [du RuB] suppose le maintien des protections inconditionnelles existantes. » (id.). Rejoignant sur ce point le MFRB, retraites, sécurité sociale,… pour Graeber les « acquis sociaux » sont maintenus.

Parmi les effets collatéraux du Rub, il faut envisager la disparition de nombreux emplois [ce qui ne mème pas automatiquement à une augmentation du chômage, pour autant qu’une vigoureuse réduction du temps de travail permette l’embauche dans les secteurs de réelles utilités sociales].

« C’est vrai, des millions de petits agents publics, tels les « conseillers en prestations sociales » verraient leur job disparaître. Mais, ils recevraient le revenu de base comme tout le monde, et peut être certains se trouveraient une occupation réellement importante, qu’il s’agisse d’installer des panneaux solaires, ou de découvrir un remède conte le cancer. Et même de monter un groupe de percussion sur bidons, d’essayer de battre le record d’activité sexuelle à un âge avancé, de se lancer dans la restauration de meubles anciens, la spéléologie, la traduction de hiéroglyphes mayas,… ce ne serait pas plus grave que cela. Laissons-les faire ce qu’il leur chante ! «  (p.387,388). [nous soulignons].

Ce qu’il faut instaurer c’est un revenu « d’un montant qui permet de vivre décemment. Déconnecté de l’emploi » (p.384).

Graeber, rejoint un américain qui n’aimait pas le travail : Henri-David Thoreau n’hésite pas à préconiser la disparition de nombre d’ emplois inutiles, voire néfastes : « Avec l’instauration d’un Rub, – précisément les services les plus intrusifs et les plus ignobles, ceux qui se spécialisent dans la surveillance morale des citoyens ordinaires – perdraient leur raison d’être et fermeraient leurs portes. C’est précisément pour cette raison, qu’en tant qu’anarchiste je suis favorable au Revenu de base »(p.387).

L’accès au revenu de base, c’est de l’argent pour inventer un nouvel usage du temps : « Comme l’avait bien noté Orwell, une population occupée à travailler même à des tâches inutiles n’a guère le temps pour quoi que ce soit d’autre. » (p.392). A qui profite le maintien de nombre de boulots à la con ?

Monsieur Macron, trouve que les français ne travaillent pas assez (avril 2019), une déclaration prévisible : il lui faut bien renvoyer l’ascenseur à ses amis milliardaires qui lui ont payé une place de Président…

Mais le meilleur de Graeber se trouve dans un passage par la science fiction. Aperçu ci-dessous.

Mémoires d’un voyageur de l’espace, Stanilas Lem.

Extraits tirés de l’édition française de S. Lem, éditions Denoël, 1994, « Autres mondes, autres mers » (p.112,114).

Nous reprenons les citations faites par Graeber. Les observations faites par le voyageur de S. Lem. Dialogue. Deux protagonistes de la fiction futuriste.

– « Au fur et à mesure que dans les fabriques, apparaissaient les nouvelles machines les Boulonniers [les travailleurs] par milliers perdaient leur travail et ne touchant plus de salaire, n’avaient plus comme perspective que d’être condamnés à mourir de faim…

– Pardon, idiot,demandais-je, Que deviennent les revenus qu’apportaient les fabriques ?

– Comment ça, repartit mon interlocuteur. Les revenus revenaient aux propriétaires légitimes, aux Eminents . Donc, comme je te disais, la menace de mort se mit à planer…

– Mais que dis-tu là, digne idiot, m’écriais-je. Il suffit de faire des usines la propriété commune pour que les nouvelles machines se transforment en bénédiction pour tout le monde ! [Nous soulignons…]

-… Je t’en conjure voyageur venu d’ailleurs, ne profère pas d’hérésies aussi effroyables, qui ne sont rien d’autres qu’un vile atteinte au principe de nos libertés ! »(p.362).

« Les principes de nos libertés… », le principe de l’économie de marché libre et non entravée, qui est au fondement de l’union européenne… La science fiction d’hier dit le réel d’aujourd’hui, y penser avant de voter (ou pas) le 26 mai prochain.

Loin de l’Europe, une brève rencontre avec un futur candidat à l’élection présidentielle américaine, très favorable au revenu de base : Andrew Yang.

***

3  LA GUERRE CONTRE LES GENS ORDINAIRES. LA VERITE SUR LES EMPLOIS AMERICAINS QUI SONT EN VOIE DE DISPARITION. POURQUOI LE REVENU DE BASE EST NOTRE FUTUR. (Hachette books, 2018, en anglais)

Titre et sous titre, d’emblée énoncent le projet de l’auteur. [La traduction est faite par nos soins].

Comme d’autres analystes (cf . plus haut), Andrew Yang, constate que l’automatisation, robotisation  » éliminent les revenus de centaines de milliers des américains les plus vulnérables dans diverses régions du pays » (p.10). Les « gens ordinaires » qui effectuent des tâches répétitives sont les premières victimes des mutations technologiques. Nonobstant, sans cesse, la technique remplace même les plus qualifiés.

« Nous sommes proches du moment où non seulement les caissiers,mais également les chirurgiens pourront être partiellement remplacés par l’Intelligence Artificielle. » (p.70).

Les emplois intermédiaires, tels ceux occupés par les chauffeurs routiers, sont également fort fragiles, bientôt caducs, les google trucks, sont plus fiables et surtout moins chers. La reconversion des routiers ne sera pas simple : « Les anciens camionneurs ne seront guère enthousiasmés par le nouveau boulot qui consiste à aider grand-mère à prendre son bain. »(p.74).

Si le présent immédiat est lourd de contradictions et de menaces, les richesses du possible, latentes attendent les conditions économiques de leur souhaitables émergence.

Dans une société où serait institué le Revenu universel de base, d’un montant de 1000 dollars mensuels selon Yang « Il y aurait également une fantastique expansion de peintures, de compositions musicales, de créations vidéos, de la pratique du sport,de l’écriture littéraire,… toutes ces choses que nombre d’américains n’ont pas le temps de faire aujourd’hui. Nombreux sont les gens avec une passion artistique qu’ils pourraient développer s’ils n’étaient pas obligés de travailler pour, se nourrir chaque mois. Le revenu universel de base serait peut-être le plus grand des catalyseur de créativité que nous n’avons jamais vu. » (p. 189) .

La question du revenu de base ne doit donc pas rester sur le plan strictement économique, bien au contraire il faut penser, non à une dépense charitable, mais à un investissement pour un changement de paradigme dessinant les contours d’une société où toutes et chacun pourraient être « pâtre le matin, menuisier l’après-midi, critique littéraire le soir. Sans être enfermé dans le statut de pâtre, menuisier, critique… » Selon les anticipations d’un idéologue allemand.

De l’argent pour inventer un nouvel usage du temps. L’Otium du peuple ( le loisir créatif, du citoyen impliqué) sera-t-il un jour sur l’horizon d’attente ? En attendant, on ralentit, on réfléchit et c’est pas triste. Bien au contraire.

Si vous m’avez suivi jusqu’ici, vous avez quelques loisirs, je vous remercie de votre attention.

Alain Véronèse. Mars 2019.

__________________________

Notes.

1- Par exemple : La production cybernétique, et la présentation du livre de Martin Ford, « L’avènement des machines, »

2- Pour une critique radicale du transhumanisme : « Manifeste des chimpanzés du futur », par Pièces et Main d’oeuvre (PMO), éd. Service compris, 2017. Le dernier chapitre n’est pas optimiste…

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Récapitulatif , nous avons présenté 3 livres …:

. La guerre des intelligences. Laurent Alexandre. J.C. Lattès, 2018.

. Bullshit Jobs. David Graeber. LLL, 2018.

. The war on normal people. Adrew Yang, Hachette Books, 2018.

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Pour qu’ensemble on travaille plus, M. Macron, chacun doit travailler moins et mieux.

 

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Article  écrit le 10 mars 2018 remanié le 24 avril  et le 6 mai 2019.

 Emmanuel Macron, ce 1er Mai, se prenant pour Pétain, dans une ultime provocation, a déclaré: « Le 1er mai est la fête de ceux qui aiment le travail et le chérissent, parce qu’ils savent que par le travail, on construit son avenir et l’avenir du pays. «  Après cinq mois de luttes sociales et de débats où la question centrale posée par les gilets jaunes sur les ronds points est: Comment faire en sorte que le travail  paie  suffisamment pour faire face aux dépenses contraintes qu’on nous impose ? notre « méprisant de la République » ne trouve rien de mieux pour financer la solidarité ou augmenter le pouvoir d’achat, que de proposer à ceux qui ont un emploi de travailler davantage, par la suppression d’un jour férié ou par l’augmentation de l’âge de départ à la retraite ou encore par la suppression des 35 heures, alors que ceux qui travaillent, travaillent déjà trop ( en moyenne 39,1 h pour les emplois à plein temps), que beaucoup trop de travailleurs vivent dans la précarité ou dans la souffrance au travail et qu’un trop grand nombre est sans emploi. Il ne s’agit, en fin de compte, au nom de la compétitivité, que de diminuer encore et encore la rémunération du travail au profit de celle du capital. Face à cette nouvelle attaque il faut opposer une alternative qui permette à la fois de  libérer en partie l’homme d’un travail contraint, inutile ou dangereux et de mieux partager les emplois,  tout en assurant à chacun des revenus suffisants grâce à la socialisation d’une part des revenus d’activité et  du capital privé comme du capital  productif. Socialisation qui prendrait la forme d’un revenu universel garanti déconnecté du travail qui assure en toutes circonstances le minimum vital, immunise contre la pauvreté et redonne la main à l’humain pour travailler moins et  mieux hors et dans l’emploi.

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Avec l’automatisation, la robotique et la numérisation de l’économie, le salariat a vu sa productivité décupler au fil du temps. Mais le progrès technique, la croissance, n’a pas libéré l’homme du travail contraint,  au contraire, il l’a asservi. Au nom d’une recherche sans fin du profit, le travail s’est intensifié pour certains, s’est précarisé et  a disparu pour beaucoup d’autres. Aujourd’hui le progrès scientifique et technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Bernard Stiegler décrit la disruption comme un phénomène où les entités qui s’approprient l’innovation technologique (les G.A.F.A.M.) imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes. C’est l’ubérisation de l’économie.

Le progrès technologique modifie la structure du marché de l’emploi. Si les  emplois très qualifiés, bien payés, ( ingénieurs, managers ) sont en augmentation ,  on assiste aussi   au développement des emplois non qualifiés, à temps partiel subi, payé au niveau du S.M.I.C ( livreurs, emplois de services ) au détriment des emplois intermédiaires (ouvriers qualifiés, employés de bureau ). Ainsi  émerge peu à peu une société duale et fragile où les petits boulots et les temps partiels contraints forment une armée de travailleurs pauvres qui s’ajoute  au chômage de masse.( lire l’article des Echos ).

Cet « effet sablier »  conduit à la disparition de la classe moyenne: «  Cet affaiblissement de la classe moyenne est évidemment un facteur d’inquiétude, comme le montrent la révolte des « gilets jaunes » et la montée des populistes lors de la dernière élection présidentielle. D’autant que « la polarisation de l’emploi contribue fortement aux inégalités de revenus » » estime Farid Toubal un des deux auteurs d’ un ouvrage publié par le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP)

L’exemple allemand illustre cette évolution : « Si l’économie allemande est au vert, qu’elle a presque retrouvé le plein emploi, beaucoup ne s’en sont pas aperçus. La presse enchaîne les titres : 16 millions de pauvres, la honte ! Plus de quatre millions d’Allemands sont surendettés. Ces retraités qui ne peuvent plus se nourrir car non seulement le nombre de pauvres a augmenté depuis quatre ans, mais les inégalités se sont creusées. Le nombre de millionnaires a bondi de 30% et les plus riches se sont enrichis, quand un Allemand sur cinq ne possède rien du tout. » ( lien )

Au FMI aussi on réalise que les inégalités peuvent fragiliser l’économie, par une demande à bout de souffle d’une part et par une captation d’une partie de la richesse dans des investissements spéculatifs et improductifs d’autre part.

Les politiques gouvernementales ( C.I.C.E – réduction Fillon ) qui viennent au secours des entreprises, en prenant en charge une partie des cotisations pour « abaisser le coût de travail » des emplois peu qualifiés de plus en plus nombreux, sont incapables de relancer la création d’emploi dans un marché anémié par l’augmentation de la précarité et de la pauvreté. Aujourd’hui le S.M.I.C. est sur perfusion. Sur l’ensemble de la rémunération du salaire minimum  la participation de l’État est de 34 %, par l’ »allègement de charges » (C.I.C.E., réduction Fillon, réduction de la cotisation sur les allocations familiales ), par la prime d’activité. Il ne reste bientôt plus qu’au patronat de demander la nationalisation totale de la main d’œuvre subalterne qui serait mise gratuitement à disposition des entreprises pour parachever le vieux rêve libéral de la privatisation des profits et la nationalisation des charges.

Enfin l’épuisement des ressources, la détérioration de notre environnement nous imposent de brider la croissance du P.I.B. qui, par le passé, a été créatrice  d’ emplois par l’augmentation  de la production de biens.

Il est donc urgent de changer de paradigme en réduisant le temps consacré à un emploi contraint nécessaire pour vivre mais peu valorisant et en libérant le travail du carcan  d’un emploi facilement automatisable. Avec un revenu socialisé d’une part, la technologie d’autre part, nous avons les moyens de nous libérer collectivement  et partiellement d’un emploi de survie. Laisser le marché continuer à imposer sa loi au nom de la compétitivité internationale et de la maximisation des profits est suicidaire. Bernard Stiegler ( Lien ) nous alerte : « Il est acquis maintenant que l’emploi va diminuer, dans des proportions encore inconnues. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évalue à 9 % le nombre d’emplois qui, d’ici 10 à 20 ans, devraient disparaître dans 21 pays, mais il existe des projections encore plus pessimistes. Nous sommes déjà dans un chômage endémique totalement ruineux pour les finances publiques. Tout ce qui constitue la solidarité sociale est menacé par ce déficit structurel. L’économie est déjà insolvable et subsiste en partie sur la spéculation. Si on subit une augmentation de chômage de cette ampleur, c’est l’effondrement. Il faut donc envisager dès aujourd’hui une transformation de l’économie qui consiste à revaloriser le travail en dehors de l’emploi. ».

Selon l’OCDE, la robotisation devrait dans les 20 ans faire disparaître 14 % des emplois . (Lien) Réjouissons-nous au lieu de nous lamenter, nous pourrons travailler moins mais mieux.

LA SEMAINE DE 4 JOURS AVEC LE REVENU UNIVERSEL : 50 % DE JOURNÉES LIBÉRÉES SUPPLÉMENTAIRES – 25 % D’EMPLOIS CRÉÉS.

« Nous pourrions réduire le chômage en partageant mieux le travail, et profiterions ainsi des gains de productivité offerts par les nouvelles technologies pour accorder plus de temps à nos loisirs ou à nos projets personnels. Et si nous ne le faisons pas, c’est simplement que nous n’avons pas encore admis cette possibilité… »  Michel Rocard

Les travaux de Pierre Larrouturou l’ont montré, la semaine de 4 jours n’est pas une hérésie économique, au contraire elle est la seule solution pour partager les emplois  qui existent encore. Mais la réforme des 35 heures, conduite de façon autoritaire par le gouvernement Jospin en 2000,  a fermé la porte à toute évolution dans ce domaine. Pire, dans les pays occidentaux,  face à la disparition du travail au profit d’une consommation supplémentaire  d’ énergie fossile, avec  une croissance qui ne reviendra plus, on tourne le dos à cette réalité, en incitant  ceux qui ont un emploi à travailler plus et plus longtemps (par l’allongement de la semaine de travail, la durée hebdomadaire en France d’un plein temps est de 38 heures!- et par l’allongement des carrières professionnelles ). Les conséquences sont l’augmentation du chômage, l’accroissement sans fin des dépenses sociales pour réparer les dégâts du chômage et de la précarité et l’alourdissement des déficits budgétaires.

Le partage des emplois avec l’allocation d’un revenu découplé de l’emploi  peut résoudre la quadrature du cercle qui est celle de libérer du temps sans baisse de salaire pour le travailleur, ni augmentation du coût du travail.

Avec une allocation d’un revenu de base de 800 € par personne,  le passage de 35 h à 28 h par semaine et un salaire brut égal à 80% du salaire initial, le salaire, net d’impôts et cotisations,  pour 4 jours hebdomadaires de travail, serait de  1593 €, supérieur de plus de 9,5  % au salaire net actuel. Le salaire augmente pour une journée supplémentaire libérée chaque semaine; elle permet d’envisager:

  • jusqu’à  25% d’emplois supplémentaires, sans augmentation  de la masse salarial,
  • 50 % de  temps libre supplémentaire.

28h

 

Enfin l’augmentation de la productivité qui découlera nécessairement de cette nouvelle organisation du travail ouvre la voie vers une augmentation du salaire horaire.

Le financement de ce salaire socialisé de 800 € pourrait reposer sur:

  • la redistribution d’une part des revenus d’activités  qui se substituerait à l’impôt sur le revenu ( I.R.) et à la C.S.G. ( 9,7 % ),
  • par une taxe sur les actifs nets  ( TAN :valeur patrimoine – dette )
  • par le remplacement de la cotisation  pour les allocations familiales sur les salaires (5,25 % du S.B. ) par une cotisation sur l’Excédent Brut d’exploitation qui rémunère le capital sous toutes ses formes.

Ce déplacement de cotisation de l’assiette des salaires vers l’assiette de l’E.B.E. vise à soulager les entreprises employant beaucoup de main d’œuvre et ainsi  de faire contribuer à la solidarité la rémunération du capital,  ce « travail mort » que sont les machines qui remplacent l’homme. C’est  comprendre, comme le suggérait déjà Charles Léonard de Sismondi ( 1737-1809 ) ( 1) que la machine qui remplace l’homme et crée de la richesse à sa place doit contribuer à la solidarité de tous.

Ce mouvement de déplacement des cotisations qui vise à  mieux équilibrer la solidarité entre  le capital et le travail vivant   pourrait logiquement  aussi concerner la cotisation chômage et formation.

Ce revenu socialisé, tout en immunisant l’ensemble du corps social de la pauvreté,  ouvre la voie à « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz et ainsi émancipe l’être humain de sa condition de prolétaire condamné à perdre sa vie à vendre sa seule richesse qu’est sa force de travail. Aujourd’hui les salariés aspirent à changer de mode de vie: « Rythme de vie trop rapide, surcharge de travail, manque de temps pour soi ou pour leurs proches, trajets trop longs… Les actifs de 6 pays occidentaux dont la France ont certaines aspirations quant au futur de leur vie professionnelle. Mais les 12074 salariés interrogés pour une étude internationale aspirent surtout à ralentir le rythme (78%) et travailler moins (51%) ! » ( lien )

Comme le préconise Pierre Larrouturou, les possibilités de gestion de ce temps libéré sont multiples suivant les corps de métiers, au gré de l’entreprise et du salarié . Par exemple:

  • 4 jours de travail (28 heures) sur 5 (pour la plupart des salariés).
  • 4 jours sur 5 ½ ou 4 jours sur 6 dans la distribution.
  • 4 jours sur 7 (hôpitaux, transports).
  • 1 semaine libre sur 5.
  • 1 semaine longue, 1 semaine courte (pour les chauffeurs routiers par exemple).
  • 1 week-end de 4 jours toutes les deux semaines.
  • 1 mois libre sur 5 (chercheurs, programmeurs en informatique…).
  • 1 année sabbatique tous les 5 ans (chercheurs…). Etc….

Si cette réduction du temps de travail concertée est une voie prometteuse pour mieux distribuer les emplois , avec le revenu universel on ouvre aussi  la porte vers le travail hors de l’emploi.

LIBÉRER LE TRAVAIL DU CARCAN DE L’EMPLOI.

Non seulement le  travail ne paie plus mais l’emploi salarié n’est plus émancipateur. Il est trop souvent la cause de souffrance. 90 % des salariés s’interrogent  sur leur  emploi actuel  ( lien ). Un salarié sur 4 est en état d’hyper stress, 69% des 29 millions de salariés consomment des psychotropes, se dopent ou ont des addictions pour affronter leurs conditions de travail et le stress ( lien ). la crise de sens du travail touche de plus en plus tôt les salariés, qu’ils soient cadres ou non.

Il est temps de libérer le travail du carcan de l’emploi. Déjà en 1884, William Morris, fondateur de la Socialist League avec entre autres Eleanor Marx , fille de Karl, dans un texte intitulé  » travail utile et vaine besogne  » dénonçait le travail dénué de sens et inutile:  » Un travail digne de ce nom suppose l’espoir du plaisir dans le repos, dans l’usage que nous ferons de son produit et dans la mise en oeuvre quotidienne de nos talents créatifs. Tout autre travail que celui-là ne vaut rien – c’est un travail d’esclave – c’est besogner pour vivre et vivre pour besogner.  » ( 2 )

Un siècle et demi plus tard rien n’a changé, bien au contraire. Selon une étude réalisée par des chercheurs d’Oxford en 2013, 47 % des emplois américains seraient automatisables d’ici 20 ans.  « Les gens qui les occupent travaillent, rentrent potentiellement épuisés chez eux le soir, mais ne produisent pas de changement (la situation n’est pas modifiée suite à leur action). Par exemple, une personne qui passe des produits devant un lecteur de code-barres ne change pas la situation : elle la sert, elle la consolide. Dans le langage désuet du XIXe siècle, cela s’appelle la prolétarisation. » (lien) .

Le revenu universel avec l’aide de la technologie permet d’accompagner ces profondes mutations. Il donne à chacun la possibilité de quitter un emploi devenu inutile ou absurde, voire dangereux pour son intégrité physique ou psychique, pour redécouvrir un métier, pour s’approprier un travail, des compétences, des responsabilités qui crée de la véritable valeur pour soi, pour les siens, pour la communauté. Ainsi ce revenu d’existence ne permet pas seulement de réduire le temps de travail dans l’emploi, il autorise à travailler mieux en osant abandonner un emploi dénué de sens , pour s’approprier des savoirs, pour apprendre un nouveau métier, pour une activité choisie, pour un projet de vie.

Ainsi le revenu de base  serait  le prix à payer par toute  la communauté pour l’émancipation, l’épanouissement et l’inclusion  de chacun de ses membres . Comme le souligne Nancy Fraser dans  » Qu’est-ce que la justice sociale ?  » : Ce système de redistribution universel réellement transformateur  « peut modifier progressivement l’équilibre du pouvoir entre le capital et le travail en minant la marchandisation de la force de travail. »

» Une fois libérés de l’angoisse quotidienne de la faim, quand ils auront découvert ce qu’ils veulent vraiment et que rien sinon leurs propres besoins n’exercera plus sur eux de contrainte,les gens refuseront de fabriquer les niaiseries qu’on qualifie d’article de luxe ou le poison et les ordures qu’on nomme articles bon marché. » William Morris – 1884- « travail utile et vaine besogne » ( 2)

Alors oui  M. Macron,  il existe bien une alternative à votre sinistre projet pour que chacun participe avec ses moyens à la création de richesses sans être condamné à travailler trop, à travailler mal ou au contraire être assigné à l’inaction et la dépendance.

 

 

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(1)  Le machinisme: D’après la thèse de Sismondi, l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. ( source Wikipedia)

(2) Texte présenté par Anselm Jappe dans  » La civilisation et le travail  » – Le passager clandestin- 2013

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