Revenu universel: une solution qui en est bien une. (1)

  • (1) En réaction à l’article paru dans libération le 25 mai 2020:

« Revenu universel : une solution qui n’en est pas une »

Par Denis Merklen, professeur de sociologie, université Sorbonne Nouvelle à Paris

qui affirme que : « Revenu d’existence et néolibéralisme partagent une même conviction : la production de la richesse ne serait plus le fruit du travail. Une vision qui présente un danger social majeur. »

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DES VÉRITÉS,  OUI MAIS APRÈS ?

Certes comme l’affirme J.M. harribey dans la revue ATTAC: « il  n’y a  pas de valeur économique qui ne soit produite par le travail humain »,( 2) en revanche il est de plus en plus difficile d’affecter en toute circonstance une juste valeur économique à ce travail humain. Il ne s’agit plus de compter les pièces réalisées dans la journée pour définir un salaire, ou d’ajuster un niveau de rémunération en fonction d’une qualification précise suivant une grille prédéfinie. Le salaire est de plus en plus individualisé.  A cette dispersion  il faut ajouter une  polarisation de plus en plus importante du marché du travail entre un secteur  hautement qualifié ( par exemple pour la conception  des robots) et un secteur d’emplois peu qualifiés ( pour expédier chez Amazon les produits fabriqués par les robots ). Ainsi les gains de productivité dans un secteur ( l’assemblage) peuvent se traduire non seulement par du chômage mais aussi  trop souvent par un déversement des emplois vers des secteurs moins productifs et moins qualifiés, emplois précaires et interchangeables.  Ce contraste de plus en plus fort entre un travail intellectuel, hautement qualifié, valorisant et valorisé  et la multiplication des  «jobs  à la con», souvent externalisés, se traduit par une répartition de plus en plus inégales des salaires  avec des rémunérations  élevées pour les cadres et techniciens  alors que ceux dans bas, en bout de chaine, doivent se satisfaire de rémunérations minables, souvent subventionnées par l’impôt – le SMIC en France est subventionné par l’Etat à 30 % – tout en subissant une flexibilité des horaires pour coller au plus près du flux de la production ou de la consommation. Cet écart explique en partie la stagnation, depuis quelques temps, du revenu médian dans les pays du capitalisme avancé  et contribue aussi à la stagnation de la productivité globale ( le nombre d’heures global ne diminuant pas alors que la qualité du travail se déprécie et que la production plafonne par une demande à bout de souffle ).

La pandémie de COVID-19 a révélé aussi les dégâts des politiques néolibérales sur les services publics et en particulier dans le secteur de la santé et du soin où les salaires et les conditions de travail n’ont cessé  de se dégrader depuis des décennies. Plus généralement, pendant le confinement, on a pris conscience que beaucoup de métiers socialement utiles et indispensables à la bonne marche de la société étaient très mal rémunérés.

On assiste non pas à la fin du travail mais à sa dispersion, sa déstructuration et sa dévalorisation.

Dans ce contexte, si on  y ajoute le dumping social dû à la mise en concurrence des travailleurs du monde entier avec les délocalisations et la contractualisation de travailleurs étrangers détachés, on constate  une dégradation sensible de la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée et une rémunération du capital, par les dividendes, de plus en plus confortable,  ce qui contribue encore à la montée des inégalités. Inégalités renforcées  par la réalisation  des plus values boursières et immobilières.

Enfin l’accélération de l’innovation qui  va beaucoup plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce que Bernard Stiegler appelle la disruption,  a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs  publics impuissants. C’est l’ ubérisation de l’économie où de grandes plateformes numériques déterritorialisées  assèchent les États en détournant leur contribution fiscale et  dynamitent le système social en  faisant appel à  des travailleurs zombis, ni indépendants ni salariés, en se libérant à la fois de l’obligation de leur assurer une protection sociale et de leur fournir leur outil de travail.

Si il est très contestable d’annoncer la fin du travail et, si nous sommes d’accord avec l’auteur de l’article  sur le fait que la valeur économique est bien produite par le travail humain, il est aussi incontestable que c’est la mauvaise distribution de celle-ci qui crée la précarité et ne permet plus d’assurer l’existence pour une part croissante de travailleurs.

L’économiste américain William Brian Arthur affirme que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais bien comment répartir mieux la richesse créée.

QUE FAIRE ?

Alors que faire pour sortir de cette douloureuse réalité où le monde des salariés, défait et éclaté, ne trouve rien de mieux , faute de perspectives émancipatrices crédibles, que de se réfugier dans les bras de démagogues ou de populistes ? Pourquoi donc disqualifier à priori le revenu d’existence de sa dimension émancipatrice?

L´extrait suivant de l’ exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 sur la création de la  Sécurité sociale devrait nous inspirer:

« La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité … »

«...Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation nationale d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d’un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité ; un tel résultat ne s’obtiendra qu’au prix de longues années d’efforts persévérants, mais ce qu’il est possible de faire aujourd’hui, c’est d’organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan.»

Sans attendre des lendemains qui chantent, en socialisant  une partie des revenus d’activité, et en trouvant les moyens de faire aussi contribuer le capital (capital productif, financier et immobilier) il est possible aujourd’hui  d’allouer immédiatement et de manière inconditionnel un revenu universel garanti (3).  Véritable salaire social déconnecté du travail individuel mais bien en lien avec la richesse créée par le travail collectif, il assure à l’ensemble des membres de la communauté, en toute circonstance,  quel que soit le statut social de chacun, de quoi se nourrir sainement et se loger confortablement en toute sécurité, bref de « se libérer de cette incertitude du lendemain qui crée ce sentiment d’infériorité chez beaucoup de travailleurs« .

Daniel Bensaïd, philosophe et militant  marxiste dans «Éloge de la politique profane» écrit:

«Alors que l’intermittence du travail et l’exigence de formation continue tendent à se généraliser, le salaire demeure la rémunération du temps abstrait de travail mesurable. La division sociale complexe du travail devrait permettre une socialisation accrue du revenu et une extension des solidarités. Ce serait le sens d’un revenu universel garanti déconnecté du travail, non dans sa version libérale d’une aumône de survie mais dans une logique du droit à l’existence et de l’extension des domaines de gratuité. »  (Page 49)

Avec ce revenu universel garanti on assure à chacun le droit à une existence digne. Suffisant, il doit permettre aux salarié(e)s  de refuser des conditions de travail considérées comme inacceptables et ainsi permettre à chacun de redresser la tête et de lutter pour arracher de nouvelles conquêtes dans le partage du travail  avec une réduction sensible du temps de travail et une plus grande valorisation de l’activité humaine.

On se joint à l’auteur  pour  dénoncer  le projet libéral  qui vise à détacher l’individu de  ses liens culturels et sociaux et, nous promet-on, à le libérer, aussi de toute tutelle. Solitaire, à la fois égoïste et grégaire dans ses comportements,  sous l’emprise de ses propres pulsions, de ses craintes et de ses croyances, avec pour tout bagage sa petite valise du revenu de base, cet être nomade, cet « électron libre » ne manquerait pas de continuer à être  exploité par le « grand marché » tant comme travailleur que comme consommateur.

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain et savoir faire la distinction entre:

  • un revenu de base , véritable cheval de troie pour en finir une fois pour toute avec la Sécurité sociale comme le propose E. Verhaeghe dans cet article : Remplacer la Sécurité sociale par un revenu universel,
  • et un revenu de base universel d’existence, fruit de la solidarité de tous, qui étend les prérogatives de celle-ci et qui peut être au contraire un facteur d’émancipation individuelle en redonnant sa place dans la société à celui qui aujourd’hui en est exclu ou n’a pas les moyens d’exercer pleinement sa citoyenneté, faute de temps ou d’argent.

Par l’autonomie retrouvée chacun pourra révéler ses compétences, s’épanouir, se produire dans une activité, s’individuer, sans devoir se soucier du lendemain. Par le temps libéré, chacun pourra se consacrer  à faire  vivre  l’ensemble des institutions politiques, sociales et culturelles, de contribuer au bien commun, seule richesse  de toute société. (4)

L’urgence de la situation, avec une  précarité grandissante, une marginalisation d’une part de plus en plus importante de la population, l’inégalité dans la répartition du travail et dans sa rémunération,  nous impose de ne pas s’interdire au nom d’une orthodoxie discutable de mettre en place des mesures de redistribution immédiatement réalisables, qui donne à l’individu les moyens de son émancipation sans attendre un hypothétique grand soir.

l’ensemble des forces sociales  ne peuvent plus être spectatrices de leur propre anéantissement. Au sortir de cet crise sanitaire qui a révélé aux yeux de tous les dégâts de quarante années de politiques économiques libérales, il faut à nouveau être force de propositions pour se réapproprier ce qui doit nous être le plus cher: l’exercice d’un droit à une vie digne en toute circonstance; pour pouvoir être soi et  exercer pleinement son «  métier d’homme » ( Albert Camus).

La proposition N° 15 d’ ATTAC dans : « Plus jamais ça ! 34 mesures pour un plan de sortie de crise »   ( 5) peut être la transition vers ce revenu universel et inconditionnel.

« Chacun de nous peut changer le monde. Même s’il n’a aucun pouvoir, même s’il n’a pas la moindre importance, chacun de nous peut changer le monde » écrivait Václav Havel quelques semaines après la chute du Mur de Berlin.

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NOTES:

(2) J.M. Harribey- Revue ATTAC N°11 Editorial : « Travail et revenu sont dans un bateau… »

(3)Lire:    « Après le COVID-19, l’urgence d’un revenu d’existence , clé de voute de la protection sociale. »

(4) Lire « L’individu qui vient … après le libéralisme «  Dany Robert Dufour – Denoël 2011  »

Page 33 :  « Il en ressort que, contrairement à ce qu’on dit généralement, l’individu n’a encore jamais véritablement existé dans nos sociétés occidentales. (…)  nos sociétés libérales souffrent d’égoïsme. (…) Elles souffrent  en fait d’un manque d’individualisme . Elles manquent de cet individu qui pense et agit par lui-même, elles manquent de cet individu dont il faut comprendre qu’il ne peut réaliser son idéal  qu’en s’appuyant sur d’autres individus qui pensent et agissent également par eux-mêmes. »

(5) Mesure 15 :  » Pour un droit garanti au revenu et à la protection sociale pour toutes et tous. L’ensemble des minimas sociaux et des aides sociales doit être massivement revalorisé pour lutter contre la pauvreté. Le RSA doit être ouvert aux moins de 25 ans. De façon générale, les jeunes travailleur·euses, qu’ils et elles soient ou non en formation, doivent bénéficier des mêmes droits que le reste de la population. Il faut aller vers une protection sociale universelle qui intègre une amélioration des droits et des prises en charge pour toutes et tous, grâce au financement par les cotisations sociales. Les droits à la protection sociale doivent être individuels. »

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En ce 1er Mai confiné, il faut rester motivé.

france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loir...

 

Chanson pour le 1er Mai à Gentilly.

Paroles de David Allais, musique de Gildas Thomas.

 

Motivés – 1er mai – DA ( Zebda / Chant des partisans)

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Spécialement dédicacée à tous ceux qui sont confinés.

Spécialement dédicacée à tous ceux qui sont en première ligne aujourd’hui.

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Ami entends-tu l’inquiétude des malades qu’on isole.

Ami entends-tu le cœur lourd des soignants en détresse.

Ohé, infirmières, ouvriers et citoyens c’est l’alarme.

Ce soir nos fenêtres chanteront pour ceux qui triment et qui peinent.

Confinés, alités, il faut rester motivés.

Au turbin, au foyer, il faut se motiver.

Motivés, motivés, soyons motivés Motivés, motivés, motivés, motivés.

Sortez le muguet en bouquet, l’églantine camarades,

Montrez votre mine, affichez votre appui, solidaires.

Ce soir aux balcons célébrons le 1er mai tous ensemble.

Ce soir affirmons que la distance est physique, pas sociale.

En EHPAD, enfermés, il faut rester motivé.

La marmaille, les aînés, il faut se motiver.

Motivés, motivés, soyons motivés Motivés, motivés, motivés, motivés.

C’est nous qui brisons l’isolement des foyers, pour nos frères.

Ami si tu tombes, un ami vient vers toi, te rattrape.

Ohé, cantonniers, vendeuses de supermarché, c’est la lutte.

Ce soir nos fenêtres porteront tous nos espoirs et nos rêves.

Les soignantes, les caissiers, il faut rester motivé.

Les enfants, les parents, il faut se motiver.

Motivés, motivés, soyons motivés Motivés, motivés, motivés, motivés.

On va rester motivés pour le face à face.

On va rester motivés pour contrer le SRAS.

On va rester motivés, on veut que ça se sache. On va rester motivés…

Commerçants, employés, il faut rester motivé.

Paysans, journaliers, il faut se motiver.

Motivés, motivés, soyons motivés Motivés, motivés, il faut se motiver.

On va rester motivés pour la lutte des classes.

On va rester motivés contre la fonte des glaces.

Motivés, motivés…

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Ça se confirme: la fin du travail est –potentiellement– imminente

1891 La boucherie de Fourmies du 1er mai [Lafargue] | La Bataille ...

1891 La boucherie de Fourmies du 1er mai [Lafargue] ( lien )

Un article d’Alain Véronèse qui revisite la valeur travail à l’occasion de cet étrange 1er Mai où nos corps sont confinés mais où l’on peut encore être libre de penser et de s’exprimer.

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«Un travail a beau paraître inutile, on gagne au moins en le faisant, de quoi vivre; on a un emploi, comme on dit. En un mot, l’un des credo de la morale moderne est que tout travail est bon en soi – une croyance bien pratique pour tous ceux qui vivent du travail des autres. Je conseille cependant à ces «autres» de ne pas trop s’y fier et de creuser un peu la question.»
William Morris. La civilisation du travail, 1884.
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«Le travail (aliéné) est l’ennemi: nous ne voulons pas travailler. Mais, à l’arrière plan, il y a une autre possibilité (potentielle, un rêve?): s’engager dans une activité libre, consciente, une activité vitale consciente.»
John Holloway. Crack Capitalism. 2012.
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« La crise du travail entraîne nécessairement la crise de l’État et par là celle de la politique. Dès qu’est atteinte une masse critique de gens «superflus» – qui ne peuvent être nourris dans le cadre du capitalisme […], le système de protection sociale vole en éclats. […]. Plus l’État se rapproche de l’état d’urgence financier, plus il se réduit à son noyau répressif.[…] Il ne reste aux hommes qu’à proposer humblement leurs services comme travailleurs ultra-bon marché et esclaves démocratiques. Que ce qu’ils doivent faire n’ait que très peu de sens ou même en soit totalement privé, cela n’a aucune importance, pourvu qu’ils restent totalement en mouvement afin de ne jamais oublier la loi selon laquelle doit se dérouler leur existence.»
Manifeste contre le travail. Groupe Krisis. Ed. Osez la République sociale, 2012.
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«Bullshit jobs»,

boulots à la con (traduction libre), l’article de David Graeber a rapidement fait la tour du net (1). Son succès est dû au fait qu’il met à jour, révèle une évidence très largement occultée et dénonce le mensonge médiatisé, déconstruit le discours des «experts» et dévalorise le langage convenu (politiquement correct) d’une partie de la gauche fossilisée. Air connu, avec refrain sur la croissance, la création d’emplois, l’incontournable compétitivité…Il faut défendre et le travail et le travailleur clament-ils en chœur… Que n’ont-ils lu Jean Baudrillard qui, iconoclaste, écrivait: « Le travail est mort. Ce qu’il en reste n’a d’autre fonction que se reproduire lui-même comme moyen d’assujettissement du travailleur.»(2). Et, dès 1930, J.M. Keynes prévoyait (espérait?), la semaine de 20 heures, comme le rappelle David Graeber dans son article. En 1880, le beau-fils de Karl Marx, Paul Lafargue, dans son célébrissime «Droit à la paresse», préconisait la journée de 3 heures. (Lire, plus bas, encadré: Marx contre le travail). Pour contrecarrer cette «fin du travail» (la forte réduction entrainerait nécessairement un changement qualitatif, existentiel de la «valeur (du) travail»,…), le capitalisme est condamné à promouvoir le travail sans fin, stratégie économique, mais surtout idéologique, culturelle. Les «boulots à la con» ont une fonction d’occupation et des personnes et des mentalités. La croissance du chômage, les impitoyables licenciements massifs semblent aller à l’encontre du maintien en activité d’une part importante de la population occupée à des simulacres productifs. Oui, il faut gérer la contradiction, le paradoxe d’apparence. David Graeber évente la ruse raisonnée:«Plutôt que de permettre une réduction massive du temps de travail [nous soulignons], a fin de libérer la population, lui permettre de poursuivre ses propres projets […] le capitalisme qui dans certaines entreprises peut s’engager dans la réduction impitoyable des effectifs, se doit de maintenir une part importante de la population dans des boulots – économiquement inutiles – mais idéologiquement indispensables.» L’illusion, pour être efficiente, doit également persécuter les chômeurs, les déguiser en «quémandeurs d’emplois», le système n’a plus réellement besoin d’une partie croissante de la main d’œuvre, pourtant aux chômeurs on intime l’ordre d’aller au chagrin. Le nouveau patron du Médef préconise de réintroduire la dégressivité des «allocations pour recherche d’emploi»… Un bon chômeur est un chômeur dans le grand besoin, affamé si nécessaire. Si le pain et la pitance quotidienne deviennent juste suffisant, il faut pour consolider l’imposture, on le sait, les«jeux du cirque».

Tittytainment,

Terme, néologisme inventé par Zbigniew Brzezinski, influent conseiller de la tri-latérale, en 1995, au cours d’une réunion de la fondation Gorbatchev à San-Francisco. Les participants membres de la ploutocratie mondialisée, anticipant les effets des gains de productivité généralisés, diagnostiquèrent que pour l’essentiel la production pourrait être faite avec environ 20 % de la population active mondiale. (Lire encadré, Le nouvel âge de l’automatisation»). En conséquence, émerge un fort sérieux problème du maintien de l’ordre politique: comment faire pour que les 80 % de surnuméraires (misérables et affamés?) ne se révoltent pas? La solution se nomme tittytainment, bricolage sémantique composé de tit, sein en argot et entairtainment,divertissement, distraction.Depuis 1995, internet (avec Youporn en accès libre), l’usage massif, croissant des smart phones confirme et conforte les espoirs et prévisions des stratèges de la Tri-latérale.La pacification des masses nécessite quelques investissements, les «faux frais» pour l’idéologie. L’accès à un revenu (pour consommer, entres autres marchandises, du tittytainment), ce pouvoir d’achat qui doit prendre la forme salaire est, pour au moins une fraction de la population, indispensable. D’où, l’invention nécessaire et prévisible des «boulots à la con». Les apparences sont sauves, le temps travaillé est celui de la domination sociale (3). Le temps libre est – potentiellement – révolutionnaire, une évidence émergente et refoulée, portant prédite par Karl Marx, et, ultérieurement, par notamment, André Gorz, (4).Il était donc urgent d’occuper la population, au boulot ou la recherche harassante d’un emploi, alors que la nécessité du travail est tendanciellement décroissante.

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Le nouvel âge de l’automatisation: « Quant à la robotisation de la production, elle pose de toute évidence l’immense problème du modèle économique à venir dans son ensemble: si les robots remplacent les emplois, qui consommera ce que produisant les robots? Et avec quelles ressources? »  IRI, séminaire 2013. Centre Beaubourg, Paris.

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Les «boulots à la con», certains ont pour objet la production et la promotion publicitaire du «tittytainment», cercle vertueux (vicieux) sont donc fort intelligemment pensés (pesés et mesurés…): « Du gâchis dans le capitalisme. C’est comme si quelqu’un inventait des emplois inutiles juste pour nous tenir tous occupés.» Poursuit, David Graeber qui, fort bien perçoit et dénonce la «nécessité» de cette occupation. Peu visibles, en tenue de camouflage par prudence, nombreux sont ceux qui par nécessité et/ou par choixpratiquent l’exode hors la société du travail-emploi.

 

Vivre sa vie sans attendre le Grand Soir.

Nombre de ruptures qui augurent d’une vie vécue pour soi, en autoproduction de soi même, selon l’expression bien sentie d’André Gorz, ces ruptures, exodes ont lieu dans les interstices de la société de la sujétion salariale.Parcours de vies, discours hétérodoxes inaudibles par la gauche et l’extrême gauche encore sacrifiant au fétichisme de la «valeur travail»…

Pourtant: « La validité d’une rupture ne dépend pas du futur, mais de son appartenance à un mouvement qui peut transformer sa signification.» (5) écrit John Holloway dans un livre qui mérite une lecture attentive par la gauche encore «travailliste». (6). Le même auteur dans une approche poétique de l’économie politique. «Brisons le capitalisme», (traduction libre), dans l’édition française commence par la reproduction d’un poème de Charles Baudelaire, « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle…», ainsi avec le spleen, il observe l’allégresse des désertions minuscules qui sont cheminements vers de nouveaux horizons: « Je refuse d’aller au travail et, au lieu de cela, je m’assois dans un parc pour lire un livre: c’est un plaisir qui ne requiert aucune justification, mais si tout le monde décide de faire la même chose le capitalisme s’effondrera.» (7).
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La croissance de … l’insignifiance  « Compte tenu de la crise écologique, de l’extrême inégalité de la répartition des richesses […], de la quasi impossibilité du système decontinuer sa course présente, ce qui est requis c’est une nouvelle création imaginaire. […] Nous devrions vouloir une société dans laquelle, les valeurs économiques ont cessé d’être centrales (ou uniques). Cela n’est pas seulement nécessaire pour éviter la destructiondéfinitive de l’environnement terrestre, mais aussi surtout pour sortir de la misère psychique et morale des humains contemporains.« Cornélius Castoriadis. La montée de l’insignifiance, éd. du seuil, 1970.

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Dans une attitude qui conjugue ensemble la volonté et la sérendipité, i.e. exploration aventureuse d’un nouvel itinéraire, d’aucuns sans attendre le Grand Soir, choisissent de ne pas se résigner aux petits matins lamentables… Cette résistance créative, suppose, dirons les réalistes, un minimum de ressources économiques. Évidence. Ressassée par tous ceux qui – même à gauche – organisent la soumission à la réalité, ce qui les contraints à refuser l’instauration du «revenu de base» (8), inconditionnel et à accepter, précautionneux comptables de «la valeur travail», la création d’emplois, de «boulots à la con», c’est mieux que rien et… ça augure du pire, tant du point de vue de l’écologie politique que de l’écologie mentale. Sans attendre la permission d’un parti, passant outre les consignes des bureaucraties syndicales, partons en promenade « avec cette jeune fille qui, au lieu d’aller travailler, s’assoit dans un parc pour lire un livre, simplement pour le plaisir qu’il lui procure.»(9). Récupération légitime de la valeur d’usage du temps (de la vie)qui s’oppose radicalement (à la racine) à la valeur d’échange de la force de travail en régime salarial. Même le chômage peut être créateur (Ivan Illich) et, présenté avec ses aspects positifs par John Holloway: «L’avantage d’être sans emploi, c’est de pouvoir disposer de son temps» (10). Les «boulots à la con», comme les contrôles et les répressions subits par les chômeurs ont pour fonction principale de polluer et pourrir les promenades hors les sentiers piégés de la «valeur travail»…
Le revenu de base ou universel peut être une impulsion culturelle (selon la formule du MFRB, Mouvement Français pour un Revenu de Base), sans emploi pouvoir disposer de son temps, lire un livre dans un parc, ou…écrire un nouveau livre. Le capital ne peut exister qu’en consolidant la subordination du travail (des travailleurs), nombre d’emplois ne sont que des leurres, mystifications, avatars de l’adoration du fétichisme du travail. L’insubordination du travail fragilise l’idéologie capitaliste, spécialement en période de crise. En contradiction immédiate avec la gauche archaïque, il est nécessaire et urgent d’aller au-delà des forces (déclinantes) et des formes (dépassées) du militantisme classique et de s’interroger sur la force et la créativité politique de tous ceux qui refusent de se subordonner, qui s’oppose à être transformés en machines capitalistes. D’où, l’intérêt soutenu que porte JohnHolloway à toutes celles et ceux qui ouvrent des brèches dans l’édifice économique et idéologique du capitalisme. « Changer le monde sans prendre le pouvoir», en refusant de fabriquer le capitalisme… Résistance encore peu visible, inaudible, inorganisée, mais sourdement active.Rencontre avec un universel singulier.

L’inconsolable, chômeur décomplexé.

Rappeur, traceur, on peut visiter ses créations sur internet (11). Sans détours, il assume son objection au travail (emploi-salariat):« Je ne me suis jamais vraiment réjoui à l’idée d’être prisonnier […], je refuse plus de 4O ans de service de travail obligatoire.» Sans attendre, les lendemains qui chantent, il pose une revendication immédiate, légitime:       « Ne pas perdre ma vie à la gagner. […] Lorsque je travaillais à la chaine dans les usines dans la région de Limoges, les patrons s’affranchissaient du code du travail. De plus, l’obligation de dire «bonjour Monsieur»,lorsqu’il venait [le patron] à l’occasion parcourir les ateliers de l’usine. Dans ce cas, le travail n’est que souffrance et on ne tire rien de la souffrance…» Dans un autre boulot-tripalium, c’est le produit lui-même qui est jugé absurde: des présentoirs en carton pour le «merchandising» de produits cosmétiques. C’est bien les valeurs travail (économique et éthique) qui sont questionnées par l’inconsolable. Par contraste, les discours syndicaux orthodoxes (conforme à la doxa…), comme ceux de la gauche libérale et de l’extrême gauche sont bien insuffisants…
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Marx contre le travail: «En prenant pour mot d’ordre l’affranchissement du travail, la sortie de l’exploitation, les marxistes traditionnels ont négligé le fait que Marx mène une critique non seulement de l’exploitation capitaliste, mais également du travail lui-même, tel qu’il existe dans la société capitaliste. Dès lors, il s’agit, non pas de remettre au centre le travail, mais au contraire de critiquer la place centrale prise parle travail dans ce système, où il régit l’ensemble des rapports sociaux. C’est là l’objet de la relecture de Marx opérée par Moshe Postone dans «Temps, travail et domination sociale.»
Anselm Jappe., dans La revue des livres (RdL), sept. 2009.
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Ce que l’artiste rétif fait valoir, c’est le droit de vivre, ici, maintenant. Universel singulier, il illustre le destin contrarié de milliers d’individus, qui sur les marges, de plus en plus étroites, essaie de changer leur monde, en ressaisissant le pouvoir sur leur vie. « Mon temps est trop précieux. Je n’ai jamais été aussi actif que depuis que je ne fais plus parti de «la population active. Le temps libéré par la désertion de la société du travail, ouvre d’infinis possibles.» En cumulant (?!), R.S.A. et compléments tirés de ses créations, par nécessité il est conduit à s’interroger sur une partie de se consommation, qui le rapproche de la simplicité volontaire. « Je me suis débarrassé de pas mal de choses dont je croyais avoir grand besoin… Voiture… Écran plat… Je n’ai pas perdu au change, j’ai en revanche beaucoup gagné: du temps, du plaisir,du sens, une meilleure santé, des relations sociales plus nombreuses et plus riches, bref j’ai gagné beaucoup de joie.» La vraie vie, vécue pour soi, l’autonomie existentielle, l’itinéraire réellement anti-capitaliste sur lequel chemine l’inconsolable est celui d’un universel singulier, i.e. illustration, personnification de la résistance créative de tous ceux, nombreux, encore politiquement peu visibles (lisibles?) qui ont choisis d’être inadéquats. Que pouvons-nous, faire?
«Être inadéquats: que pouvons-nous faire pour changer le monde? La réponse est-elle s’asseoir dans un parc,ou de rejoindre la chorale locale, ou d’aller faire une randonnée en montagne? Non. La réponse est plutôt: la révolte de toutes les façons qui nous soient possibles, mais ce qui importe le plus, ce n’est pas le cri des«révolutionnaires» haïssant le capitalisme, mais les façons dont nous essayons dans nos pratiques quotidiennes d’être inadéquats à la succion cohésive de l’activité capitaliste.» […] Brisons les règles. Beaucoup, beaucoup de gens consacrent leurs vies à briser les règles, à essayer de vivre d’une façon qui ne s’adapte pas aux critères des relations sociales capitalistes. Contre et au-delà, les brèches sont des in-adaptations, des « défaire. Être in-adapté est une part essentielle de l’expérience quotidienne.» (12). Pour dernière citation, la conclusion du Manifeste cité dans le chapô: « Au-delà du travail, nous avons un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, finissez-en!» [Avec le travail…].

 

Alain Véronèse.                                                                                       2013 / 2020.

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Notes.
  • 1 – David Graeber, réputé théoricien anarchiste est également l’auteur de Dette, 5000 ans d’histoire, éd. Les liens qui libèrent, 2013
  • 2 – L’échange symbolique et la mort, 1976.
  • 3 – Temps, travail et domination sociale. Moishe Postone, éd. Mille et une nuits, 2003. Le titre est explicite: le vol de temps par lesurtravail en régime capitaliste.
  • 4 – Voir Adieux au prolétariat, éd. Galilée, 1980.
  • 5 – Crack capitalism, John Holloway, éd. Libertalia, 2012, p. 134.
  • 6 – La civilisation du travail, William Morris, éd. Le passager clandestin, 2013. Le texte cité en exergue est tiré de «Travail utile et vainebesogne»,p. 29/61, une conférence de 1884. Présentation de Anselm Jappe, théoricien de la «nouvelle critique de la valeur».
  • 7 – J. Holloway, op. cité, p. 137.4
  • 8 – Sur internet : “Revenu de base”, on y trouve une traduction correcte de Bullshit jobs
  • 9 – Changer le monde, sans prendre le pouvoir, John Holloway, éd. Syllepse, 2007, p. 243.
  • 10 – ibid, p. 245.
  • 11 – Les propos rapportés sont tirés du Monde libertaire, hors-série, n° 51, sept., oct. 2013. Le travail, pour quoi faire?
  • 12 – Crack capitalism, p. 136

 

 

 

 

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Annexe: Une proposition de revenu de base pour la France du XXI ème siecle

 

 

I. DEFINITION

Le revenu d’existence est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué individuellement à tous les membres d’une communauté, de la naissance à la mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement, dans une société solidaire…pour assurer à chacun une existence digne en toute circonstance. (Définition du Mouvement Français pour un Revenu de Base – M.F.R.B.)

L’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et individuel est fondée sur deux principes et une condition :

  • Principe de solidarité : Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble de la communauté pour se nourrir et se loger dignement en toute circonstance,
  • Principe d’universalité : Tout le monde reçoit, tout le monde participe au financement. A revenu universel, contribution universelle. Contribution qui par rapport au système actuel ne sera pas plus lourde pour plus de 98 % des foyers fiscaux actuels.
  •  Enfin, ce revenu dissocié de l’emploi doit être d’un montant suffisant pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées financées par le budget de l’État (Jamais de revenu individuel par unité de consommation < 1030€).

II. PROPOSITION

 

III. FINANCEMENT

3.1.Une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,

  • Cotisation sur les revenus d’activité : 30 % en moyenne
    • De 0 à 30% pour les revenus d’activité, salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 30 % pour un SB > 2000 €,
    • 40 % sur (SB – 5 000 €) pour les salaires bruts supérieurs à 5 000€,
  • Cotisation sur les revenus du patrimoine financier :
    • De 0 à 30 % pour les revenus globaux (activité + patrimoine) compris entre 0 et 2000 €
    • 30 % pour des revenus globaux > 2000 €,

3.2 Une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.

  • Taxe sur les actifs nets : 2% en moyenne
    • De 0 à 2 % par an de la valeur nette du patrimoine ( valeur – capital dû)  pour les revenus compris entre 0 et 2000 €
    • 2 % pour les patrimoines nets < 2 000 000 €
    • 2,5 % pour les patrimoines > 2 000 000 €

3.3.Une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile. 

  • Cotisation sur l’E.B.E. :
    • 15 % de l’E.B.E. qui se substitue au 5,25 % sur le salaire brut pour les allocations familiales devenues inutiles grâce au revenu de base enfant.

IV  AVEC UN SYSTÈME DE COTISATIONS SOCIALES MODIFIE:

Un système de cotisations qui assure l’autonomie et la pérennité de l’assurance maladie, des retraites par répartition et de l’assurance chômage qui intègre l’allocation du revenu de base.

  • 4.1 Assurance maladie :
    • 20 % (5% salariés, 15 % employeurs) sur le salaire brut au lieu de 13% employeurs, ce qui permet de supprimer la CSG et la CRDS (9,7 % S.B.).
    • 20 % sur les retraites qui se substitue à la CSG et aux cotisations mutuelles.
  • 4.2. Assurance chômage et formation : 9 % sur l’E.B.E. au lieu de 6 % sur le salaire brut. Les machines qui remplace l’humain doivent contribuer à l’assurance chômage.
  • 4.3 . Assurance retraite : 20 % du salaire brut (10 % salariés, 10 % employeurs) au lieu de 36 % (retraite SS + complémentaire) qui assure une retraite par répartition dont la pension se cumule avec un revenu de base de 1030 € à partir de 62 ans.

Au total les cotisations salariés, avec la CSG et CRDS, passent de 22 % à 15 %, les cotisations employeurs de 45,3 % à 25 % du salaire brut et 24 % sur l’EBE (9+15 %).

Le transfert d’une partie des cotisations du salaire sur l’excédent brut d’exploitation (E.B.E.) a pour conséquence un allègement de cotisations pour les entreprises à taux de marge faible (P.M.E – entreprises avec beaucoup de main-d’œuvre).

V. CONSÉQUENCES SUR LA REDISTRIBUTION DE LA RICHESSE

 5.1. Distribution actuelle des revenus :

(Après impôts et aides sociales par unité de consommation).

  • 1er adulte = 1 U.C.
  • 2° adulte = 0,5 U.C.
  • Enfants de moins de 14 ans : 0, 3 U.C.
  • Enfants de plus de 14 ans : 0,5 U.C.

Exemple : Un ménage avec 1 enfant de 8 ans et 1 enfants de 16 ans : 2,3 U.C ; Revenus pour un ménage type médian : 1700 x 2,3 = 3910 €

5.2. Tableau comparatif avant et après redistribution avec un revenu de base de 860 € en moyenne de la naissance à la mort.

On note :

  • Pour 95 % des situations la comparaison est favorable.
  • 100 % de la population est au-dessus du seuil de pauvreté (1040 €)
  • Les populations modestes et médianes sont aussi bénéficiaires dans cette redistribution universelle.
  • Le bilan global est équilibré. (+22,07 € / U.C.)

5.3 Valorisation des bas salaires

Par la socialisation d’une partie des revenus, les revenus d’un salarié payé au SMIC augmente de 36 % avec le revenu de base.

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Pour plus de détails visualiser le diaporama :

PRESENTATION RB NOV 19 ( 860€ )

Ainsi il n’en couterait rien au budget de L’État pour assurer en toute circonstance une existence à tous les membres de notre communauté nationale. Pour affronter dans de biens meilleures conditions les défis à venir, il est de notre devoir de construire une société plus solidaire et résiliente avec un revenu d’existence individuel et universel.

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Après le COVID-19, l’urgence d’un revenu d’existence , clé de voute de la protection sociale.

Dossier "Le revenu d'existence" - Le blog de "La Parfaite Union"

La pandémie due au virus Covid-19 révèle cruellement, outre les carences dans notre système de santé dues à des décennies de restrictions budgétaires, combien un emploi est vital pour assurer quotidiennement son existence et celle de sa famille. Certains perdent leur travail, voient leur activité professionnelle réduite, d’autres sont au chômage technique enfin beaucoup risquent leur vie, sans protection suffisante, pour tenter de la gagner. Elle révèle aussi combien des métiers essentiels à la vie de la cité sont très mal rémunérés alors que d’autres dont on questionne la finalité sont valorisés.

Déjà le mouvement des gilets jaunes avait montré la détresse de millions de personnes, chômeurs, travailleurs pauvres, artisans, paysans, mères célibataires, jeunes sans ressources qui, avec ou sans travail, n’arrivent plus à vivre décemment dans une société où la richesse produite n’a jamais été aussi grande.

L’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais bien comment répartir mieux la richesse créée.

Parce qu’il existe, tout être humain a besoin, pour pouvoir exercer pleinement une activité, révéler ses talents, se produire socialement, outre à l’accès à l’instruction et aux soins, d’assurer quotidiennement le couvert et le logis dans des conditions satisfaisantes pour lui et pour toute sa famille. Par la socialisation d’une partie des moyens dont chacun dispose il est possible d’assurer à tous les membres de la communauté un revenu minimum garanti.

« Un revenu non pas pour exister, mais parce qu’on existe. » Ces mots du Prix Nobel d’économie britannique James Meade résument ce que doit être un revenu de base qui ne peut être qu’universel, c’est à dire versé à tous les membres de la communauté sans condition.

I. COMMENT ASSURER EN TOUTE CIRCONSTANCE LES CONDITIONS ELEMENTAIRES D’EXISTENCE DANS UN MONDE OU LA DISTRIBUTION DE LA RICHESSE PAR LE TRAVAIL SE TARIT ?

Avec la mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, au nom de la compétitivité, la pression sur les salaires s’est accentuée. Avec un outil de production de plus en plus sophistiqué qui exige de plus en plus d’investissements financiers, pour attirer les capitaux, les dividendes ont explosé. En 40 ans, 10% de la valeur ajoutée a migré de la rémunération du travail vers celle du capital et la part des dividendes dans la valeur ajoutée a plus que triplé.

Le progrès technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Au contraire, Bernard Stiegler, philosophe, décrit la disruption comme un phénomène d’accélération de l’innovation qui va plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce qui a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, les GAFAM, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs publics impuissants. C’est l’«ubérisation» de l’économie….

Avec la dévalorisation et la déréglementation du travail, les cotisations sociales adossées sur les salaires ne suffisent plus à financer notre système de sécurité sociale. L’État, avec la création de la C.S.G., qui est passé en moins de vingt ans de 1,3% à 9,7 % du salaire brut, se substitue au système de solidarité paritaire et en prend le contrôle.

Devant l’assèchement de la distribution de la richesse par le salaire, qui se traduit à la fois par l’augmentation du chômage, l’exclusion du système de production, la précarité dans l’emploi et de grandes inégalités, L’État a dû, au fil du temps, mettre en place un système de redistribution de la richesse.

Par l’impôt on finance :

  • Des minima sociaux (RSA, ASPA, etc…)
  • Des aides aux familles qui s’ajoutent aux allocations familiales (Aides aux parents isolés, ARS, APL, bourses scolaires, etc…)
  • Des aides au travail pour le salarié (prime d’activité) et pour l’employeur (CICE, réduction Fillon, etc…).

Toutes ces aides absorbent largement le montant de l’impôt sur les revenus (I.R.) payé par moins de la moitié des foyers fiscaux et de ce qui reste de l’I.S.F. rebaptisé I.F.I. payé par seulement les gros propriétaires immobiliers.

Cette redistribution curative, à postériori, conditionnée, stigmatisante, familiarisée, si elle soulage et corrige partiellement les inégalités, elle ne réussit pas à s’attaquer aux causes de la pauvreté et laisse encore plus de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté dont 2 millions de travailleurs. Enfin elle divise la société en « sous citoyens », (les « ayant-droits », « le monde des assistés »), contributeurs (les classes moyennes) pendant qu’une petite minorité fait sécession à coup d’optimisation fiscale, ce qui induit ressentiment, méfiance et repli sur soi.

Il en est de même de ces mesures prise en urgence en temps de crise pour tenter de venir en aide à tous les sinistrés.

Sans perdre de vue l’impérieuse nécessité de rééquilibrer en faveur du travail le partage de la valeur ajoutée, on peut dès à présent changer de pied en :

  • Substituant à la redistribution actuelle, organisée par l’État une redistribution universelle transformatrice, préventive et inclusive, administrée par une branche de la Sécurité sociale, (1)
  • Instaurant, pour améliorer la distribution de la richesse créée, une contribution à la solidarité nationale du capital productif (les machines qui remplacent de plus en plus les humains), comme le préconisait déjà Sismondi au début du XIX° siècle (2).

…avec l’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et individuel fondée sur deux principes et une condition :

  • Principe de solidarité : Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble de la communauté pour se nourrir et se loger dignement en toute circonstance,
  • Principe d’universalité : Tout le monde reçoit, tout le monde participe au financement. A revenu universel, contribution universelle. Contribution qui par rapport au système actuel ne sera pas plus lourde pour plus de 98 % des foyers fiscaux actuels.
  •  Enfin, ce revenu dissocié de l’emploi doit être d’un montant suffisant pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées financées par le budget de l’État (Jamais de revenu individuel par unité de consommation < 1030€).

II. DÉFINITION

Le revenu d’existence est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué individuellement à tous les membres d’une communauté, de la naissance à la mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement, dans une société solidaire…pour assurer à chacun une existence digne en toute circonstance. (Définition du Mouvement Français pour un Revenu de Base – M.F.R.B.)

En ce sens il ne fait qu’assurer les conditions élémentaires d’existence, définies par l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires ».

 Ce nouveau droit social à une existence digne   ne doit pas être le fossoyeur de notre Sécurité sociale mise en place au sortir de la 2° guerre mondiale. Au contraire il complète et renforce ce système de protection sociale financé par la cotisation sur les salaires (assurance maladie, assurance chômage et système de retraite par répartition). Il prolonge le programme de la Sécurité sociale mise en place il y a 70 ans tel qu’énoncé dans l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère.»

  III.   UN REVENU DE BASE RÉPARATEUR.

  • Par son montant il immunise le corps social contre la pauvreté. Tout au long de la vie jamais on ne se retrouve à devoir vivre avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Sont concernés :
    • Les travailleurs pauvres (tous les revenus du travail, allocations chômage, retraite, allocations de dépendance, AAH, s’ajoutent au revenu de base)
    • Les jeunes adultes célibataires sans travail, étudiants,
    • Les familles monoparentales, mères célibataires, enfants de familles pauvres.
    • Les personnes âgées, quel que soit leur parcours de vie, elles sont assurées d’un minimum vital de 1030 €.
  • Par temps de crise, il assure un revenu minimum garanti malgré la perte temporaire d’un emploi,
  • D’un montant suffisant, il se substitue à toutes les aides de lutte contre la précarité, financées par l’impôt (minima sociaux, aides aux familles, aides aux travail) qui fabriquent de véritables citoyens de seconde zone.
  • Il complète et renforce le système de la sécurité sociale qui assure un accès aux soins par l’assurance maladie, une retraite et des allocations chômage où chacun contribue par la cotisation sur ses revenus d’activité.
  • Il complète et renforce les indemnités de compensation dues à un handicap, une invalidité ou une dépendance (AAH, aides à la dépendance).

Il doit enfin aussi permettre une meilleure répartition de la richesse dans le partage de la valeur ajoutée. Ainsi un transfert d’une part des cotisations sur les salaires vers la rémunération du capital productif (l’excédent brut d’exploitation : EBE) permet de mettre aussi à contribution, dans le financement du revenu de base, les machines qui se substituent de plus en plus au travail humain tout en allégeant le poids de la solidarité qui pèse sur les salaires.

Ainsi son financement est assuré par :

  • Une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,
  • Une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.
  • Une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile. (3)

Une fois corrigées les failles du système actuel dans la répartition de la richesse, d’autres moyens de financement peuvent venir compléter ce dispositif original sans en altérer la philosophie générale :

  • La création monétaire, avec la distribution d’un revenu d’existence en monnaie libre pour donner à chacun le pouvoir de créer la monnaie nécessaire aux échanges. C’est un revenu primaire distribué tout au long de la vie et dans l’ensemble de l’espace.
  • Les monnaies locales.
  • Une taxe sur les transactions monétaires et/ou marchandes,
  • La T.V.A,
  • La gratuité de service.

« Il s’agit de construire un État social qui mise intelligemment sur l’épanouissement du capital humain plutôt que sur l’astreinte d’un emploi non choisi ». Philippe Van Parijs, philosophe, fondateur du B.I.E.N (Basic Income Earth Network).

Pour plus de détails sur le financement  lire l’annexe:

  Une proposition de revenu de base pour la France du XXI° siècle.  

IV. UN REVENU DE BASE ÉMANCIPATEUR.

Cette allocation universelle d’existence dissociée de l’emploi, doit permettre de répondre aux mutations en cours dans le monde du travail et de la production de biens et services comme aux défis environnementaux à surmonter dans les années à venir.

  • En dissociant revenu et emploi, le revenu de base doit permettre d’aller vers « la civilisation du temps libéré » chère à Gorz. On ouvre la voie vers la réduction du temps de travail, individuellement et collectivement, pour un meilleur partage des emplois. Il permet ainsi de lutter efficacement contre le chômage et de libérer le travail d’un emploi de survie.
  • Il contribue ainsi à soustraire l’individu de tâches pénibles, d’emplois inutiles et d’activités nocives pour l’environnement et la santé.
  • Sans être conditionné à la recherche d’un emploi, il encourage à la reprise d’une activité choisie dont les revenus s’ajoutent à ce revenu de base.
  • Il viabilise et valorise l’agriculture paysanne, les commerces de proximité, l’artisanat local, les activités culturelles et la création artistique, les métiers de l’accompagnement et de l’aide à la personne.
  • La formation, le changement de métier, les ruptures dans une carrière professionnelle, l’intermittence, la mobilité, peuvent être envisagés plus sereinement.
  • Il valorise les activités non marchandes, familiales ou sociales et autorise l’implication dans la vie de la cité. L’investissement humain dans le champ social régénèrera l’ensemble de la société.
  • Les enfants et les jeunes adultes disposent des mêmes atouts quelle que soit leur origine familiale. Avec ce revenu d’existence ils peuvent choisir de construire leur avenir en se donnant le temps et les moyens de révéler leur propre potentiel par une formation choisie.
  • En donnant de l’assurance et de la sécurité, le revenu de base libère l’individu du stress du lendemain, de l’insécurité, de l’usage de psychotropes, drogues et autres produits, allégeant du même coup les dépenses sociales des organismes publiques et le déficit budgétaire de l’État. Avec la diminution du chômage, l’augmentation de l’activité et l’accroissement des richesses créées individuellement, il ne fait aucun doute que l’ensemble des institutions publiques en seront bénéficiaires. Ainsi ce revenu de base permettra à terme de réduire les dépenses publiques dues aux dégâts humains et sociaux du système actuel.
  • Le revenu, comme la contribution, sont individuels, libérant ainsi la personne de toute contingence familiale. Il permet ainsi de dire non, non à des conditions dégradantes que ce soit dans le cadre de la vie privée ou dans celui de l’entreprise.
  • Quand tout le monde contribue de manière simple par un effort progressif en fonction de ses revenus et de son patrimoine, sans exception, à l’allocation de ce véritable dividende universel la cohésion de la société en est renforcée. C’est la fin des exemptions catégorielles, des ayant-droits, des niches fiscales qui divisent la société et font que « le coût des autres» l’emporte sur l’empathie. Le consentement au financement de ce droit universel est plus facilement accepté. Le flux des plus riches vers les plus démunis ne dépend que du niveau des inégalités dans la société.
  • Quand la vie n’est plus soumise au chantage de l’emploi,le revenu de base permet enfin de se libérer d’une économie productiviste. Face aux défis environnementaux, aux pandémies, il permet à chacun, individuellement, de faire les bons choix pour la collectivité, tant dans son rôle de producteur comme celui de consommateur, étant assuré, qu’en toute circonstance, il disposera du nécessaire grâce à la solidarité de l’ensemble des membres de la communauté. Ainsi il est possible d’envisager plus sereinement la transition écologique vers un monde plus frugal, à la fois respectueux des êtres humains comme de l’environnement et des ressources terrestres.

Depuis le 19 ° siècle, avec l’école laïque gratuite, tout être humain a droit à l’instruction, droit universel, inconditionnel et individuel,

Depuis le 20 ° siècle, avec l’assurance maladie c’est l’accès gratuit aux soins médicaux pour tous et toutes, droit universel, inconditionnel et individuel,

Au 21° siècle, il est temps d’assurer une extension de ces droits par une véritable sécurité sociale tout au long de la vie qui permette de se libérer définitivement de la pauvreté et de pouvoir s’individuer, être soi, exercer pleinement son « métier d’homme » comme l’écrivait Albert Camus, libéré de cette incertitude du lendemain qui mobilise une grande partie de nos capacités.

Nous avons mille fois plus de moyens qu’au sortir de la 2nde guerre mondiale. A nous, tous ensemble, de relever ce défi pour l’émancipation et l’épanouissement de l’être humain !

« Pour avancer, une société a besoin de rêves, pas de cauchemars. Or, quand on regarde autour de nous, on constate que ces rêves n’arrivent pas à émerger» Rutger Bregman, auteur du livre « Utopies réalistes ».

Au sortir de cette épreuve que nous impose le COVID-19, il est de notre devoir de construire une société plus solidaire et résiliente pour affronter dans de biens meilleures conditions les défis à venir.

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NOTES

(1) Comme l’écrit Nancy Fraser dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » :

  • « Les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. Les remèdes transformateurs, pour leur part visent les causes profondes. »
  • (…) « Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, en revanche, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

(2)  D’après la thèse de Jean de Sismondi, (1773- 1842) l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. Sismondi considère que l’inégal partage des richesses est doublement néfaste : c’est injuste et cela provoque des crises de surproduction. Il pense alors à faire augmenter les salaires grâce aux surprofits que crée la machine qui remplace l’ouvrier, en réduisant le temps de travail et en interdisant le travail des enfants..  (Wikipédia).

Avril 2020 – Guy Valette  LA SCIENCE DU PARTAGE

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pour affronter l’insécurité économique de ce XXI eme siècle, refondons notre Sécurité sociale.

 

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70 ans de Sécu en affiches

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Le 4 octobre 1945, l’ordonnance créant la Sécurité sociale était promulguée par le gouvernement provisoire dirigé par le Général de Gaulle.

L’énoncé de l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 est révélateur de cet ambitieux programme de sécurité sociale : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. »

Bien que lié au droit individuel à un emploi, la vision originelle du modèle envisagé par le C.N.R. se voulait universaliste ; il s’agissait en effet d’assurer un plan complet de sécurité sociale « à tous les citoyens ». Si l’ouvrier est titulaire de droits sociaux à travers son travail, les enfants, la conjointe bénéficient de l’extension de ces droits comme membres de la famille du travailleur.

Ainsi par la cotisation sur les salaires on a pu socialiser l’assurance maladie pour toute la famille, la retraite individuelle par répartition, l’assurance chômage et les allocations familiales. Tous ces droits sont conditionnés au statut  de travailleur salarié ou indépendant, au temps hebdomadaire de travail de chacun., au nombre de trimestres de labeur.

Depuis, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse  de limiter les ambitions de ce vaste programme de sécurité sociale en reprenant la main sur l’ensemble de la protection sociale. Ainsi récemment avec la présidence Hollande il y a eu la fin de l’inconditionnalité des allocations familiales et la prise en charge par le budget de l’État d’une partie des cotisations dites patronales avec le C.I.C.E., mouvement initié par le gouvernement Fillon avec les réductions de « charge » éponymes. Aujourd’hui le gouvernement Philippe-Macron continue l’œuvre de démolition des régimes d’assurance maladie, chômage et retraite mise en place en 1945, financés par la cotisation sur les salaires. La dernière proposition d’une retraite par points individualisera encore plus le montant de la pension de retraite et préparera la mise en place d’une retraite par capitalisation.

Alors que pour accompagner et préparer chacun à faire face aux transformations des activités imposées par le développement technologique, pour répondre aussi au défi du réchauffement climatique, il serait nécessaire de socialiser une part plus importante de la richesse créée, on assiste au contraire, au nom d’une « nécessaire diminution des dépenses publiques », à un démantèlement en règle des organismes paritaires de la Sécurité sociale mis en place en 1945. Au lieu de socialiser les risques, on individualise la protection sociale qui peu à peu passe sous la coupe des intérêts privés qui n’assurent plus en fonction des moyens de chacun mais bien en fonction des risques individuels couverts. Aujourd’hui notre  Sécurité sociale est bien trop faible pour affronter les défis à venir. La crise de l’hôpital en est une des manifestation la plus évidente.

En France ce sont plus de 9 millions de personnes qui vivent avec moins de 1000 € par mois. Un tiers des Européens, actifs et retraités, vivent dans une insécurité économique croissante, à cause  du chômage ou condamnés qu’ils sont  à accepter des petits boulots qui les assignent dans la pauvreté.( voir l’émission de Arte sur les nouveaux pauvres ).

En ce début du XXIe siècle, à cause de la mondialisation des échanges, avec la mise en concurrence des travailleurs du monde entier et de la substitution du travail humain par les machines et les robots, avec la numérisation de l’économie, la rémunération du capital, du « travail mort », dans le partage de la valeur ajoutée est de plus en plus importante  sans que celle-ci ne participe au financement de la Sécurité sociale; les cotisations étant adossées sur la rémunération du travail.

En outre  l’augmentation du chômage, l’exigence de formation et l’allongement des études, l’intermittence du travail, la diversification  des statuts dans l’ entreprise, l’auto-entreprenariat, remettent en cause la centralité et l’homogénéité du salariat. On assiste aussi, pour un même type de qualification, à l’individualisation des rémunérations au sein même de l’entreprise.

Cet émiettement des différentes formes de travail devrait au contraire conduire à une « socialisation accrue du revenu et à une extension des solidarités. Ce serait le sens d’un salaire social déconnecté du travail, non dans sa version libéral d’une aumône de survie, mais dans une logique du droit à l’existence…« (Daniel Bensaïd – Eloge de la politique profane).

Cette allocation  d’existence doit pouvoir accompagner tout être humain de la naissance à la mort en lui assurant, inconditionnellement,  en toute circonstance, de quoi vivre dignement. Véritable  » gilet de survie » elle assure à chacun le « pouvoir de vivre » indépendamment de l’exercice d’un emploi. Reconstruire aujourd’hui notre Sécurité sociale passe d’abord par l’adoption d’une allocation universelle d’existence comme colonne vertébrale de ce nouveau système fondé sur la solidarité et l’universalité. Autour de cette véritable assurance vie pourront s’organiser les autres droits comme l’accès aux soins, le droit à la retraite ou à une allocation chômage ainsi que les aides aux familles.

EN FINIR AVEC LA REDISTRIBUTION ADMINISTRÉE PAR l’ÉTAT.

Pour limiter les dégâts des politiques économiques libérales, au fil du temps, l’État a dû mettre en place une série d’aides ciblées: Ce sont  les minima sociaux ( RSA, ASPA, etc), aides spécifiques pour venir en aides aux personnes sans ressources et en fin de droit,  les aides aux familles pour compléter les trop faibles allocations familiales (allocation pour parents isolés, allocation de rentrée scolaire, allocation logement, etc…), les compléments de salaire comme la prime d’activité. Toutes ces aides, conditionnées, stigmatisantes,à postériori,  complexes à mettre en œuvre,  laissent encore beaucoup trop d’ayants droit sans ressources ou dans la précarité, absorbent l’équivalent de l’impôt sur le revenu ( 75 milliards d’€ ), payé par moins de la moitié des foyers fiscaux, et ce qui reste de l’impôt sur la fortune  après l’exemption faite au capital financier dès le début de la Présidence Macron. Enfin toutes ces aides curatives maintiennent dans la dépendance et l’assistance une partie de plus en plus importante de la population.

Depuis sa création en 1991, la C.S.G, prélevée sur l’ensemble des revenus, a vu son taux passé de 1,1 % à 9,2 % , elle complète le financement de la Sécurité sociale pour plus de 100 milliards d’euros. Enfin l’État au nom de la compétitivité et de la lutte contre le chômage  n’a de cesse de prendre en charge une partie des cotisations dites patronales avec les réductions Fillon, le CICE et la réduction du taux de la cotisation pour les  allocations familiales. Le coût de ces « aides à l’emploi » , versées inconditionnellement, est de l’ordre de 50 milliards par an pour des résultats sur le niveau du chômage relativement faibles.

Ainsi au lieu d’un renforcement du système assurantiel paritaire de la Sécurité sociale on assiste à son démantèlement et à sa mise sous la tutelle de l’État qui assujettit son financement aux aléas de la politique budgétaire adoptée  année après année.

VERS UNE ALLOCATION  UNIVERSELLE D’EXISTENCE

Le travail vivant jusqu’à présent vital pour l’existence n’arrive plus à remplir ses deux fonctions essentielles qui sont:

  • « produire les conditions concrètes d’existence. « Définies par l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires »
  • « se produire soi même au sein d’un collectif social et culturel. » (1)

En France ce sont plus de 2 millions de travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à vivre de leur travail et trop nombreux sont ceux qui pour assurer le lendemain pour eux et leur famille doivent accepter un emploi qui ne leur permet pas de s’épanouir et de se réaliser à travers un travail subi. Aujourd’hui un français sur cinq est en situation de précarité alimentaire ( lien ). Socialiser une partie des revenus pour assurer à tous les conditions élémentaires d’existence permettrait à chacun de pouvoir être libéré de cette incertitude du lendemain qui mobilise une partie importante des capacités cognitives, de pouvoir choisir une activité en accord avec son propre projet de vie, sa personnalité, ses compétences acquises.  bref il s’agit ainsi d’ assurer à chacun un « revenu non pas pour exister mais parce qu’on existe » (James Meade – Prix Nobel d’économie).

En dissociant revenu et emploi, ce revenu d’existence doit permettre d’aller vers « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz. On ouvre la voie vers la réduction du temps de travail, individuellement et collectivement, pour un meilleur partage des emplois. Il permet ainsi de lutter efficacement contre le chômage et de libérer le travail d’un emploi de survie.

Ensemble nous sommes riches ( revenus d’activité : 1 300  milliards d’euros, patrimoine net privé: 12 000 milliards d’euros ) et il n’en coûterait rien de mettre en commun de quoi assurer à chacun une vie décente, sinon un peu plus de solidarité de la part des plus riches. Ainsi en consacrant en moyenne 30 % des revenus d’activités et 2 % par an du patrimoine net de chacun, avec une cotisation sur la rémunération du capital productif, il est possible de verser à chacun, de la naissance à la mort, un revenu de 860 € que l’on pourrait moduler suivant les exigences de la vie pour assurer en toute circonstance un revenu au moins égal au seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian ( 1030 €) comme le développe la proposition ci dessous:

PROPOSITION:

Allocation fondée sur le principe de la solidarité et de l’universalité: chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble des membres de la communauté pour se nourrir et se loger dignement en toute circonstance, son financement et ainsi assurée:

  • Une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,
  • Une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.
  • Une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile. (1)
  • Voir la présentation complète:

PRESENTATION RB NOV 19 ( 860€ )

_________________________________

  • D’un montant suffisant, elle se substitue à toutes les aides de lutte contre la précarité, financées par l’impôt (minima sociaux, aides aux familles, aides aux travail) qui fabriquent de véritables citoyens de seconde zone.
  • Elle complète et renforce le système de la sécurité sociale qui assure un accès aux soins par l’assurance maladie, une retraite et des allocations chômage où chacun contribue par la cotisation sur ses revenus d’activité.
  • Elle complète et renforce les indemnités de compensation dues à un handicap, une invalidité ou une dépendance (AAH, aides à la dépendance).

Ce nouveau droit à une existence digne doit être assuré par une nouvelle branche d’une Sécurité sociale qui se substituerait avantageusement à la Caisse des Allocations Familiales. L’administration de cette allocation universelle exige une réforme fiscale qui restitue à la Sécurité sociale l’ensemble de la gestion de la protection sociale en renforçant son financement et en prenant en compte les évolutions dans la création de la richesse  dans le partage de la valeur ajoutée entre le travail vivant et le capital.

POUR UNE SÉCURITÉ SOCIALE PLUS FORTE ET RÉELLEMENT UNIVERSELLE.

Cette allocation universelle d’existence ne doit pas être le cheval de Troie dont rêve certains libéraux pour mettre entre les mains des intérêts privés ce qui reste de la protection sociale ,mais au contraire elle doit être la clé de voute de notre sécurité sociale. Elle doit permettre en premier lieu de renforcer le financement d’une assurance maladie  réellement universelle.

1. AVEC  UNE ASSURANCE MALADIE UNIVERSELLE

Aujourd’hui l’assurance maladie est financée essentiellement par les cotisations et la C.S.G.. Elle assure 78 % des dépenses de santé, les assurances mutuelles complémentaires participent pour 14 %, le reste à charge étant de l’ordre de 8 %. Sur un budget de 190 milliards d’euros, les cotisations ( 13 % du S.B.)  participent pour un peu moins de 60 %, soit autour de 114 milliards d’€.

Le lent désengagement de l’assurance maladie au profit des mutuelles doit être enrayé. Alors que le coût de gestion de l’assurance maladie ne dépasse pas 4%, il est en moyenne de 17 % pour les mutuelles. Dans un rapport du 20/09/2016, la Cour des Comptes pointe  les nombreux problèmes que posent le recours aux mutuelles. Tout d’abord, en raison des aides fiscales accordées aux contrats collectifs d’entreprises, les complémentaires coûtent pas moins de 3,5 milliards d’euros par an à l’ensemble des contribuables, y compris pour ceux qui n’y ont pas recours. Ensuite, ces mutuelles facturent des frais de gestion élevés (7 milliards d’euros) « qui absorbent une partie des tarifs et aides et dupliquent ceux de l’assurance-maladie pour la prise en charge des mêmes dépenses » , pointe la Cour. Enfin et ce n’est pas le moindre, le montant des cotisations des mutuelles complémentaires augmente en fonction des risques assurés et non pas en fonction des moyens de chacun ce qui est contraire à la philosophie générale de la Sécurité sociale où chacun contribue en fonction de ses moyens à la protection de tous et de tous les risques. Devant cette gabegie, la prise en charge  de l’ensemble des soins par l’assurance maladie pour l’ensemble de la population   est un objectif à atteindre rapidement. La contribution des retraités, rendue possible avec le revenu de base ( Voir plus bas ), la diminution des maladies chroniques liées au stress et au mal être lié à l’incertitude du lendemain et à un emploi subi, devraient suffire à équilibrer le budget de l’ensemble des dépenses de santé.

PROPOSITION:

  • L’allocation du revenu universel permettrait d’augmenter les cotisations jusqu’à 20 % ( 15 % employeurs +5 % salariés ) et ainsi compenser  la suppression de la C.S.G.
  • contribution des retraités: 20 % de la pension brute qui se substitue à la C.S.G. et aux cotisations des mutuelles santé.

Enfin il faut reprendre le contrôle de la recherche et de la fabrication des médicaments par la nationalisation de l’industrie pharmaceutique. Il est scandaleux de générer des profits sur le dos des malades comme c’est le cas aujourd’hui  pour le traitements des cancers:«En 2008, les médicaments du cancer coûtaient environ un milliard d’euros, sur un budget global de la Sécurité sociale de deux cents milliards. Mais depuis 2018, les traitements du cancer augmentent d’un milliard par an. C’est intenable car à ce rythme, dès 2025, on atteindra les dix milliards», déplore le Pr Thierry Philip, président de l’Institut Curie. (lien)

3. PAR LA GÉNÉRALISATION DE LA RETRAITE PAR RÉPARTITION

Au contraire du projet du gouvernement qui vise à individualiser intégralement les droits à une pension de retraite et à développer la retraite par capitalisation, il est nécessaire d’opposer un projet de retraite qui s’appuie intégralement sur la solidarité des actifs envers les retraités par le développement de la retraite par répartition  qui s’affranchit du système financier dont on connait les risques démesurés qu’il fait porter à un assuré par capitalisation.

PROPOSITION:

Si l’allocation universelle d’existence assure inconditionnellement une retraite de base individuelle  de 1030 €, une contribution à une caisse de retraite unique sur les revenus d’activités permet d’assurer une pension complémentaire.  On peut considérer qu’une cotisation au taux de 20 % S.B. (10% employeur+ 10 % salarié), sur 40 ans maximum, permet de financer une retraite à 50 % du salaire brut de référence, calculée sur les 10 meilleures années. (aujourd’hui les taux du régime général sont de 6,9 % pour la part salariale et 8,55 % pour la part patronale jusqu’au plafond de 3377 € – la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO par points serait supprimée)

COMPARAISON RETRAITES

Ainsi un salarié payé au S.M.I.C. verrait  ses revenus maintenus à la retraite tout en participant au financement à l’assurance maladie par une cotisation de 20 %.

2. PAR UNE REFONTE DES COTISATIONS DITES  » PATRONALES ».

Jusqu’à présent les cotisations patronales, autour de 45 % du salaire brut, financent les allocations familiales ( 3,45 ou 5,25 % ), l’assurance maladie ( 13 % ), l’assurance vieillesse ( 8,3 %), la retraite complémentaire, le chômage ( 4,05 %), la formation et l’apprentissage ( 1,68 % ) auxquelles s’ajoutent diverses taxes. Cotisations entièrement adossées sur le salaire brut. Pour diminuer le « coût » du travail les gouvernements successifs, bons princes, ont mis en place des dispositifs de prises en charge par le budget de l’État  d’une partie des cotisations pour les bas salaires.

Depuis un demi-siècle les cotisations employeurs ont vu leur part diminuer de 20 % dans le financement de la protection sociale, diminution compensée par des impôts et taxes dédiées ( GSG) ( lien)

Ainsi pour un salaire au SMIC la quasi totalité des  cotisations  » patronales » sont pris en charge par la collectivité nationale. Aides de l’État allouées inconditionnellement à toutes les entreprises, quel que soit le taux de marge ( E.B.E. / V.A. ).

  • Il y a  la réduction Fillon dégressive jusqu’à 1,6 SMIC qui atteint pour le salaire minimum autour de 420 €.
  • Grâce au gouvernement socialiste il y a eu ensuite le C.I.C.E ( lien) qui représente une aide de 6 % du salaire brut , soit 90 €.
  • Il y a enfin, depuis 2015, la réduction de la cotisation des allocations familiales de 1,8 % sur les 5,25% attendus, soit encore 30 €.

Aujourd’hui en moyenne, en France,  le partage de la valeur ajoutée est de 2/3 pour les salaires et cotisations et 1/3 pour le capital ( Excédent Brut d’Exploitation-E.B.E.). Mais cette moyenne cache des disparités énormes entre les branches d’activités, la nature et la dimension des entreprises. ( voir rapport de l’INSEE). La masse salariale avec les cotisations peut évoluer entre 95 % de la valeur ajoutée pour une petite entreprise de service, jeune, et 28 % pour une grande entreprise, installée depuis longtemps et fortement automatisée.

Changer de paradigme c’est aussi comprendre, comme le suggérait déjà Charles Léonard de Sismondi ( 1737-1809 ) que la machine qui remplace l’homme et crée de la richesse à sa place doit contribuer à la solidarité de tous.

Sans changer les masses globales, si, au lieu de calculer le montant des cotisations dites patronales ( 45 % du salaire brut  ) sur la seule assiette des salaires, ce qui contribue à augmenter artificiellement la masse salariale, on prend aussi en compte l’Excédent Brut d’Exploitation (E.B.E), qui rémunère le capital, on contribue à rééquilibrer la charge entre les entreprises de très haute technicité avec peu de main d’oeuvre et les P.M.E de service.

PROPOSITION:

  • la cotisation pour les allocations familiales de 5,25 %  sur le Salaire brut serait remplacée par une cotisation pour le financement du revenu universel de 15 % sur l’E.B.E.,
  • la cotisation chômage de 4,25 %  par une cotisation de 5% sur l’E.B.E.,
  • les cotisation formation apprentissage de 2 %, par une cotisation de 2% sur l’E.B.E..
  • La cotisation accident autour de 4 % par une cotisation de 2 % sur E.B.E

Le tableau ci-dessous présente l’évolution des différents prélèvements avec un revenu de base:

Ainsi au lieu d’un taux de l’ordre de 42 % sur le salaire brut les cotisations employeurs avec la nouvelle proposition sur l’assurance maladie et sur les retraites, le taux serait de 25 % sur le salaire brut et de 24 % sur l’EBE brut. Cette nouvelle répartition des cotisations permettrait d’alléger la contribution des entreprises qui emploient beaucoup de salariés, les P.M.E., aux dépens des grandes entreprises fortement capitalisées.

Enfin pour les salariés, avec l’allocation universelle et les cotisations retraite et maladie la contribution globale passe de 26 % à 15 % pour le salaire moyen brut de 2950 €.

L’exemple ci-dessous montre l’impacte de cette allocation d’existence ou revenu de base sur les revenus d’un salarié au S.M.I.C.

Exemple pour un salarié au SMIC.

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Avec cette étude, dont on pourrait modifier des paramètres, on montre qu’en reconfigurant les tuyaux de la distribution et redistribution de la richesse créée il est possible de mettre en place un système de sécurité sociale universel, solidaire et inclusif. En libérant l’être humain de l’astreinte d’un emploi non choisi, chacun pourra ne plus perdre sa vie à tenter de la gagner.

la réduction du temps hebdomadaire consacrée à l’exercice d’un emploi rendu , réduction individuelle et/ou collective avec l’extension de la semaine de 4 jours, la reconversion vers des activités autonomes,   deviendront possible. Inéluctablement le chômage diminuera et avec la charge sur l’assurance chômage. Il ne fait aucun doute que l’ensemble du corps social s’en trouvera mieux et sera plus fort pour aborder les défis environnementaux que nous devons surmonter dans les années à venir.

« (…) Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation nationale d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d’un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité ; un tel résultat ne s’obtiendra qu’au prix de longues années d’efforts persévérants, mais ce qu’il est possible de faire aujourd’hui, c’est d’organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan. »

Ce dernier extrait de l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 invite l’ensemble des forces sociales à ne peut plus être spectatrices de leur propre anéantissement. il faut à nouveau être force de propositions pour se réapproprier ce qui doit nous être le plus cher: l’exercice d’un droit à une vie digne en toute circonstance; pour pouvoir être soi et  exercer pleinement son «  métier d’homme » ( Albert Camus)

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(1) Avec un financement ainsi défini :

  • Cotisation sur les revenus d’activité : 30 % en moyenne
    • De 0 à 30% pour les revenus d’activité , salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 30 % pour un SB > 2000 €,
    • 40 % sur (SB – 5 000 €) pour les salaires bruts supérieurs à 5 000 €,
  • Cotisation sur les revenus du patrimoine financier :
    • De 0 à 30 % pour les revenus globaux (activité + patrimoine) compris entre 0 et 2000 €
    • 30 % pour des revenus globaux > 2000 €,
  • Taxe sur les actifs nets : 2% en moyenne
    • De 0 à 2 % par an de la valeur nette du patrimoine ( valeur – capital dû)  pour les revenus compris entre 0 et 2000 €
    • 2 % pour les patrimoines nets < 2 000 000 €
    • 2,5 % pour les patrimoines > 2 000 000 €
  • Cotisation sur l’E.B.E. :
    • 15 % de l’E.B.E. qui se substitue au 5,25 % sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutiles grâce au revenu de base enfant.

(2)  Jean Marie Harribey:  « La centralité du travail vivant » Les possibles N° 16

« Au niveau philosophique le travail est vivant selon Marx parce que c’est par lui que l’homme se construit lui-même. Le travail est donc  « vivant » parce qu’il est vital dans un double sens : vital pour produire les conditions concrètes d’existence, vital pour se produire soi même au sein d’un collectif social et culturel. « 

 

 

 

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La retraite en chantant: c’est tous les jours dimanche !

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A la fin des années cinquante, les hautes grilles des Chantiers de l’Atlantique libéraient, à l’occasion de départs à la retraite, une excitation inhabituelle…

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Un article d’ Alain Véronèse sur une autre vision du travail et de la retraite.

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C’est en 1981, que fut instituée la retraite à 60 ans. Près de 4 décennies après cette date, les capacités productives de la France ont-elles à ce point diminuées qu’il faut amputer les pensions ?

Le manque de main d’œuvre est-il si grave qu’il faut contraindre les anciens à rester au boulot jusqu’à un âge canonique ? Nous comptons déjà plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, la retraite tardive, c’est le chômage longue durée pour certains, les postes se libèrent fort tardivement.

Le Pib de 2020, global et par tête est bien supérieur à celui de 1981. Une meilleure répartition tant du travail, que des revenus pourrait et à tout âge permettre à toutes et tous de vivre dignement. Où sont passés les gains de productivité ? Ne faudrait-il aller voir du côté de la croissance des dividendes – excellents en 2019 suivant les Echos – et du montant des émoluments des dirigeants du CAC 40 ?

Le calcul est facile à faire, non ?

La retraite tardive pour les uns, c’est le chômage immédiat pour les plus jeunes.

«Il va falloir travailler plus longtemps », nous serinons-t-on sans cesse sur tous les tons. Ah, bon ? Et, pourquoi ? Les capacités productives de nos économies devraient au contraire nous autoriser à travailler bien moins ce, à tout âge de la vie.

Après la réforme punitive réduisant drastiquement les allocations des chômeurs, l’amputation des pensions, ça commence à faire beaucoup. Ça va passer, ça va durer ?

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Il y a bien longtemps (1981), dans une autre époque, un ministre du temps libre André Henry dans la conduite de son ministère était chargé de « conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps.» La même année, la semaine de travail perdait une petite heure, la cinquième semaine de congés payés devint effective, l’âge de la retraite était alors fixé à 60 ans. Une réduction du temps de travail : 5 années d’un coup !

Une autre époque, une autre éthique aussi. La valeur travail était, en ces temps lointains, fragilisée par les attaques des partisans du droit à la paresse et « L’allergie au travail » des soixanthuitards tendance Babacool. Cette valeur ne faisait plus rêver grand monde. «Métro-boulot-dodo », ce n’était pas une vie, on rêvait d’autre chose, en attendant que l’heure de la retraite sonne… (Jean Ferrat).

« Métro-boulot-caveau » a-t-on entendu dans les manifestation s’opposant à la retraite par points. L’euphorie du flower power est dissipée, l’horizon du libéralisme autoritaire est fort sombre. Pourtant, il reste encore…

1. Le dimanche de la vie.

Les temps ont changés avant d’atteindre le très grand âge, la retraite n’est plus un effacement, une démission, un retrait,… la retraite est vécue comme le dimanche de la vie. Un long dimanche, on peut se lever tard, faire ce que l’on veut sans horaires imposées. Ce long dimanche de la retraite est un morceau, un moment (tardif)de « La société du temps libéré » qu’André Gorz appelait de ses vœux. (1)

Cette accoutumance à l’oisiveté prolongée (20 ans,…30 ans sans travailler !) est fort dangereuse et contradictoire avec la morale du travail que Macron a encore défendue le 1er mai 2019.

« Le 1er mai est la fête de ceux qui aime le travail, qui chérissent le travail, parce qu’ils savent que par le travail on construit son avenir et l’avenir du pays. »

Cet amour du travail, n’est pas partagé par tout le monde. Nombres d’actifs se rendent au boulot par contrainte. Il faut bien bouffer et acquérir quelques objets qui ajoutent au confort quotidien… Les retraités réputés « inactifs » sont plutôt cigales que fourmis.

La retraite comme fin du travail « a cessé d’apparaître comme le moment où l’on se retire de la vie. C’est en train de devenir le plus bel âge de la vie, le bout du tunnel d’une vie marquée par la pression temporelle toujours plus forte. Allonger la durée du travail c’est effectivement s’en prendre au dimanche de la vie. […] La sagesse depuis l’antiquité, est une capacité de se retirer en soi-même, de faire retraite en soi. » (2)

Cette préfiguration de la vie sans travail, que les thatchériens du gouvernement veulent indéfiniment reculer, est un otium, (3 ), le loisir actif de 18 millions de citoyens français qui ne sont plus comptés dans la population active et s’en trouvent fort bien. Ce n’est pas pour rien que l’on a entendu certains déclamer « Nous voulons la retraite avant l’arthrite!»

Parce que nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps ?

Ah bon, et pourquoi donc ? Il faut au contraire travailler moins longtemps et à tous les âges de la vie. C’est le point de vue de Henri Pena Ruiz. « Un partage équitable du progrès technique » est à mettre en œuvre. Il n’y a pas de réels problème économique, financier. En 1950, il y avait 4 « actifs » pour un retraité, alors qu’en 2020, il y a « seulement » 1,7. Qu’a-t-on fait des gains de productivité ? (4). Les actifs d’aujourd’hui produisent en travaillant moins longtemps, bien davantage qu’en 1950 et même qu’en 1981.

Sans doute faut-il aller voir du côté de la croissance de dividendes ? (5)

Nombre de retraités ont accès au loisir – qui n’est pas désœuvrement – un usage du temps libéré des contraintes salariales. Henri Pena-Ruiz fait valoir que ce qui se joue dans cette liberté active est peut-être un retour à l’antique.

« En pensant le loisir qui se dit en grec ancien scholè, Aristote a pensé l’École lieu d’instruction libre car délivrée de tout souci utilitaire. » (6)

2. La comédie du travail.

Une distribution largement moins inégalitaire d’une production qui nécessite de moins en moins de « travail vivant » doit rapidement être faite.

C’est nécessaire, sinon :« Avec la robotisation et l’utilisation des neurosciences, ils n’ont plus besoins des ces 3500 millions d’être humains les plus pauvres pour faire rebondir le système capitaliste. Ce sont des bouches qui ont faim, qui ont soif et qui sont inutiles. » Monique Pinçon-Charlot. (7)

Et possible car la production chaque jour est faite par une robotique vite rentabilisée, l’intelligence artificielle avantageusement remplace ou assiste des professionnels de haut niveau, journalistes spécialisés et chirurgiens fort précis.

Une véritable Robolution est en cours. (8)

Depuis plusieurs décennies l’essentiel des gains de productivité est confisqué pour les dividendes des actionnaires. Une réduction du temps de travail a lieu tous les jours. Celle qui, sans cesse, augmente les effectifs de « l’armée industrielle de réserve » : le nombre des chômeurs dont la récente et punitive réduction des allocations vise à les affamer un peu pour leur faire « traverser la rue »… pour faire le trottoir ? (9)

Il nous faut mettre fin à la comédie du travail, dont l’issue risque fort d’être dramatique. Le camouflage des « boulots à la con » (Bullshit jobs, en « franglais » ) (10), l’abondance jetable qui fait déborder nos poubelles, l’obsolescence planifiée, rentable… Le solipsisme féroce qui inspire le comportement des libéraux-autoritaires au plus haut niveau se manifeste comme libéralisme cynique, thatchérisme sadique .

C’est la montée des «eaux glacées du calcul égoïste » qui provoque le réchauffement climatique.

Rapidement il nous faut quitter le Titanic.

Un partage du travail qui implique une réduction « féroce » du temps de travail (Serge Latouche), des revenus, de la richesse (dont le contenu doit être réévalué) . Que resterait-il du travail dans une économie économe où les tâches seraient équitablement partagées?

Deux heures par jour, comme le préconisait il y a quelques décennies le Collectif Adret ? Ou 15 h par semaine comme le prévoyait J.-M. Keynes dès les années 30 ?

Il nous faut changer de paradigme, d’itinéraire et reconsidérer la teneur de nos revendications. Penser à l’envers ?

3. Pour l’otium du peuple.

« Il est temps de penser à l’envers : de définir les changements à réaliser en partant du but ultime à atteindre et non des buts en partant des moyens disponibles, des replâtrages immédiatement réalisables. Il nous faut penser à sortir de la société salariale. » L’abolition du salariat, rien de moins ! La vision, la visée et l’espoir d’André Gorz, dès 1997.( 11)

Sans doute s’agit-il de réaliser de rendre effectives les potentialités cachées, occultées du niveau des forces productives. Dés l’antiquité, Aristote avait l’intuition de ce pourrait permettre la société automatique, le monde de production cybernétique.

« Si un jour les navettes tissaient d’elles-mêmes et si les plectres [petites baguettes de bois ou d’ivoires servant à pincer les cordes de l’instrument] jouaient tout seuls de la cithare, alors les ingénieurs n’auraient pas besoin d’exécutants et les maîtres d’esclaves. »(12)

Denis-Robert Dufour de poser immédiatement la question d’époque.

« Or, avec le développement du machinisme pendant les révolutions industrielles, ce moment est venu. Nous aurions dû sortir du travail aliéné. Pourquoi alors y sommes-nous entré davantage ? C’est une question d’autant plus immense que la philosophie première, représentée ici par Aristote, celle qui allait jusqu’à justifier l’esclavage, envisageait bien, à terme, sa suppression pour qu’une énergie mécanique autonome remplace l’énergie fournie par des hommes réduits à l’état de bêtes. »

Et, Dany-Robert Dufour de continuer. « Or, quand ce moment hypothétique est enfin réellement venu, non seulement le travail esclave n’a pas disparu, mais il s’est renforcé.» (13)

Dans un entretien donné au trimestriel les Z’indignés ( 14 ), Dany-Rober Dufour défend une thèse fort proche des propositions du M.F.R.B. (Mouvement Français pour un Revenu de Base), et de celle d’André Gorz à partir de 1997, quand il envisageait d’organiser l’exode hors la société du travail aliéné.

Ainsi, considération faite de l’automatisation accélérée de la production, Dany-Robert Dufour affirme : « Ces machines qui ont coûté si cher à la classe ouvrière, comme aliénation, comme dépossession de son savoir, comme condamnation au chômage et à l’inactivité, pourquoi s’en passerait-on aujourd’hui, si elles permettent d’imaginer une sortie progressive du travail aliéné et exploité, c’est à dire du « travail pour l’autre », le capitaliste, ouvrant ainsi une ère nouvelle : celle du « travail pour soi » (lequel peut beaucoup profiter aux autres). Les richesses produites par les machines permettraient d’alimenter un fond social garantissant à chacun un revenu de base [nous soulignons] et le travail pour soi permettrait de mettre en place une économie de la contribution à partie des ressources partagées et gérées en commun. »

En opposition totale à cette utopie réaliste, l’idéologie du travail encensée par Emmanuel Macron a pour essentielle fonction de préserver, de conforter les privilèges de la classe dirigeante.

« Le travail est mort, ce qu’il en reste n’a d’autres fonctions que de se reproduire lui même comme instrument d’assujettissement des travailleurs. » (15)

Soyons réaliste. Exigeons tout le possible: l’Otium du peuple qui nous permettra d’aller tous les jours à la scholé. Sauf le dimanche ?

Alain Véronèse.

Janvier 2020

_______________________

1. Bâtir la société du temps libéré, èd. LLL et Monde diplo., 2013.

2. Hélène L’ Heuillet, entretien dans Libération du 20/12/2019. Auteure de Eloge du retard, éd. A. Michel, 2019.

3. Henri Pena Ruiz, parle de la scholè dans l’article cité, l’otium en est la version romaine. Plus bas nous rencontrerons Aristote qui bénéficia pleinement de la scholè, rendue possible par le travail des esclaves…

4. Henri Pena Ruiz. Marianne, 01/01/2020.

5. L’argumentation gouvernementale oublie systématique de parler du partage de la valeur ajoutée, et du niveau des émoluments des dirigeants du CAC 40 : 5,7 millions d’euros en 2019. Fort opportunément, une mise au point de François Ruffin qui refait les comptes à l’assemblée nationale (décembre 2109). « Depuis les années 1980, la part des dividendes dans le PIB a triplé. Trois fois plus ! Le revenu des actionnaires quand allez-vous les plafonner ? La rémunération du capital a augmenté 7 fois plus vite que celle du travail. »

6. Henri Pena-Ruiz, art. cité.

7. Dans l’Humanité dimanche, 27/28 août 2019. Monique Pinçon-Charlot est coauteure du livre Le président des ultra-riches, éd. Zones, 2019.

8. Robotatiat, Bruno Teboul, éd. Kawa, 2017. Egalement : L’avènement des machines. Robots& intelligence artificielle : la menace d’un avenir sans emploi. Martin Ford, FYP, 2017. Bernard Stiegler, Erik Brynjolfsson, Andrew Mc Fee, André Gorz, Robet Kurz … la documentation est sur-abondante : le travail n’est plus ce qu’il était… Pourtant les analyses et propositions des syndicats et partis de gauche ne me semblent pas à la hauteur des enjeux de la période. Le terrain de la prospective politique est laissé libre pour les implantations inquiétantes du libéralisme autoritaire.

9. La consultation du site d’AC ! Agir Ensemble contre le Chômage est sur cette question vivement conseillée.

10. Bullshit jobs . David Graeber, éd.LLL, 2018. Après Keynes, Graeber préconise la semaine de travail de 15 h.

11. Misères du présent. Richesse du possible, éd. Galilée, 1997. C’est dans cet ouvrage que Gorz se « convertit » au revenu garanti (de base).

12.Politique, 1,4. Citation d’Aristote tirée du Délire occidental, Dany-Robert Dufour, éd. LLL, 2014.

13. Le délire...

14. N°54, Oct.-Déc. 2019.

15. Jean Baudrillard dans L’échange symbolique et la mort. Ed. Gallimard-1976

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Lettre à Emmanuel Macron

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Sylvie Portnoy Lanzenberg , psychanalyste de formation, a écrit dix sept ouvrages. Le dernier « Cheminer en tâchant d’être lucide » rassemble une série de chroniques publiées pour la plupart sur le blog du journal «  Le Monde « . L’auteure affirme tout au long des articles que toute société , pour être pérenne, doit être suffisamment bienveillante vis à vis de chaque personne qui la compose. De texte en texte le thème du revenu de base est souvent présent. Ce revenu d’existence, en sécurisant le parcours de chacun, pour qu’il s’épanouisse et se réalise pleinement, assurera le bien être collectif et la richesse de l’ensemble de la communauté   » C’est la fraternité qui sauvera la liberté   » V. Hugo.

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Cette lettre à E. Macron est un réquisitoire sans concession de trop d’années de casse sociale que ne fait que poursuivre le président actuel. Pour réparer notre société, pour plus de justice sociale, pour bien « faire son métier d’homme » (A. Camus) , Syvie Portnoy Lanzenberg avance cette « belle idée dont l’heure est venue « , l’idée d’un revenu de base universel et inconditionnel.

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Mardi 26 novembre 2019

Monsieur E. Macron,

A l’approche du mouvement de protestation de large ampleur prévu début décembre, vous redoutez sans doute d’être pris dans une nasse tissée de toutes les colères liées à un mal-être social partagé par beaucoup de nos concitoyens.

Vous « n’adorez pas » le mot « pénibilité » concernant le travail. Que vous disent tous ces travailleurs révoltés aujourd’hui ? Combien ce qu’ils vivent dans leur emploi est pénible : pression permanente, épuisement, perte de sens, tâches mal accomplies par faute de temps et de moyens, revenus insuffisants, fins de mois difficiles, peur de la précarité dans laquelle d’autres sont déjà tombés, burn out, etc. Que de souffrances ! Et elles ne sont pas chimériques ou exagérées comme vous le laissiez entendre récemment devant des étudiants aux prises aussi avec la précarité. Les sans-emploi souffrent, les travailleurs souffrent. Entendez la réalité de leurs plaintes. Celles des « gilets jaunes », des policiers, des pompiers, des gardiens-de prison, du corps enseignant, du personnel soignant, des agriculteurs, etc.

Vous déclarez que le travail est « émancipateur », donnant « sa place » à chacun. Dans le meilleur des cas, oui. Mais dans la réalité d’aujourd’hui, c’est une vue de l’esprit, de votre esprit. Pour les trois quarts de nos contemporains, le travail est surtout devenu source d’aliénation, de fatigue, de santé compromise, d’anxiété, de stress, d’asservissement, pas d’épanouissement, etc. Entendez leurs révoltes qui tâchent de vous ramener à la réalité !

A bout, les gens ne veulent plus être étranglés par la matérialité des choses et par la tyrannie de l’argent. De gouvernement en gouvernement, ils ont trop donné, trop espéré et attendu que leur environnement social s’améliore grâce aux politiques menées ; en vain. La soumission aux forces de l’argent a invariablement primé sur tout le reste. Leurs conditions de vie et de bien-être durant ce temps se sont dégradées. Et vous arrivez-là, plus exactement par un coup de force politique vous vous imposez dans la place à un moment d’exaspération et de découragement général que vous n’aviez pas perçu en son ampleur. Votre volonté était de remettre « en marche » dans le train de la mondialisation conduit par les puissances de l’argent ce peuple déjà si épuisé par ces même gagnants tirant profit de l’injustice. Comme l’a dit avec tant de cynisme Warren Buffet : « Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe. Et nous sommes en train de gagner ».

C’est pourquoi vous pourrez toujours tâcher de mettre des rustines, de colmater les brèches avec des mesures diverses et variées, ce sera toujours vécu comme un saupoudrage insuffisant fondé sur une erreur de jugement. Dans les mentalités, le vieux bateau ultralibéral coule déjà. Que ce monde de l’argent qui détruit la vie fragile sombre définitivement est même souhaité par tous ceux qui aspirent à un nouveau départ dans un monde nouveau fondé sur les valeurs de justice et de respect.

Pendant un an on vous a laissé faire : le « bénéfice du doute » comme on dit, vous a été accordé. Mais c’est fini. On vous a vu à l’œuvre suffisamment… Votre « bougisme », votre arrogance, votre volontarisme que vous surjouez ne font plus illusion. Vous

promettiez la « Révolution », ce sont des réformes surtout à coloration libérale et essentiellement économiques que vous avez engagées, servant en premier les riches. ça n’est jamais passé, comme le Fouquet’s pour Sarkosy.

Et si les gens vous avaient pris au mot ? Par rapport à leur besoin urgent de justice sociale, de redistribution plus équitable, d’aspiration au mieux-être et à la dignité, s’ils voulaient en fait une vraie Révolution, un changement majeur par rapport au libéralisme sauvage qui les a dévasté moralement tout en dévastant la planète ? Parce que nous avons laissé l’économie capitaliste dominer depuis trop longtemps tous les secteurs de la vie, ils attendent peut-être maintenant une vraie révolution capable de changer profondément les mentalités. Arrivés à ce point d’égarement sociétal et de misère morale, nous aspirons (plus ou moins consciemment) à une évolution psychoaffective qui nous porterait à sans cesse et inlassablement déjouer nos rapports de pouvoir, source de nos violences et destructions qui rendent la vie insensée et détestable. S’il n’y a pas l’amour, la solidarité cultivée, la beauté préservée, que nous reste-t-il de la vie : les difficultés et la souffrance.

Le profit qui motive le capitalisme ne sème que des rapports de pouvoir : donc la violence. La compétition aussi. Pour se réaliser, les hommes ont besoin de fraternité ; la lutte les oppose et les déchire, déchirant conjointement le tissu social qui les tient ensemble. Pour mieux assumer leur difficile condition de vivant mortel, ils ont surtout besoin de solidarité réconfortante et encourageante libératrice par rapport à l’angoisse qui les emprisonne. Qui veut jouir de l’ivresse de la compétition n’a qu’à faire du sport, pas de la politique ni du social, ni de l’économie.

Avec notre « fixette » sur l’économie qui s’est aggravée depuis les années 80, nous attisons nos violences fratricides et nos égoïsmes sans foi ni loi. Il nous faut retrouver le chemin de la fraternité et du respect de la vie fragile, lutter contre nos guerres, déjouer nos rivalités, notre orgueil, notre volonté de toute-puissance très infantile. En d’autres termes, il nous faut grandir, sortir de l’enfance de l’humanité et retrouver le sens de la responsabilité. Vous vous êtes propulsé tout seul à la tête de l’Etat français et devez maintenant vous sentir très seul face à la violence sociale qui monte. Je ne vais pas vous plaindre : vous qui aimez les formules chocs, « vous l’avez bien cherché ». Mais comment contribuer à vous aider pour aider la France, les français, et l’humanité si mal engagée sur le chemin de son évolution?
Albert Camus d’abord peut le faire. Je le cite :
« En vérité aucun homme ne peut mourir en paix… s’il n’a pas fait ce qu’il faut pour que la condition humaine dans son ensemble soit pacifiée autant qu’il est possible. Il ne s’agit pas seulement de faire son travail quotidien et d’attendre en paix que la mort vienne un jour en se contentant de ne tuer personne directement, et en s’efforçant de mentir le moins possible. Il y a crise parce qu’il y a terreur. Et il y a terreur parce que les gens croient que rien n’a de sens, ou bien parce que seule la réussite historique en a, parce que les valeurs humaines ont été remplacées par les valeurs du mépris et de l’efficacité, la volonté de liberté par la volonté de domination. On n’a plus raison parce qu’on a la justice avec soi, on a raison parce qu’on réussit. Et plus on réussit, plus on a raison. A la limite, c’est la justification du meurtre. Et c’est pourquoi les hommes ont raison d’avoir peur, parce que dans un pareil monde, c’est toujours par hasard ou par une arbitraire bienveillance que leur vie ou celles de leurs enfants sont épargnées. Et c’est pourquoi les hommes ont raison aussi d’avoir honte parce que ceux qui vivant dans un pareil monde sans le condamner de toutes leurs forces sont, à leur manière, aussi meurtriers que les autres. Pour qu’Albert Camus soit aussi direct, lui d’habitude si nuancé, veillant toujours à considérer la complexité et à surtout ne pas être radical, il fallait qu’il soit bien en colère à force de constater que ses dénonciations de la

souffrance humaine et de notre démission à faire notre « métier d’homme » ne soient pas entendues. Et combien il a toujours raison ! La réussite vénérée en ce monde capitaliste tel qu’il a viré, c’est la justification du meurtre, de notre prochain et des espèces ! Les rapports dominant-dominés sont la cause de nos destructions. Et notre cupidité avide sans foi ni loi engendre la terreur, vidant le monde de sa beauté.

Alors, sous cet éclairage, regardons toutes les violences de notre monde contemporain. La tendance est de les aborder et de les traiter de façon éparse, une à une. Tantôt on se focalise sur la violence faite aux femmes, ou celle faite aux enfants, aux travailleurs, aux migrants, etc., alors qu’elles participent toutes d’un même environnement socio-économique violent, d’une même ambiance malade qui les attise et les entretient. Si tel homme bat sa femme qui échappe à son emprise jusqu’à la tuer parfois, peut-être est-ce parce qu’il est lui- même battu et abattu, soumis à un emploi qui réduit la plupart de ses capacités, l’aliène, l’insécurise, et qu’il déplace cette folie qu’il subit en violence agie sur ses proches femme ou enfant ?

Réparer la société française, ce pourrait être d’abord : libérer les gens de leur souffrance existentielle liée à l’emploi en faisant que le travail imposé redevienne un des moyens de se réaliser sur cette terre, de jouer au mieux sa partition de l’existence grâce à la justice et au respect. Seule la justice peut désamorcer nos colères et nos violences ; nos peurs également. Comment la recréer, dans ce monde gouverné par les rapports dominant-dominés et asservi « au dieu fric » ? Une des pistes serait d’instaurer un revenu de base pour tous et, dans un premier temps, avant que cela soit réalisable, d’indiquer ce cap éthique et cette volonté révolutionnaire afin que toutes nos forces s’orientent en ce projet prioritaire. Un tel revenu universel ne doit pas être lié au travail comme vous l’avez fait avec votre « revenu universel d’activité » : cela détourne son sens éthique et trahit la philosophie qui l’inspire. Il doit être inconditionnel, seule façon de redonner une place à chacun dans la dignité, sa valeur humaine inconditionnelle étant ainsi d’emblée reconnue dès qu’il existe, qu’il ait un emploi lucratif ou pas. Notre condition de vivant mortel aux prises avec les dualités et l’imperfection nous oblige à nous gouverner dans le sens de la justice et du respect : c’est là un travail incessant à effectuer sa vie durant, du matin au soir. Il consiste à ne pas laisser régner ses parties primaires pour mieux se comporter de façon évoluée. Une telle volonté auto-éducative d’élévation constante oblige chacun à un devoir: il consiste à se surveiller en permanence pour se reprendre sur la pente du mal d’égoïsme et d’omnipotence, s’empêchant ainsi d’être abusif, intolérant, irrespectueux, injuste, violent. A. Camus nommait cela : « faire son métier d’homme ». Pour le faire bien, quoi de mieux que cette idée d’un revenu de base, lequel est à même de nous donner un surcroît de courage et de force grâce à cette puissance de solidarité qu’il institue. Suffisamment sécurisé pour aborder le quotidien dans les meilleures conditions, chacun peut alors faire au mieux son métier d’humain. Et évidemment, cette redistribution des richesses redonnant liberté et dignité à l’individu désamorcerait la plupart de ses colères et de ses violences. Le rêve, pour vous, aujourd’hui !

Vous allez sans doute rétorquer que ces belles valeurs morales ne sont pas réalistes, impossibles sur le plan économique. Est-ce que vous avez fait l’addition de ce que coûte toute cette casse sociale et toute cette violence qui rend malade de différentes façons la plupart de nos contemporains ? Et cette immense souffrance morale à soulager en priorité ne devrait pas avoir de prix ! Elle devrait être notre premier souci, l’économie devant servir l’homme et non l’inverse.

Afin de rendre ce projet réaliste, différents montages économiques ont déjà été faits pour mesurer ce que coûterait cette mesure révolutionnaire. Je vous renvoie donc à tous ces travaux. Mais pour que vous fassiez ce pas, en premier lieu il vous faut révolutionner votre vison subjective, considérer d’autre vies que la vôtre, devenir non plus « le président des riches » mais celui de la dignité humaine retrouvée, pas celui qui sans honte a osé dire cette phrase à considérer avec le regard d’Albert Camus: « Il y a ceux qui réussissent, et ceux qui ne sont rien ». Vaste programme !

Un revenu de base pour tous est une solution, un excellent moyen de réparer les injustices qui affectent le plus grand nombre. A vous et vos équipes d’en trouver d’autres qui puissent redonner reconnaissance et dignité à la personne en la libérant de ces assujettissements qui ne sont pas une fatalité et la rendent malade, incapable aussi de faire son métier d’humain.

Ce parlé vrai vous bouscule peut-être. Je l’ai fait sciemment, par respect, en espérant toucher vos parties les plus évoluées pour qu’elles vous gouvernent mieux.

Veuillez croire, Monsieur, en ma considération distinguée.

Sylvie Portnoy Lanzenberg

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Pour assurer nos retraites, soyons réalistes assurons l’existence !

 

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Entrer unManifestation unitaire interprofessionnelle contre la réforme des retraites en mars 2019.© Vincent Isore / MAXPPP / IP3 PRESS/MAXPPPe légende

 

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Ce 5 décembre 2019 marque le début d’un mouvement de colère contre la réforme du gouvernement pilotée par Jean Paul Delevoye qui, sous couvert de simplification et d’une meilleure lisibilité du système, vise à rogner encore un peu plus les droits acquis au fil des luttes du mouvement ouvrier. L’objectif principal de cette réforme est  de tendre vers un régime universel de retraite dont la pension sera calculée sur la base de l’accumulation de points tout au long de la carrière professionnelle ( 10 euros cotisés donnant 1 point ). La valeur de ce point à la date courante de la liquidation de la retraite ( fixé à 0,55 € /an en 2025 ) sera ajustée ensuite par le gouvernement en fonction de la situation économique du pays et du bilan du régime de retraite. Le taux de cotisation pour les salariés serait de 28,12 % du salaire brut (16,87 % employeurs -11,25 % employés).  Cette réforme  vise d’une part à permettre à l’État de mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien  et d’autre part, avec le pilotage par la valeur du point , au fil des ans et suivant la conjoncture économique, à faire  des économies sur le dos des salariés. Comme pour la réforme de l’assurance chômage, ce sont les travailleurs précaires qui en paieront un lourd tribu.

L’objectif est aussi de gommer la notion d’appartenance à une branche professionnelle pour aller vers une plus grande individualisation du système. Chacun par son parcours professionnel serait ainsi seul responsable du montant de sa retraite. Si celui-ci est faible il ne faudra s’en prendre qu’à soi-même et non pas au système.

A ce jour on ne connait pas avec précision les contours de la réforme mais on sait combien elle peut être néfaste pour une très grande majorité de salariés. On sait aussi qu’augmenter les salaires et assurer la parité de la fiche paie   entre les hommes et les femmes permettrait d’équilibrer les régimes actuels. Mais pour de plus en plus de salariés , d’auto-entrepreneurs, de paysans, de travailleurs pauvres, à temps partiel contraint, pour beaucoup trop de mères qui ont dû interrompre leur carrière,  cela ne suffira pas  à garantir une retraite décente. Il est temps d’assurer l’existence en toute circonstance, de la naissance à la fin de vie, par un revenu dissocié de l’emploi et financé par la solidarité nationale.

I . LA RETRAITE A POINTS :   INDIVIDUALISATION VERSUS SOLIDARITÉ.

Le gouvernement, pour faire passer sa réforme,  présente les régimes spéciaux de retraite de la SNCF ou de la RATP comme la cause des déficits et jette en pâture à l’opinion publique les cheminots et les traminots comme des privilégiés. Si déficit de ces régimes il y a, il est de la seule responsabilité des gouvernements successifs qui n’ont eu de cesse que de démanteler ces services publics et de diminuer drastiquement le nombre d’actifs et donc de cotisants.

  • Pendant que l’on montre du doigt le cheminot on cache le régime très spécial des cadres dirigeants aux revenus très élevés. Si pour tout à chacun le taux de cotisation sera de 28,12 % , à partir de 10 000 € de revenus le taux passera à 2,8 %. Ainsi avec un revenu de 100 000 € par mois la cotisation globale sera de 5,3 % . L’argument officiel est imparable: le montant de la retraite étant plafonné il n’est pas normal de contribuer davantage au delà d’un certain seuil, le principe de l’individualisation du système prévalant. Avec cette réduction sur les cotisations les plus aisés pourront financer une retraite par capitalisation. Ainsi pendant que les riches feront sécession, les plus démunis devraient être les seuls à supporter le poids de la solidarité.
  • Elle est où  la solidarité quand un cadre supérieur a une espérance de retraite de l’ordre de 15 ans alors que l’ouvrier métallurgiste , travailleur de nuit, ne profitera de retraite que pendant moins de 5 ans ?
  • Elle est où la justice sociale  quand une personne bien née, diplômée d’une grande école , cadre supérieur avec un bon salaire du début de carrière à la fin,  pourra cumulé suffisamment de points pour une bonne retraite, alors que son collège devra se contenter d’une pension bien inférieure, à cause  d’ un début de carrière difficile, car titulaire d’un C.A.P., payé au  SMIC, et qui, par son travail et les compétences acquises au fil du temps, a  réussi à occuper le même type de poste, dix ans avant son départ à la retraite ?
  • Elle est où la parité quand un couple avec 3 enfants bénéficiera  de 15% de majoration de retraite au choix du bénéficiaire au lieu de 10 % à chacun des parents et de 8 trimestres par enfant pour la mère ? Si l’homme gagne 2 fois plus que la femme , pour le budget du ménage, il sera certainement le bénéficiaire  des 15 % de majoration et en cas de divorce il en conservera l’ avantage.

Enfin on nous promet une retraite minimum de 1000 € mais on oublie de dire que ce minimum sera réservée aux carrières complètes ce qui en limite la portée. On oublie de dire aussi que pour les agriculteurs, les principaux bénéficiaires de cette mesure, leur cotisation va augmenter. Pour les mi-temps subis, les ruptures de carrière, il faudra se contenter du  minimum vieillesse (868€) dont le montant dépend des revenus du foyer et qui n’est qu’une avance consentie par la société, avance  prélevée ensuite sur l’héritage à venir. Voilà pourquoi aujourd’hui beaucoup ne demande pas l’ A.S.P.A.  pour ne pas, plus tard, devoir léser leurs enfants.

Avec la retraite à points du gouvernement , point de bonnes retraites !

SOYONS RÉALISTES ASSURONS L’EXISTENCE !

La cause du déficit à venir des divers régimes de retraite est dû fondamentalement à la remise en cause de la centralité du salariat dans la distribution des richesses.

L’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais comment répartir mieux la richesse créée.

Avec la mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, au nom de la compétitivité, la pression sur les salaires s’est accentuée. Avec un outil de production de plus en plus sophistiqué qui exige de plus en plus d’investissements financiers, pour attirer les capitaux, les dividendes ont explosé. En 40 ans, 10% de la valeur ajoutée a migré de la rémunération du travail vers celle du capital et la part des dividendes dans la valeur ajoutée a plus que triplé.

Le progrès technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Au contraire, Bernard Stiegler, philosophe, décrit la disruption comme un phénomène d’accélération de l’innovation qui va plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce qui a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, les GAFAM, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs publics impuissants. C’est l’«ubérisation» de l’économie où les employés ne sont ni des autoentrepreneurs qui peuvent fixer librement le prix de leur prestation, ni des salariés qui cotisent pour leur retraites.

Avec la dévalorisation et la déréglementation du travail, les cotisations sociales adossées aux  salaires ne suffisent plus à financer notre système de sécurité sociale et donc nos retraites.

Face à cette crise structurelle qui voit le salariat mis à mal une alternative existe : Allouer de manière universelle et inconditionnelle un revenu d’existence, dissocié de l’emploi, pour assurer en toute circonstance, de la naissance à la mort une vie digne. Allocation financée non seulement par les revenus d’activité mais aussi par  le capital privé (le patrimoine net ) et le capital productif ( les machines, robots, etc..) qui crée de plus en plus de valeur sans contribuer à la solidarité.  Si jusqu’à présent le travail  pouvait permettre  de produire les conditions matérielles d’existence, se nourrir et se loger correctement, et  de se produire, de se réaliser et de s’épanouir  dans un environnement social, aujourd’hui, pour beaucoup, ce n’est plus le cas. L’impérieuse nécessité de gagner sa vie impose d’accepter trop souvent un emploi précaire, pénible, qui ne permet ni de se réaliser professionnellement ni d’assurer son avenir.

Avec les principes de solidarité et d’universalité – Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble des membres de la communauté pour se nourrir et  se loger dignement –  il est possible de distribuer un revenu de base  d’un montant suffisant (jamais de revenu individuel par unité de consommation < 1030€) pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées financées par le budget de l’État . ( Lire :Et pour vous qu’est-ce que ça changerait un revenu de base? )

Cette allocation universelle d’existence de  l’ordre de 1000 € serait du même ordre que le minimum vieillesse proposé dans la réforme, mais il existe trois différences majeures:

  • elle est cumulable avec d’autres revenus ( pensions , revenus du patrimoine.)
  • elle est individuelle. Ainsi quels que soient les revenus du conjoint éventuel, chacun dans un couple est assuré de percevoir au minimum ce montant.
  • Elle n’aliène pas le patrimoine de l’assuré.

QUEL RÉGIME DE RETRAITE CONSERVER ?

La dissociation entre revenu d’existence et pension de retraite d’activité permet d’unifier le système actuel autour du régime de base de la Sécurité sociale,  financé par la répartition des cotisations des actifs. Si aujourd’hui le système de retraite repose sur deux piliers : le régime général et le régime des retraites complémentaires (ARCCO et AGIRC ) , avec cette allocation d’existence seul  le régime général par répartition des cotisations suffirait à  assurer un complément de  pension, fruit de  son travail.

Ainsi avec par exemple une cotisation de 20 % ( 10 % employeur-10 % salariés ) sur tous les salaires permettrait d’assurer une retraite de 50 % d’un salaire brut de référence. (aujourd’hui les taux sont de 6,9 % pour la part salariale et 8,55 % pour la part patronale jusqu’au plafond de 3377 € )

Le tableau ci-dessous permet une comparaison entre le système actuel et celui avec un revenu de base de 1030€ et une retraite à 50 % des revenus  brut d’activité.

COMPARAISON RETRAITES

Note:

  • la pension moyenne brut en France est environ de 1500 €. ( 1900 € pour les hommes-1100 € pour les femmes ) ( lien)
  • Dans la proposition avec un revenu de base, la CSG et la cotisation mutuelle seraient remplacées par une cotisation à l’assurance maladie de 20 %. Le taux de financement du revenu de base , CRB, serait progressif jusqu’à 30 % à partir d’un montant brut de 2000€.

On constate :

  • Le revenu plancher est égal au revenu de base égal au seuil de pauvreté . Ce revenu individuel sera pour un couple 2 fois plus élevé.
  • Ce sont les travailleurs pauvres ( au SMIC ) qui auraient une retraite la plus revalorisée (73%).
  • Dans un couple avec un seul salaire pendant la vie active, le conjoint « sans profession » serait assuré d’une pension de 1030 € quel que soit le montant de la retraite du second conjoint.
  • Les couples avec des salaires très différents (par exemple 1500 € – 4000 €) auraient de meilleurs revenus.
  • Si les salaires  élevés, qui concernent moins de 10 % de l’ensemble, sont davantage mis à contribution, ce sont aussi les personnes qui ont le plus de chance d’avoir acquis un patrimoine et en particulier un logement pendant leur vie active.

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Il est aujourd’hui réaliste et urgent de renverser la table par une réforme systémique de notre sécurité sociale  car le corps social dans son ensemble est épuisé après des décennies de politiques libérales.  Son intégrité est en danger. La précarité touche de plus en plus de membres: la jeunesse, les chômeurs, ceux qui doivent se contenter des minima sociaux, les travailleurs pauvres, les retraités. Au total ce sont plus de 9,4 millions de personnes (taux de pauvreté :14 %) qui vivent avec moins de 1000 € par mois.  Il est vain de continuer avec des politiques curatives qui se limitent à poser  des sparadraps   sur ces blessures infligées au fil du temps. Le mal est plus profond. Il faut revoir tous les canaux de distribution et redistribution de la richesse pour alimenter tous les membres du corps social. A nous d’imaginer une alternative visant une protection sociale juste et solidaire tout au long de la vie qui garantisse en toute circonstance, de la naissance à la mort, le droit universel à une vie digne.

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Du mal nommé R.U.A. vers un revenu de base vraiment universel, véritable clé de voute de la protection sociale.

Ce texte complète la proposition faite sur le site du gouvernement concernant le projet de « Revenu Universel d’Activité »  qui n’est ni un revenu universel ( alloué à tous et toutes sans condition )  ni un revenu d’activité ( un salaire ou la rémunération d’une prestation) puisque les personnes concernées sont sans emploi et en fin de droit. Alors pour remettre à l’endroit ce qui est à l’envers, suivez le lien et votez pour :

un revenu de base VRAIMENT universel.

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revenu de base 1

 

« Un revenu non pas pour exister, mais parce qu’on existe. »

Les mots du prix Nobel d’économie britannique James Meade résument ce que doit être un revenu de base qui ne peut être qu’universel, c’est à dire versé à tous les membres de la communauté sans condition.

Or parce qu’il existe, tout être humain a besoin,  outre l’accès à  l’instruction et aux soins, d’assurer quotidiennement le couvert et le logis dans des conditions satisfaisantes pour lui et pour toute sa famille. Ces deux dernières nécessités sont, jusqu’à présent, conditionnées au droit à un emploi correctement rémunéré.

Le mouvement des gilets jaunes a révélé la détresse de millions de personnes, chômeurs, travailleurs pauvres, artisans, paysans, mères célibataires, jeunes sans ressources qui, avec ou sans travail, n’arrivent plus à vivre décemment dans une société où la richesse produite n’a jamais été aussi grande.

L’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais comment répartir mieux la richesse créée.

  1. COMMENT ASSURER EN TOUTE CIRCONSTANCE LES CONDITIONS ELEMENTAIRES D’EXISTENCE DANS UN MONDE OU LA DISTRIBUTION DE LA RICHESSE PAR LE TRAVAIL SE TARIT ?

Avec la mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, au nom de la compétitivité, la pression sur les salaires s’est accentuée. Avec un outil de production de plus en plus sophistiqué qui exige de plus en plus d’investissements financiers, pour attirer les capitaux, les dividendes ont explosé. En 40 ans, 10% de la valeur ajoutée a migré de la rémunération du travail vers celle du capital et la part des dividendes dans la valeur ajoutée a plus que triplé.

Le progrès technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Au contraire, Bernard Stiegler, philosophe, décrit la disruption comme un phénomène d’accélération de l’innovation qui va plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce qui a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, les GAFAM, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs publics impuissants. C’est l’«ubérisation» de l’économie….

  • où les employés ne sont ni des autoentrepreneurs qui peuvent fixer librement le prix de leur prestation, ni des salariés qui cotisent pour leur sécurité sociale, ce sont des zombis pour l‘entreprise,
  • où le consommateur est, malgré lui, un créateur de la valeur pour l‘entreprise,
  • où les bénéfices se moquent des frontières pour se réfugier dans des paradis fiscaux.

Avec la dévalorisation et la déréglementation du travail, les cotisations sociales adossées sur les salaires ne suffisent plus à financer notre système de sécurité sociale. L’État, avec la création de la C.S.G., qui est passé en moins de vingt ans de 1,3% à 9,7 % du salaire brut, se substitue au système de solidarité paritaire et en prend le contrôle.

Devant l’assèchement de la distribution de la richesse par le salaire, qui se traduit à la fois par l’augmentation du chômage, l’exclusion du système de production, la précarité dans l’emploi et de grandes inégalités, L’État a dû, au fil du temps, mettre en place un système de redistribution de la richesse.

 Par l’impôt on finance :

  • Des minima sociaux (RSA, ASPA, etc…)
  • Des aides aux familles qui s’ajoutent aux allocations familiales (Aides aux parents isolés, ARS, APL, bourses scolaires, etc…)
  • Des aides au travail pour le salarié (prime d’activité) et pour l’employeur (CICE, réduction Fillon, etc…).

Toutes ces aides absorbent largement le montant de l’impôt sur les revenus (I.R.) payé par moins de la moitié des foyers fiscaux et de ce qui reste de l’I.S.F. rebaptisé I.F.I. payé par seulement les gros propriétaires immobiliers.

Cette redistribution curative, à postériori, conditionnée, stigmatisante, familiarisée, si elle soulage et corrige partiellement les inégalités, elle ne réussit pas à s’attaquer aux causes de la pauvreté et laisse encore plus de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté dont 2 millions de travailleurs. Enfin elle divise la société en « sous citoyens », (les « ayant-droits », « le monde des assistés »), contributeurs (les classes moyennes) pendant qu’une petite minorité fait sécession à coup d’optimisation fiscale, ce qui induit ressentiment, méfiance et repli sur soi

Sans perdre de vue l’impérieuse nécessité de rééquilibrer en faveur du travail le partage de la valeur ajoutée, on peut dès à présent changer de pied en :

  • Substituant à la redistribution actuelle, organisée par l’État une redistribution universelle transformatrice, préventive et inclusive (Nancy Fraser), (1) administrée par une branche de la Sécurité sociale
  • Instaurant, pour améliorer la distribution de la richesse créée, une contribution à la solidarité nationale du capital productif (les machines qui remplacent de plus en plus les humains), comme le préconisait déjà Sismondi au début du XIX° siècle (2).

…avec l’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et individuel fondée sur deux principes et une condition :

  • Principe de solidarité : Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble des membres de la communauté pour se nourrir et  se loger dignement en toute circonstance,
  • Principe d’universalité : Tout le monde reçoit, tout le monde participe au financement. A revenu universel, contribution universelle. Contribution qui par rapport au système actuel ne sera pas plus lourde pour plus de 95 % des foyers fiscaux actuels.
  •  Enfin, ce revenu dissocié de l’emploi doit être d’un montant suffisant pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées financées par le budget de l’État (Jamais de revenu individuel par unité de consommation < 1030€).

2. DEFINITION

Le revenu d’existence est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué individuellement à tous les membres d’une communauté, de la naissance à la mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement, dans une société solidaire…pour assurer à chacun une existence digne en toute circonstance. ( Définition du Mouvement Français pour un Revenu de Base – M.F.R.B.)

En ce sens il ne fait qu’assurer les conditions élémentaires d’existence, définies par l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires »

 Ce nouveau droit social à une existence digne   ne doit pas être le fossoyeur de notre Sécurité sociale mise en place au sortir de la 2° guerre mondiale. Au contraire il complète et renforce ce système de sécurité sociale financé par la cotisation sur les salaires (assurance maladie, assurance chômage et système de retraite par répartition). Il prolonge le programme de la Sécurité sociale mise en place il y a 70 ans tel qu’énoncé dans l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. …Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation nationale d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d’un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité ; un tel résultat ne s’obtiendra qu’au prix de longues années d’efforts persévérants, mais ce qu’il est possible de faire aujourd’hui, c’est d’organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan. » 

3.   UN REVENU DE BASE RÉPARATEUR.

  • Par son montant il immunise le corps social contre la pauvreté. Tout au long de la vie jamais on ne se retrouve à devoir vivre avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Sont concernés :
    • Les travailleurs pauvres (tous les revenus du travail, allocations chômage, retraite, allocations de dépendance, AAH, s’ajoutent au revenu de base)
    • Les jeunes adultes célibataires sans travail, étudiants,
    • Les familles monoparentales, mères célibataires, enfants de familles pauvres.
    • Les personnes âgées, quel que soit leur parcours de vie, elles sont assurées d’un minimum vital de 1030 €.
  • D’un montant suffisant, il se substitue à toutes les aides de lutte contre la précarité, financées par l’impôt (minima sociaux, aides aux familles, aides aux travail) qui fabriquent de véritables citoyens de seconde zone.
  • Il complète et renforce le système de la sécurité sociale qui assure un accès aux soins par l’assurance maladie, une retraite et des allocations chômage où chacun contribue par la cotisation sur ses revenus d’activité.
  • Il complète et renforce les indemnités de compensation dues à un handicap, une invalidité ou une dépendance (AAH, aides à la dépendance).

Il doit enfin aussi permettre une meilleure répartition de la richesse dans le partage de la valeur ajoutée. Ainsi un transfert d’une part des cotisations sur les salaires vers la rémunération du capital productif (l’excédent brut d’exploitation : EBE) permet de mettre aussi à contribution, dans le financement du revenu de base, les machines qui se substituent de plus en plus au travail humain.

Ainsi son financement est assuré par :

  • Une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,
  • Une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.
  • Une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile.

Une fois corrigées les failles du système actuel dans la répartition de la richesse, d’autres moyens de financement peuvent venir compléter ce dispositif original sans en altérer la philosophie générale :

  • La création monétaire, avec la distribution d’un revenu d’existence en monnaie libre pour donner à chacun le pouvoir de créer la monnaie nécessaire aux échanges. C’est un revenu primaire distribué tout au long de la vie et dans l’ensemble de l’espace.
  • Les monnaies locales.
  • Une taxe sur les transactions monétaires et/ou marchandes,
  • Une TVA sociale,
  • La gratuité de services ( transport, eau, énergie).

« il s’agit de construire un État social qui mise intelligemment sur l’épanouissement du capital humain plutôt que sur l’astreinte d’un emploi non choisi ». Philippe Van Parijs, philosophe, fondateur du B.I.E.N ( Basic Income Earth Network )

4. UN REVENU DE BASE ÉMANCIPATEUR.

Cette allocation universelle d’existence dissocié de l’emploi, doit permettre de répondre aux mutations en cours dans le monde du travail et de la production de biens et services comme aux défis environnementaux à surmonter dans les années à venir.

  • En dissociant revenu et emploi, le revenu de base doit permettre d’aller vers « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz. On ouvre la voie vers la réduction du temps de travail, individuellement et collectivement, pour un meilleur partage des emplois. Il permet ainsi de lutter efficacement contre le chômage et de libérer le travail d’un emploi de survie.
  • Il contribue ainsi à soustraire l’individu de tâches pénibles, d’emplois inutiles et d’activités nocives pour l’environnement et la santé.
  • Sans être conditionné à la recherche d’un emploi, il encourage à la reprise d’une activité choisie dont les revenus s’ajoutent à ce revenu de base.
  • Il viabilise et valorise l’agriculture paysanne, les commerces de proximité, l’artisanat local, les activités culturelles et la création artistique, les métiers de l’accompagnement et de l’aide à la personne.
  • La formation, le changement de métier, les ruptures dans une carrière professionnelle, l’intermittence, la mobilité, peuvent être envisagés plus sereinement.
  • Il valorise les activités non marchandes, familiales ou sociales et autorise l’implication dans la vie de la cité. L’investissement humain dans le champ social régénèrera l’ensemble de la société.
  • Les enfants et les jeunes adultes disposent des mêmes atouts quelle que soit leur origine familiale. Avec ce revenu d’existence ils peuvent choisir de construire leur avenir en se donnant le temps et les moyens de révéler leur propre potentiel par une formation choisie.
  • En donnant de l’assurance et de la sécurité, le revenu de base libère l’individu du stress du lendemain, de l’insécurité, de l’usage de psychotropes, drogues et autres produits, allégeant du même coup les dépenses sociales des organismes publiques et le déficit budgétaire de l’État. Avec la diminution du chômage, l’augmentation de l’activité et l’accroissement des richesses créées individuellement, il ne fait aucun doute que l’ensemble des institutions publiques en seront bénéficiaires. Ainsi ce revenu de base permettra à terme de réduire les dépenses publiques dues aux dégâts humains et sociaux du système actuel.
  • Le revenu, comme la contribution, sont individuels, libérant ainsi la personne de toute contingence familiale. Il permet ainsi de dire non, non à des conditions dégradantes que ce soit dans le cadre de la vie privée ou dans celui de l’entreprise.
  • Quand tout le monde contribue de manière simple par un effort progressif en fonction de ses revenus et de son patrimoine, sans exception, à l’allocation de ce véritable dividende universel la cohésion de la société en est renforcée. C’est la fin des exemptions catégorielles, des ayant-droits, des niches fiscales qui divisent la société et font que « le coût des autres» l’emporte sur l’empathie. Le consentement au financement de ce droit universel est plus facilement accepté. Le flux des plus riches vers les plus démunis ne dépend que du niveau des inégalités dans la société.
  • Quand la vie n’est plus soumise au chantage de l’emploi,le revenu de base permet enfin de se libérer d’une économie productiviste. Face aux défis environnementaux, il permet à chacun, individuellement, de faire les bons choix pour la collectivité, tant dans son rôle de producteur comme celui de consommateur, étant assuré, qu’en toute circonstance, il disposera du nécessaire grâce à la solidarité de l’ensemble des membres de la communauté. Ainsi Il est possible d’envisager plus sereinement la transition écologique vers un monde plus frugal, à la fois respectueux des êtres humains comme de l’environnement et des ressources terrestres.

Depuis le 19 ° siècle, avec l’école laïque gratuite, tout être humain a droit à l’instruction, droit universel, inconditionnel et individuel,

Depuis le 20 ° siècle, avec l’assurance maladie c’est l’accès gratuit aux soins médicaux pour tous et toutes, droit universel, inconditionnel et individuel

Au 21° siècle, il est temps d’assurer une extension de ces droits par une véritable sécurité sociale tout au long de la vie qui permette de se libérer définitivement de la pauvreté et de s’individuer.

Nous avons mille fois plus de moyens qu’au sortir de la 2nde guerre mondiale. A nous, tous ensemble, de relever ce défi pour l’émancipation et l’épanouissement de l’être humain !

« Pour avancer, une société a besoin de rêves, pas de cauchemars. Or, quand on regarde autour de nous, on constate que ces rêves n’arrivent pas à émerger » Rutger Bregman, auteur du livre « Utopies réalistes ».

Il est de notre devoir de faire de nos rêves une réalité, nous en avons les moyens.

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NOTES :

(1) Comme l’écrit Nancy Fraser dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » :

  • « Les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. Les remèdes transformateurs, pour leur part visent les causes profondes. »
  • (…) « Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, en revanche, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

(2)  D’après la thèse de Jean de Sismondi, (1773- 1842) l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. Sismondi considère que l’inégal partage des richesses est doublement néfaste : c’est injuste et cela provoque des crises de surproduction. Il pense alors à faire augmenter les salaires grâce aux surprofits que crée la machine qui remplace l’ouvrier, en réduisant le temps de travail et en interdisant le travail des enfants. Il aimerait aussi que l’entreprise prenne en charge les périodes de maladie et de vieillesse des ouvriers.  (Wikipédia).

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5. UNE PROPOSITION :

 

RU 860

LES MONTANTS MOBILISES

 

Avec un financement ainsi défini :

  • Cotisation sur les revenus d’activité : 30 % en moyenne
    • De 0 à 30% pour les revenus d’activité , salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 30 % pour un SB > 2000 €,
    • 40 % sur (SB – 5 000 €) pour les salaires bruts supérieurs à 5 000 €,
  • Cotisation sur les revenus du patrimoine financier :
    • De 0 à 30 % pour les revenus globaux (activité + patrimoine) compris entre 0 et 2000 €
    • 30 % pour des revenus globaux > 2000 €,
  • Taxe sur les actifs nets : 2% en moyenne
    • De 0 à 2 % par an de la valeur nette du patrimoine ( valeur – capital dû)  pour les revenus compris entre 0 et 2000 €
    • 2 % pour les patrimoines nets < 2 000 000 €
    • 2,5 % pour les patrimoines > 2 000 000 €
  • Cotisation sur l’E.B.E. :
    • 15 % de l’E.B.E. qui se substitue au 5,25 % sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutiles grâce au revenu de base enfant.

Ainsi qu’un système de cotisations modifié qui assure l’autonomie et la pérennité de l’assurance maladie, des retraites par répartition et de l’assurance chômage qui intègre l’allocation du revenu de base.

  • Assurance maladie :
    • 20 % (5% salariés, 15 % employeurs) sur le salaire brut au lieu de 13% employeurs, ce qui permet de supprimer la CSG et la CRDS ( 9,7 % S.B.).
    • 20 % sur les retraites qui se substitue à la CSG et aux cotisations mutuelles.
  • Assurance chômage et formation : 9 % sur l’E.B.E. au lieu de 6 % sur le salaire brut.
  • Assurance retraite : 20 % du salaire brut (10 % salariés, 10 % employeurs) au lieu de 36 % (retraite SS + complémentaire) qui assure une retraite par répartition dont la pension se cumule avec un revenu de base de 1030 € à partir de 62 ans.

Au total les cotisations salarié, avec la CSG et CRDS, passent de 22 % à 15 %, les cotisations employeurs de 45,3 % à 25 % du salaire brut et 24 % sur l’EBE (9+15 %).

Le transfert d’une partie des cotisations du salaire sur l’excédent brut d’exploitation (E.B.E.) permet de compenser les allègements de cotisations pour les entreprises à taux de marge faible.

COTISATIONS

6 CONSEQUENCES SUR LA REDISTRIBUTION DE LA RICHESSE

6.1. Distribution actuelle des revenus

(Après impôts et aides sociales par unité de consommation)

DISTRIBUTION

6.2. Tableau comparatif avant et après redistribution avec un revenu de base de 860 €

On note :

  • Que pour 95 % des situation la comparaison est favorable.
  • Que 100 % de la population est au-dessus du seuil de pauvreté (1040 €)
  • Que les populations modestes et médianes sont aussi bénéficiaires dans cette redistribution universelle.
  • Que le bilan global est équilibré. ( +22,07 € / U.C.)

 

COMPARAISON

 

 

 

 

 

 

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Pour plus d’information, voir le diaporama

PRESENTATION RB NOV 19 ( 860€ )

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