Le revenu de base vu par Zygmunt Bauman dans « Retrotopia » ( 1)

Résultat de recherche d'images pour "retrotopia"

( 1) Retrotopia – Zygmunt Bauman – Editions Premier Parallèle 2019. Traduit de l’anglais par Frédéric Joly – Recension par mon ami Alain Véronèse du MFRB

Zygmunt Bauman (1925, 2017) sociologue, de double nationalité britannique et polonaise , de tendance marxiste est surtout connu en France pour son ouvrage La vie liquide, livre dont les analyses lucides et inquiètes ont retenus l’attention d’un large public. Peu avant de mourir, il participa au collectif L’âge de la régression que l’on peut lire en Folio (2018).

 

Également en deuxième partie de cet article : « Retrotopia, qu’est-ce à dire ? », les craintes de Bauman examinant les dérégulations capitalistes.

Dans Retrotopia il examine longuement la question du revenu de base, avec une logique d’argumentation efficace. La présentation ci-dessous reste focalisée sur cette argumentation favorable au revenu de base, combinant raison et séduction, le texte de 25 pages environ, pourrait (devrait ?) emplir la besace argumentative, politique de tous ceux qui sont convaincus de l’utilité du revenu de base, les convaincus gagneront en devenant plus convaincants… Tout en restant ouverts aux critiques constructives, bien sûr.

Bauman commence son examen de l’utilité tant économique que fortement politique du revenu de base en s’appuyant sur un livre de Daniel Raventos Basic income. The material conditions of freedom (traduit de l’espagnol vers l’anglais par Julie Wark), Pluto press, 2007.)

« Daniel Raventos […] considère qu’un « revenu de base » est la pierre angulaire de toute société égalitaire à venir. Le livre de Raventos témoigne d’une intention de renouer avec les idéaux qui, tout au long des décennies allaient être systématiquement abandonnés et quasi oubliés » [Bauman se réfère aux valeurs de l’État Providence et aux conceptions d’un libéralisme aujourd’hui disparu].

Les idéaux aujourd’hui « oubliés » ou niés, sont ceux du rapport Beveridge (…) William Beveridge, n’était ni socialiste ni conservateur, plutôt libéral au sens de défenseur d’une liberté individuelle inaliénable.

Et, suivant les préceptes de l’idéologie libérale, la liberté individuelle est non seulement une valeur suprême et une exigence radicale, mais aussi l’objectif prioritaire (et même un méta-objectif) de toute pratique politique, une telle valeur ne pouvait être correctement portée qu’à condition que soient remplies les conditions matérielles de la liberté. » D’où l’accès impératif à un revenu permettant une vie décente. Cet objectif : liberté réelle avec les conditions économiques qui la rende effectivement possible était contenue et actée dans la volonté politique de Beveridge et ses alliés libéraux de l’époque. Le libéralisme d’aujourd’hui est bien moins généreux.

De façon paradoxale,c’est chez les libéraux d’hier que l’on trouve des arguments pour le revenu de base d’aujourd’hui. Précision : il s’agissait pour Beveridge d’assurer un revenu décent à toute la population, ce n’est pas exactement le revenu de base du MFRB, ce serait plutôt une étape intermédiaire…

Phillip Van Parijs, l’un des théoriciens majeurs du revenu de base est également cité par Bauman :

What Wrong with a free lunch, publié en 2001. Ce livre et les suivants (1) sont des argumentaires en faveur d’une liberté réelle, qui pour s’actualiser exige l’accès à une aisance économique réelle.

La disparition du travail…

Dans L’âge de la régression, livre qui contient une contribution de Bauman, Paul Mason, longuement cité dans Retrotopia, rappelle que l’idée d’un revenu de base est un moyen d’atténuer les inégalités, mais plus encore le revenu de base est une solution à un problème bien plus vaste: la disparition du travail lui même. L’utopie fondée sur le travail est en voie de disparition (André Gorz.)

Paul Mason de continuer :

« Nous savons désormais qu’au fil des deux décennies à venir, 47 % des emplois aux Etats-Unis seront menacés de disparition par l’automatisation (Oxford, Martin School, 2013) et que 140 millions de travailleurs relevant de l’économie de la connaissance courent le même risque  (Mc Kinsey, Global Institute). Ce qui distingue l’automatisation des précédents vagues de destruction d’emplois : alors que celles-ci n’avaient pas en leur temps empêché la création de nouveaux emplois de qualité,ni l’apparition d’une culture consumériste soutenue par de plus hauts revenus, l’automatisation elle réduit le besoin de postes de travail sans nécessairement en créer d’autres.  »

Bauman en accord avec Mason (et d’autres) «  exige la suppression de toute enquête sur les revenus et que soit mis un terme au lien de conditionnalité entre le droit a des aides sociales et l’existence de rémunération régulière, c‘est rompre radicalement avec la mentalité qui donna naissance aux maisons pour pauvres et autres maisons de travail pour pauvres que les schémas anciens/nouveaux – qui se pressent d’imposer enquêtes de revenus et obligation de travailler – ont vite fait de remette à l’ordre du jour.  » Donc, l’accès à un revenu devrait être inconditionnel et individuel.

La ruse de la raison libérale (capitaliste) c’est d’obliger – sous peine de sanctions, notamment financières à chercher ce que les entrepreneurs bien avisés n’ont cesse de faire disparaître chaque jour: les emplois… la dernière réforme de l’Unédic est sur ce point exemplaire.

La question fondamentale que fait surgir la production cybernétique a été abordée plusieurs fois sur ce blog (2). La disparition du travail, sa raréfaction plus exactement, est un fait difficilement contestable, après avoir été constatée et admise, le revenu de base, serait oui, condition d’une plus grande liberté accessible .

Mais, curieusement, chez Bauman, comme chez Mason,… il n’est pas associé à une nécessaire, importante réduction du temps de travail. Nous voyons mal comme fonctionnerait une société où, mettons 40 % de la « population active-inactive » (au sens économique du terme) vivrait chichement d’un revenu de base, alors que les sur-actifs seraient menacés d’un « burn-out » quotidien…

Importantes questions théoriques.

Claus Offe [l’un des contributeurs de L’âge de la régression, op.cité] ne fait rien de moins qu’inviter la théorie de Van Parijs à proposer – comme tout théorie digne de ce nom devrait le faire – «une théorie » d’elle même.

Bauman de continuer : « Le théoricien se doit de répondre, entre autres, à la question suivante : pourquoi donc tant de gens s’opposent à ma théorie ? C’est la une question sérieuse – peut-être la plus sérieuse de toutes – qui exige de se voir apporter une réponse. La première réponse généralement donnée à cette question est la suivante : ce serait la peur causée par une anticipation de la liberté à venir qui viendrait entraver la mise en œuvre d’un tel projet. »

Peur de la liberté ? Il est vrai que dans un monde où seraient élargis les espaces de libertés, le mode d’emploi (de la vie sans emploi…ou presque), ne serait plus hétéro déterminé (dans le langage d’André Gorz), mais le nouvel usage du temps serait de la responsabilité de toutes et de chacun. Cette liberté sans bornes à priori, peut, il est vrai être source que quelques angoisses.

En d’autres termes par Bauman, citant Offe de nouveau : « qui pourrait légitimement craindre une telle liberté ? Pour quelles raisons ? Et que pourrait-il craindre exactement? Offe place les employeurs en première position de la liste de ceux qui pourraient craindre la mise en œuvre d’un tel projet, et ce pour deux raisons : tout d’abord, ils craindraient que « leur contrôle sur les travailleurs en soit affaibli, ceux-ci disposant dès lors de la possibilité de démissionner sans courir trop de risques à la clef, enfin, ils craindraient qu’un tel projet entraîne un taux d’imposition élevé et un tassement de l’échelle du revenu net. » Ces peurs, et d’autres apparues dans divers milieux doivent être prises au sérieux.

Sur le versant positif – pour les salariés : « l’élimination des postes particulièrement détestables ».

Qui regrettera la disparition de boulots carrément dégueux ?! Pour cette raison supplémentaire : le revenu universel (de base) doit être en son principe même continué à être défendu car « la vitalité de ce projet de revenu universel peut-être représenté comme l’un des ingrédients essentiels d’une « utopie réaliste ». (3).

Alain Véronèse.

Juillet 2019.

________________________

Notes:

1 – De Phillippe Van Parijs et Yannick Vanderborght, une parution récente (2019), véritable encyclopédie sur le revenu de base : Le revenu de base. Une proposition radicale. Ed. La découverte.

2 – Lire par exemple : La production cybernétique.

3 – Utopies réalistes, éditions du Seuil , 2017 le livre de Rutger Bregman est plusieurs fois positivement cité. Lire une présentation de ce livre sur ce blog par Guy Valette. Sous-titre de l’édition anglaise ; « Un plaidoyer en faveur d’un revenu de base universel, de l’ouverture des frontières et de la semaine de travail de quinze heures ».

________________________

Retrotopia, qu’est-ce à dire ?

Le titre exprime une crainte, celle d’une régression vers une invivable société où l’homme serait redevenu un loup pour l’homme. Le chapitre « Retour à Hobbes ?«  (p. 27, 75), nous décrit un retour à l’insécurité, retour au réconfort de la tribu, aux inégalités accentuées. Le rétro de « retrotopia », c’est pour Bauman une régression sociétale et politique.

L’effondrement de l’Etat-Providence marque l’avènement ( ou le retour?) de l’homo œconomicus, calculateur rationnel, égoïste nécessairement. Le narcissisme féroce du capitalisme déchaîné (seul compte le profit, l’argent n’a pas d’odeur…), instaure une impitoyable compétition de tous contre tous.

Le Léviathan de Hobbes, c’est l’instance, l’État qui peut avec le monopole de la violence légale et légitime, instaurer une relative pacification sociale, une sécurité permettent une vie délivrée de la crainte des voisins.

Ce qu’observe Bauman c’est une régression vers des sociétés a-sociale, «pré-hobbesiennes», avec un Léviathan de puissance fort amoindrie.

« Nous le sentons (même si nous ne pouvons mettre un terme à ce sentiment), notre monde – monde de l’affaissement des liens sociaux, monde de la dérégulation et de l’atomisation des structures jadis conçues sur le mode politique […] est de nouveau un théâtre de guerre : une guerre de tous contre tous […]. »

Nous sommes en effet revenu au monde d’avant le Léviathan de Hobbes.

Le cynisme froid, le « tatchérisme » assumé de Monsieur Emmanuel Macron, est bien un signe d’époque.

Le topos rétrograde du capitalisme déchaîné (stricto-sensu), c’est la menace dont Rétrotopia nous avertit.

L’instauration d’un revenu de base universel (l’utopie réaliste de Bauman et de Bregman) pourrait indiquer un autre itinéraire. Nécessaire.

A.V.

Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Revenu de base, le nouveau pilier de la Sécurité sociale. Diaporama

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Le Revenu de base, des auteurs contre, des auteurs pour.

Résultat de recherche d'images pour "bullshits jobs livre"

Alain Véronèse,  Mars 2019

Des livres et des idées

Le revenu de base, sous différents noms, nourrit fort bien l’actualité éditoriale. Ci-dessous, trois recensions sur le thème. Un auteur français farouchement contre, un résident anarchiste en Grande Bretagne révolutionnairement pour, un américain (USA), futur candidat à l’élection présidentielle, prenant les dimensions des disruptions productives propose un revenu de base financé principalement par l’instauration d’une TVA, taxe qui n’existe pas aux USA. Arguments à considérer, ou a réfuter après documentation consistante.

1. LE REVENU DE BASE DOIT DEVENIR UN INTERDIT AUSSI FORT QUE L’INCESTE.

Fichtre ! Qu’est-ce titre dans un site dédié à la défense du revenu de base ? Guy Valette a-t-il perdu le nord ? Grosse fatigue pour cause de fréquentation immodérée du MFRB ? Non, lors de notre dernière entrevue il avait l’air dans son assiette.

Je peux donc, sans trop de risques, lui proposer une recension distancée du livre de Laurent Alexandre « La guerre des intelligences »(J.-C Lattès, 2018), un argumentaire transhumaniste favorable à « l’homme augmenté ». La guerre des intelligences est celle de l’intelligence humaine (non augmentée) et l’intelligence artificielle qui, en puissance, croit chaque jour. Le sapiens à l’ancienne ne pourra pas suivre le rythme du « progrès » en accélération constante.

Nonobstant l’émergence d’un élitisme assumé, le livre de Laurent Alexandre, parmi diverses thèses audacieusement « high-tech », procède à un démontage du revenu de base dont nous ne pouvons négliger les impacts sociaux et politiques. Quelques lignes ci-dessous comme exercice pour, en connaissance de cause, préparer une contre offensive.

Laurent Alexandre a ses entrées dans dans nombreux journaux, il dirige plusieurs sites médicaux sur internet. Un homme de grande influence qui au nombre de ses amis compte Jacques Attali et Emmanuel Macron, c’est dire l’envergure… Courage !

S’associant à nombre d’auteurs (1) diagnostiquant la réduction drastique du travail nécessaire dans une production largement automatisée, la disruption en gestation n’a pas encore délivrée toutes ses promesses, déployée toutes ses menaces, c’est selon…

La révolution numérique est présente dans de nombreuses pages. « Les premiers bousculés par ce raz-de-marée d’innovations sont ceux qui pratiquent des professions « ordinaires », qu’il s’agisse de conduire, de servir dans un restaurant ou donner des soins infirmiers. La technologie va, avec le temps réduire le nombre d’emplois. (p.135). Plus récemment encore, « Mark Zukerberg dans un discours devant les étudiants de Harvard a décrit les dizaines de milliers d’emplois que l’IA (Intelligence Artificielle) allait détruire (p. 145). Destructions massives des emplois, disruption accélérée… tendances lourdes, aujourd’hui amplement documentée (1).

Nonobstant, Laurent Alexandre est farouchement contre le revenu universel (ou de base) ce, avec des arguments dérangeants. Allons voir.

Le revenu universel doit devenir un interdit aussi fort que l’inceste.

Après une visite en Californie, l’auteur constate : « La Silicon Valley et l’ensemble de la côte ouest des Etats-Unis ont bien compris que nous traversons une révolution économique inédite. La plupart des milliardaires du numérique défendent désormais le revenu universel.[…] Compte tenu du risque de réduction rapide des emplois et de l’explosion du chômage, émerge la crainte d’une révolte populiste,voire d’une révolution modèle 1793 » (p. 143,145).

Le revenu universel serait alors conçu comme investissement sécuritaire : « Le RU serait une façon commode de confiner les dites masses dans le calme et l’apathie, laissant les meneurs du monde dans la quiétude de leur entre-soi. » (p.145).

On ne peut, même avec réticence, écarter totalement ce scénario d’un « meilleur de mondes », où un revenu minimum, distractions abondantes, popularisation d’un érotisme diffus, le tittytaiment de Zbigniew Brzezinski, permettrait aux « augmentés » de demain d’évoluer dans un monde à part, isolé, coupé des agitations molles de la plèbe subventionnée. Selon Laurent Alexandre, le RU serait une subvention canapé pour encourager à la somnolence désocialisée. C’est pour s’éloigner de cette tiédeur

quasi fœtale qu’il faut interdire fermement le revenu de base, « à proscrire comme l’inceste » et autres lâches tentations régressives.

Nous sommes ici fort loin d’André Gorz qui pensait les modalités du revenu de base comme un investissement pour encourager une politique inventive, générative, premiers jalons pour « Bâtir la civilisation du temps libéré » (éd. LLL, 2013).

Avec prudence, Laurent Alexandre concède qu’un RU temporaire pourrait permettre à certains de suivre une formation qui les rendent compatibles avec l’Intelligence Artificielle (IA), productifs comme auxiliaires de la robotique ? Il faut rester sur la brèche, monter au créneaux : « L’absence d’effort intellectuel dégrade rapidement la neuroplasticité » (p.147). Le RU comme subvention canapé – Alexandre est incapable d’imaginer autre chose que l’avachissement pour ceux qui seraient largement libérés de la contrainte d’avoir à travailler pour mériter de vivre. C’est, selon lui, la raison majeure pour laquelle « il faut faire du revenu universel un interdit aussi fort que l’inceste.» (p.149)

La neuroamélioration c’est l’avenir du (sur) homme.

L’homo-sapiens ordinaire, vous et moi, un quidam dépassé, franchement ringuard.  «C’est tôt, dès l’école primaire que la connaissance des caractéristiques génétiques des enfants permettra de paramétrer plus finement l’enseignement puisque notre façon d’apprendre dépend largement de notre ADN. Une révolution culturelle s’annonce pour les professeurs qui ne s’imaginaient pas un jour lire dans les cerveaux et le ADN des enfants » (p.163). Ébouriffant, non ?

Science fiction ou courte anticipation d’un a-venir proche ?

Avec l’aplomb que donne l’aisance financière et la réputation scientifique, l’auteur de continuer avec autorité.

« L’augmentation deviendra incontournable, sauf pour les chimpanzés du futur « (1) . «Imaginons le fossé qui pourrait se créer en l’espace d’une génération entre les parents non augmentés – vous et moi – et une progéniture dotée de 50 ponts de QI supplémentaires ? » (p.165).

Mouais… à supposer qu’il en soit ainsi demain, l’accession à la sur-humanité risque fort de ne pas être à la portée de toutes les bourses. Le revenu de base (RU) en cette optique ? Une peccadille pour aider la survie des domestiques au service des nantis du QI. Pour le mieux… ou pour le pire ?

Le RU de l’auteur, n’est pas le revenu de base du MFRB, il ne s’accompagne d’aucune réforme fiscale, la réduction du temps de travail que pourrait permettre la formidable productivité robotique et intelligence artificielle, n’est aucunement mentionnée. L’analyse est d’obédience libérale-libertaire. On aime ou pas.

***

Sur un autre versant politique, quelques lignes ci-dessous pour présenter un libertaire plus anarchiste que libéral. Sa présentation du revenu de base est à l’exact opposé de celle de Laurent Alexandre. Il s’agit de David Graeber auteur de « Bullshit jobs », « Boulots de merde » en langue verte (éditions LLL 2018). Gros succès de librairie. Mérité. Traversée de quelques pages, citations choisies.

2. UN REVENU UNIVERSEL DE BASE D’UN MONTANT SUFFISANT.

Selon Graeber, le revenu universel de base (RuB) ne procède en rien de la charité, n’est pas même un secours provisoire concédé aux plus démunis, il vise une transformation radicale du rapport au travail-

emploi, c’est donc un investissement pour un changement de société (in fine, c’est l’abolition du salariat qui est souhaité, nous allons le voir plus loin dans le texte).

Citation à l’appui:

« Un système de revenu universel de base (RuB) doit allouer à chacun un montant suffisant pour permettre de vivre décemment. Et surtout doit être totalement inconditionnel . Tout le monde doit y avoir droit […] De cette façon, on instaurera un droit humain et non une aumône ou un simple rafistolage. »(p.384, 385).

Et de continuer, intransigeant sur le principes : « Au bout du compte, la proposition centrale du Rub, c’est de déconnecter les moyens de subsistance du travail. Une conséquence immédiate pour les pays qui l’instaureraient serait un recul massif des procédures bureaucratiques. En effet, le cas de Leslie [une assistante/contrôleuses sociale qui a confié son malaise au travail] montre qu’une part démesurée de la machinerie bureaucratique gouvernementale […] ne sert qu’à maintenir les pauvres dans leur situation humiliante. Et ce petit jeu au coût moral exorbitant soutient une « machine à travailler » mondiale largement inutile. » (p.385).

Graeber entend préserver les prestations sociales instituées : « La version d’extrême gauche [du RuB] suppose le maintien des protections inconditionnelles existantes. » (id.). Rejoignant sur ce point le MFRB, retraites, sécurité sociale,… pour Graeber les « acquis sociaux » sont maintenus.

Parmi les effets collatéraux du Rub, il faut envisager la disparition de nombreux emplois [ce qui ne mème pas automatiquement à une augmentation du chômage, pour autant qu’une vigoureuse réduction du temps de travail permette l’embauche dans les secteurs de réelles utilités sociales].

« C’est vrai, des millions de petits agents publics, tels les « conseillers en prestations sociales » verraient leur job disparaître. Mais, ils recevraient le revenu de base comme tout le monde, et peut être certains se trouveraient une occupation réellement importante, qu’il s’agisse d’installer des panneaux solaires, ou de découvrir un remède conte le cancer. Et même de monter un groupe de percussion sur bidons, d’essayer de battre le record d’activité sexuelle à un âge avancé, de se lancer dans la restauration de meubles anciens, la spéléologie, la traduction de hiéroglyphes mayas,… ce ne serait pas plus grave que cela. Laissons-les faire ce qu’il leur chante ! «  (p.387,388). [nous soulignons].

Ce qu’il faut instaurer c’est un revenu « d’un montant qui permet de vivre décemment. Déconnecté de l’emploi » (p.384).

Graeber, rejoint un américain qui n’aimait pas le travail : Henri-David Thoreau n’hésite pas à préconiser la disparition de nombre d’ emplois inutiles, voire néfastes : « Avec l’instauration d’un Rub, – précisément les services les plus intrusifs et les plus ignobles, ceux qui se spécialisent dans la surveillance morale des citoyens ordinaires – perdraient leur raison d’être et fermeraient leurs portes. C’est précisément pour cette raison, qu’en tant qu’anarchiste je suis favorable au Revenu de base »(p.387).

L’accès au revenu de base, c’est de l’argent pour inventer un nouvel usage du temps : « Comme l’avait bien noté Orwell, une population occupée à travailler même à des tâches inutiles n’a guère le temps pour quoi que ce soit d’autre. » (p.392). A qui profite le maintien de nombre de boulots à la con ?

Monsieur Macron, trouve que les français ne travaillent pas assez (avril 2019), une déclaration prévisible : il lui faut bien renvoyer l’ascenseur à ses amis milliardaires qui lui ont payé une place de Président…

Mais le meilleur de Graeber se trouve dans un passage par la science fiction. Aperçu ci-dessous.

Mémoires d’un voyageur de l’espace, Stanilas Lem.

Extraits tirés de l’édition française de S. Lem, éditions Denoël, 1994, « Autres mondes, autres mers » (p.112,114).

Nous reprenons les citations faites par Graeber. Les observations faites par le voyageur de S. Lem. Dialogue. Deux protagonistes de la fiction futuriste.

– « Au fur et à mesure que dans les fabriques, apparaissaient les nouvelles machines les Boulonniers [les travailleurs] par milliers perdaient leur travail et ne touchant plus de salaire, n’avaient plus comme perspective que d’être condamnés à mourir de faim…

– Pardon, idiot,demandais-je, Que deviennent les revenus qu’apportaient les fabriques ?

– Comment ça, repartit mon interlocuteur. Les revenus revenaient aux propriétaires légitimes, aux Eminents . Donc, comme je te disais, la menace de mort se mit à planer…

– Mais que dis-tu là, digne idiot, m’écriais-je. Il suffit de faire des usines la propriété commune pour que les nouvelles machines se transforment en bénédiction pour tout le monde ! [Nous soulignons…]

-… Je t’en conjure voyageur venu d’ailleurs, ne profère pas d’hérésies aussi effroyables, qui ne sont rien d’autres qu’un vile atteinte au principe de nos libertés ! »(p.362).

« Les principes de nos libertés… », le principe de l’économie de marché libre et non entravée, qui est au fondement de l’union européenne… La science fiction d’hier dit le réel d’aujourd’hui, y penser avant de voter (ou pas) le 26 mai prochain.

Loin de l’Europe, une brève rencontre avec un futur candidat à l’élection présidentielle américaine, très favorable au revenu de base : Andrew Yang.

***

3  LA GUERRE CONTRE LES GENS ORDINAIRES. LA VERITE SUR LES EMPLOIS AMERICAINS QUI SONT EN VOIE DE DISPARITION. POURQUOI LE REVENU DE BASE EST NOTRE FUTUR. (Hachette books, 2018, en anglais)

Titre et sous titre, d’emblée énoncent le projet de l’auteur. [La traduction est faite par nos soins].

Comme d’autres analystes (cf . plus haut), Andrew Yang, constate que l’automatisation, robotisation  » éliminent les revenus de centaines de milliers des américains les plus vulnérables dans diverses régions du pays » (p.10). Les « gens ordinaires » qui effectuent des tâches répétitives sont les premières victimes des mutations technologiques. Nonobstant, sans cesse, la technique remplace même les plus qualifiés.

« Nous sommes proches du moment où non seulement les caissiers,mais également les chirurgiens pourront être partiellement remplacés par l’Intelligence Artificielle. » (p.70).

Les emplois intermédiaires, tels ceux occupés par les chauffeurs routiers, sont également fort fragiles, bientôt caducs, les google trucks, sont plus fiables et surtout moins chers. La reconversion des routiers ne sera pas simple : « Les anciens camionneurs ne seront guère enthousiasmés par le nouveau boulot qui consiste à aider grand-mère à prendre son bain. »(p.74).

Si le présent immédiat est lourd de contradictions et de menaces, les richesses du possible, latentes attendent les conditions économiques de leur souhaitables émergence.

Dans une société où serait institué le Revenu universel de base, d’un montant de 1000 dollars mensuels selon Yang « Il y aurait également une fantastique expansion de peintures, de compositions musicales, de créations vidéos, de la pratique du sport,de l’écriture littéraire,… toutes ces choses que nombre d’américains n’ont pas le temps de faire aujourd’hui. Nombreux sont les gens avec une passion artistique qu’ils pourraient développer s’ils n’étaient pas obligés de travailler pour, se nourrir chaque mois. Le revenu universel de base serait peut-être le plus grand des catalyseur de créativité que nous n’avons jamais vu. » (p. 189) .

La question du revenu de base ne doit donc pas rester sur le plan strictement économique, bien au contraire il faut penser, non à une dépense charitable, mais à un investissement pour un changement de paradigme dessinant les contours d’une société où toutes et chacun pourraient être « pâtre le matin, menuisier l’après-midi, critique littéraire le soir. Sans être enfermé dans le statut de pâtre, menuisier, critique… » Selon les anticipations d’un idéologue allemand.

De l’argent pour inventer un nouvel usage du temps. L’Otium du peuple ( le loisir créatif, du citoyen impliqué) sera-t-il un jour sur l’horizon d’attente ? En attendant, on ralentit, on réfléchit et c’est pas triste. Bien au contraire.

Si vous m’avez suivi jusqu’ici, vous avez quelques loisirs, je vous remercie de votre attention.

Alain Véronèse. Mars 2019.

__________________________

Notes.

1- Par exemple : La production cybernétique, et la présentation du livre de Martin Ford, « L’avènement des machines, »

2- Pour une critique radicale du transhumanisme : « Manifeste des chimpanzés du futur », par Pièces et Main d’oeuvre (PMO), éd. Service compris, 2017. Le dernier chapitre n’est pas optimiste…

_______________________

Récapitulatif , nous avons présenté 3 livres …:

. La guerre des intelligences. Laurent Alexandre. J.C. Lattès, 2018.

. Bullshit Jobs. David Graeber. LLL, 2018.

. The war on normal people. Adrew Yang, Hachette Books, 2018.

Publié dans revenu de base | 1 commentaire

Pour qu’ensemble on travaille plus, M. Macron, chacun doit travailler moins et mieux.

 

diminution-temps-travail

 

Article  écrit le 10 mars 2018 remanié le 24 avril  et le 6 mai 2019.

 Emmanuel Macron, ce 1er Mai, se prenant pour Pétain, dans une ultime provocation, a déclaré: « Le 1er mai est la fête de ceux qui aiment le travail et le chérissent, parce qu’ils savent que par le travail, on construit son avenir et l’avenir du pays. «  Après cinq mois de luttes sociales et de débats où la question centrale posée par les gilets jaunes sur les ronds points est: Comment faire en sorte que le travail  paie  suffisamment pour faire face aux dépenses contraintes qu’on nous impose ? notre « méprisant de la République » ne trouve rien de mieux pour financer la solidarité ou augmenter le pouvoir d’achat, que de proposer à ceux qui ont un emploi de travailler davantage, par la suppression d’un jour férié ou par l’augmentation de l’âge de départ à la retraite ou encore par la suppression des 35 heures, alors que ceux qui travaillent, travaillent déjà trop ( en moyenne 39,1 h pour les emplois à plein temps), que beaucoup trop de travailleurs vivent dans la précarité ou dans la souffrance au travail et qu’un trop grand nombre est sans emploi. Il ne s’agit, en fin de compte, au nom de la compétitivité, que de diminuer encore et encore la rémunération du travail au profit de celle du capital. Face à cette nouvelle attaque il faut opposer une alternative qui permette à la fois de  libérer en partie l’homme d’un travail contraint, inutile ou dangereux et de mieux partager les emplois,  tout en assurant à chacun des revenus suffisants grâce à la socialisation d’une part des revenus d’activité et  du capital privé comme du capital  productif. Socialisation qui prendrait la forme d’un revenu universel garanti déconnecté du travail qui assure en toutes circonstances le minimum vital, immunise contre la pauvreté et redonne la main à l’humain pour travailler moins et  mieux hors et dans l’emploi.

___________________________

Avec l’automatisation, la robotique et la numérisation de l’économie, le salariat a vu sa productivité décupler au fil du temps. Mais le progrès technique, la croissance, n’a pas libéré l’homme du travail contraint,  au contraire, il l’a asservi. Au nom d’une recherche sans fin du profit, le travail s’est intensifié pour certains, s’est précarisé et  a disparu pour beaucoup d’autres. Aujourd’hui le progrès scientifique et technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Bernard Stiegler décrit la disruption comme un phénomène où les entités qui s’approprient l’innovation technologique (les G.A.F.A.M.) imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes. C’est l’ubérisation de l’économie.

Le progrès technologique modifie la structure du marché de l’emploi. Si les  emplois très qualifiés, bien payés, ( ingénieurs, managers ) sont en augmentation ,  on assiste aussi   au développement des emplois non qualifiés, à temps partiel subi, payé au niveau du S.M.I.C ( livreurs, emplois de services ) au détriment des emplois intermédiaires (ouvriers qualifiés, employés de bureau ). Ainsi  émerge peu à peu une société duale et fragile où les petits boulots et les temps partiels contraints forment une armée de travailleurs pauvres qui s’ajoute  au chômage de masse.( lire l’article des Echos ).

Cet « effet sablier »  conduit à la disparition de la classe moyenne: «  Cet affaiblissement de la classe moyenne est évidemment un facteur d’inquiétude, comme le montrent la révolte des « gilets jaunes » et la montée des populistes lors de la dernière élection présidentielle. D’autant que « la polarisation de l’emploi contribue fortement aux inégalités de revenus » » estime Farid Toubal un des deux auteurs d’ un ouvrage publié par le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP)

L’exemple allemand illustre cette évolution : « Si l’économie allemande est au vert, qu’elle a presque retrouvé le plein emploi, beaucoup ne s’en sont pas aperçus. La presse enchaîne les titres : 16 millions de pauvres, la honte ! Plus de quatre millions d’Allemands sont surendettés. Ces retraités qui ne peuvent plus se nourrir car non seulement le nombre de pauvres a augmenté depuis quatre ans, mais les inégalités se sont creusées. Le nombre de millionnaires a bondi de 30% et les plus riches se sont enrichis, quand un Allemand sur cinq ne possède rien du tout. » ( lien )

Au FMI aussi on réalise que les inégalités peuvent fragiliser l’économie, par une demande à bout de souffle d’une part et par une captation d’une partie de la richesse dans des investissements spéculatifs et improductifs d’autre part.

Les politiques gouvernementales ( C.I.C.E – réduction Fillon ) qui viennent au secours des entreprises, en prenant en charge une partie des cotisations pour « abaisser le coût de travail » des emplois peu qualifiés de plus en plus nombreux, sont incapables de relancer la création d’emploi dans un marché anémié par l’augmentation de la précarité et de la pauvreté. Aujourd’hui le S.M.I.C. est sur perfusion. Sur l’ensemble de la rémunération du salaire minimum  la participation de l’État est de 34 %, par l’ »allègement de charges » (C.I.C.E., réduction Fillon, réduction de la cotisation sur les allocations familiales ), par la prime d’activité. Il ne reste bientôt plus qu’au patronat de demander la nationalisation totale de la main d’œuvre subalterne qui serait mise gratuitement à disposition des entreprises pour parachever le vieux rêve libéral de la privatisation des profits et la nationalisation des charges.

Enfin l’épuisement des ressources, la détérioration de notre environnement nous imposent de brider la croissance du P.I.B. qui, par le passé, a été créatrice  d’ emplois par l’augmentation  de la production de biens.

Il est donc urgent de changer de paradigme en réduisant le temps consacré à un emploi contraint nécessaire pour vivre mais peu valorisant et en libérant le travail du carcan  d’un emploi facilement automatisable. Avec un revenu socialisé d’une part, la technologie d’autre part, nous avons les moyens de nous libérer collectivement  et partiellement d’un emploi de survie. Laisser le marché continuer à imposer sa loi au nom de la compétitivité internationale et de la maximisation des profits est suicidaire. Bernard Stiegler ( Lien ) nous alerte : « Il est acquis maintenant que l’emploi va diminuer, dans des proportions encore inconnues. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évalue à 9 % le nombre d’emplois qui, d’ici 10 à 20 ans, devraient disparaître dans 21 pays, mais il existe des projections encore plus pessimistes. Nous sommes déjà dans un chômage endémique totalement ruineux pour les finances publiques. Tout ce qui constitue la solidarité sociale est menacé par ce déficit structurel. L’économie est déjà insolvable et subsiste en partie sur la spéculation. Si on subit une augmentation de chômage de cette ampleur, c’est l’effondrement. Il faut donc envisager dès aujourd’hui une transformation de l’économie qui consiste à revaloriser le travail en dehors de l’emploi. ».

Selon l’OCDE, la robotisation devrait dans les 20 ans faire disparaître 14 % des emplois . (Lien) Réjouissons-nous au lieu de nous lamenter, nous pourrons travailler moins mais mieux.

LA SEMAINE DE 4 JOURS AVEC LE REVENU UNIVERSEL : 50 % DE JOURNÉES LIBÉRÉES SUPPLÉMENTAIRES – 25 % D’EMPLOIS CRÉÉS.

« Nous pourrions réduire le chômage en partageant mieux le travail, et profiterions ainsi des gains de productivité offerts par les nouvelles technologies pour accorder plus de temps à nos loisirs ou à nos projets personnels. Et si nous ne le faisons pas, c’est simplement que nous n’avons pas encore admis cette possibilité… »  Michel Rocard

Les travaux de Pierre Larrouturou l’ont montré, la semaine de 4 jours n’est pas une hérésie économique, au contraire elle est la seule solution pour partager les emplois  qui existent encore. Mais la réforme des 35 heures, conduite de façon autoritaire par le gouvernement Jospin en 2000,  a fermé la porte à toute évolution dans ce domaine. Pire, dans les pays occidentaux,  face à la disparition du travail au profit d’une consommation supplémentaire  d’ énergie fossile, avec  une croissance qui ne reviendra plus, on tourne le dos à cette réalité, en incitant  ceux qui ont un emploi à travailler plus et plus longtemps (par l’allongement de la semaine de travail, la durée hebdomadaire en France d’un plein temps est de 38 heures!- et par l’allongement des carrières professionnelles ). Les conséquences sont l’augmentation du chômage, l’accroissement sans fin des dépenses sociales pour réparer les dégâts du chômage et de la précarité et l’alourdissement des déficits budgétaires.

Le partage des emplois avec l’allocation d’un revenu découplé de l’emploi  peut résoudre la quadrature du cercle qui est celle de libérer du temps sans baisse de salaire pour le travailleur, ni augmentation du coût du travail.

Avec une allocation d’un revenu de base de 800 € par personne,  le passage de 35 h à 28 h par semaine et un salaire brut égal à 80% du salaire initial, le salaire, net d’impôts et cotisations,  pour 4 jours hebdomadaires de travail, serait de  1593 €, supérieur de plus de 9,5  % au salaire net actuel. Le salaire augmente pour une journée supplémentaire libérée chaque semaine; elle permet d’envisager:

  • jusqu’à  25% d’emplois supplémentaires, sans augmentation  de la masse salarial,
  • 50 % de  temps libre supplémentaire.

28h

 

Enfin l’augmentation de la productivité qui découlera nécessairement de cette nouvelle organisation du travail ouvre la voie vers une augmentation du salaire horaire.

Le financement de ce salaire socialisé de 800 € pourrait reposer sur:

  • la redistribution d’une part des revenus d’activités  qui se substituerait à l’impôt sur le revenu ( I.R.) et à la C.S.G. ( 9,7 % ),
  • par une taxe sur les actifs nets  ( TAN :valeur patrimoine – dette )
  • par le remplacement de la cotisation  pour les allocations familiales sur les salaires (5,25 % du S.B. ) par une cotisation sur l’Excédent Brut d’exploitation qui rémunère le capital sous toutes ses formes.

Ce déplacement de cotisation de l’assiette des salaires vers l’assiette de l’E.B.E. vise à soulager les entreprises employant beaucoup de main d’œuvre et ainsi  de faire contribuer à la solidarité la rémunération du capital,  ce « travail mort » que sont les machines qui remplacent l’homme. C’est  comprendre, comme le suggérait déjà Charles Léonard de Sismondi ( 1737-1809 ) ( 1) que la machine qui remplace l’homme et crée de la richesse à sa place doit contribuer à la solidarité de tous.

Ce mouvement de déplacement des cotisations qui vise à  mieux équilibrer la solidarité entre  le capital et le travail vivant   pourrait logiquement  aussi concerner la cotisation chômage et formation.

Ce revenu socialisé, tout en immunisant l’ensemble du corps social de la pauvreté,  ouvre la voie à « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz et ainsi émancipe l’être humain de sa condition de prolétaire condamné à perdre sa vie à vendre sa seule richesse qu’est sa force de travail. Aujourd’hui les salariés aspirent à changer de mode de vie: « Rythme de vie trop rapide, surcharge de travail, manque de temps pour soi ou pour leurs proches, trajets trop longs… Les actifs de 6 pays occidentaux dont la France ont certaines aspirations quant au futur de leur vie professionnelle. Mais les 12074 salariés interrogés pour une étude internationale aspirent surtout à ralentir le rythme (78%) et travailler moins (51%) ! » ( lien )

Comme le préconise Pierre Larrouturou, les possibilités de gestion de ce temps libéré sont multiples suivant les corps de métiers, au gré de l’entreprise et du salarié . Par exemple:

  • 4 jours de travail (28 heures) sur 5 (pour la plupart des salariés).
  • 4 jours sur 5 ½ ou 4 jours sur 6 dans la distribution.
  • 4 jours sur 7 (hôpitaux, transports).
  • 1 semaine libre sur 5.
  • 1 semaine longue, 1 semaine courte (pour les chauffeurs routiers par exemple).
  • 1 week-end de 4 jours toutes les deux semaines.
  • 1 mois libre sur 5 (chercheurs, programmeurs en informatique…).
  • 1 année sabbatique tous les 5 ans (chercheurs…). Etc….

Si cette réduction du temps de travail concertée est une voie prometteuse pour mieux distribuer les emplois , avec le revenu universel on ouvre aussi  la porte vers le travail hors de l’emploi.

LIBÉRER LE TRAVAIL DU CARCAN DE L’EMPLOI.

Non seulement le  travail ne paie plus mais l’emploi salarié n’est plus émancipateur. Il est trop souvent la cause de souffrance. 90 % des salariés s’interrogent  sur leur  emploi actuel  ( lien ). Un salarié sur 4 est en état d’hyper stress, 69% des 29 millions de salariés consomment des psychotropes, se dopent ou ont des addictions pour affronter leurs conditions de travail et le stress ( lien ). la crise de sens du travail touche de plus en plus tôt les salariés, qu’ils soient cadres ou non.

Il est temps de libérer le travail du carcan de l’emploi. Déjà en 1884, William Morris, fondateur de la Socialist League avec entre autres Eleanor Marx , fille de Karl, dans un texte intitulé  » travail utile et vaine besogne  » dénonçait le travail dénué de sens et inutile:  » Un travail digne de ce nom suppose l’espoir du plaisir dans le repos, dans l’usage que nous ferons de son produit et dans la mise en oeuvre quotidienne de nos talents créatifs. Tout autre travail que celui-là ne vaut rien – c’est un travail d’esclave – c’est besogner pour vivre et vivre pour besogner.  » ( 2 )

Un siècle et demi plus tard rien n’a changé, bien au contraire. Selon une étude réalisée par des chercheurs d’Oxford en 2013, 47 % des emplois américains seraient automatisables d’ici 20 ans.  « Les gens qui les occupent travaillent, rentrent potentiellement épuisés chez eux le soir, mais ne produisent pas de changement (la situation n’est pas modifiée suite à leur action). Par exemple, une personne qui passe des produits devant un lecteur de code-barres ne change pas la situation : elle la sert, elle la consolide. Dans le langage désuet du XIXe siècle, cela s’appelle la prolétarisation. » (lien) .

Le revenu universel avec l’aide de la technologie permet d’accompagner ces profondes mutations. Il donne à chacun la possibilité de quitter un emploi devenu inutile ou absurde, voire dangereux pour son intégrité physique ou psychique, pour redécouvrir un métier, pour s’approprier un travail, des compétences, des responsabilités qui crée de la véritable valeur pour soi, pour les siens, pour la communauté. Ainsi ce revenu d’existence ne permet pas seulement de réduire le temps de travail dans l’emploi, il autorise à travailler mieux en osant abandonner un emploi dénué de sens , pour s’approprier des savoirs, pour apprendre un nouveau métier, pour une activité choisie, pour un projet de vie.

Ainsi le revenu de base  serait  le prix à payer par toute  la communauté pour l’émancipation, l’épanouissement et l’inclusion  de chacun de ses membres . Comme le souligne Nancy Fraser dans  » Qu’est-ce que la justice sociale ?  » : Ce système de redistribution universel réellement transformateur  « peut modifier progressivement l’équilibre du pouvoir entre le capital et le travail en minant la marchandisation de la force de travail. »

» Une fois libérés de l’angoisse quotidienne de la faim, quand ils auront découvert ce qu’ils veulent vraiment et que rien sinon leurs propres besoins n’exercera plus sur eux de contrainte,les gens refuseront de fabriquer les niaiseries qu’on qualifie d’article de luxe ou le poison et les ordures qu’on nomme articles bon marché. » William Morris – 1884- « travail utile et vaine besogne » ( 2)

Alors oui  M. Macron,  il existe bien une alternative à votre sinistre projet pour que chacun participe avec ses moyens à la création de richesses sans être condamné à travailler trop, à travailler mal ou au contraire être assigné à l’inaction et la dépendance.

 

 

_____________________________________

(1)  Le machinisme: D’après la thèse de Sismondi, l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. ( source Wikipedia)

(2) Texte présenté par Anselm Jappe dans  » La civilisation et le travail  » – Le passager clandestin- 2013

Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Le revenu de base, un nouveau pilier de la protection sociale.

https://i0.wp.com/alternative21.blog.lemonde.fr/files/2019/04/DSC06122.jpg

Les participants à l’assemblée générale du M.F.R.B, les 30 et 31 mars 2019.

 

 

I. ETAT DES LIEUX : LE TRAVAIL NE PAIE PLUS.

L’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais comment répartir mieux la richesse créée.

Avec la mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, au nom de la compétitivité, la pression sur les salaires s’est accentuée. Avec un outil de production  de plus en plus sophistiqué qui exige de plus en plus d’investissements financiers, pour attirer les capitaux, les dividendes ont explosé. En 40 ans, 10 % de la valeur ajoutée a migré de la rémunération du travail vers celle du capital et la part des dividendes dans la valeur ajoutée a plus que triplé.

Le progrès technique ne s’accompagne plus de progrès sociaux. Au contraire, Bernard Stiegler, philosophe, décrit la disruption comme un phénomène d’accélération de l’innovation qui va plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce qui a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, les GAFAM, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs publics impuissants. C’est l’«ubérisation» de l’économie….

  • où les employés ne sont ni des auto-entrepreneurs qui peuvent fixer librement le prix de leur prestation, ni des salariés qui cotisent pour leur sécurité sociale, ce sont des zombis pour l‘entreprise,
  • où le consommateur est, malgré lui, un créateur de la valeur pour l‘entreprise,
  • où les bénéfices se moquent des frontières pour se réfugier dans des paradis fiscaux.

Avec la dévalorisation du travail, les cotisations sociales adossées sur les salaires ne suffisent plus à financer notre système de sécurité sociale. L’État, avec la création de la C.S.G. qui est passé en moins de vingt ans de 1,3% à 9,7 % du salaire brut, se substitue au système de solidarité paritaire et en prend le contrôle.

Devant l’assèchement de la distribution de la richesse par le salaire, qui génère à la fois exclusions du système de production et de grandes inégalités, L’État a dû, au fil du temps, mettre en place un système de redistribution de la richesse.

Par l’impôt on finance :

  • Des minima sociaux (RSA, ASPA, etc…)
  • Des aides aux familles qui s’ajoutent aux allocations familiales (Aides aux parents isolés, ARS, APL, bourses scolaires, etc..)
  • Des aides au travail pour le salarié (prime d’activité) et pour l’employeur (CICE, réduction Fillon,etc…).

Toutes ces aides absorbent largement le montant de l’impôt sur les revenus (I.R.) payé par moins de la moitié des foyers fiscaux et de ce qui reste de l’I.S.F. rebaptisé I.F.I.payé par seulement les gros propriétaires immobiliers.

Cette redistribution curative, à postériori, conditionnée, stigmatisante, familiarisée, si elle soulage et corrige partiellement les inégalités, elle ne réussit pas à s’attaquer aux causes de la pauvreté et laisse encore 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté dont 2 millions de travailleurs. Enfin elle divise la société en « sous citoyens », (les « ayant-droits »), contributeurs (les classes moyennes) pendant qu’une petite minorité fait sécession à coup d’optimisation fiscale, ce qui induit ressentiment, méfiance et repli sur soi.

Avec le revenu de base il s’agit dans un premier temps :

  • De substituer la redistribution curative, gérée  par l’État, par une redistribution universelle transformatrice (1) qui peut être administrée par une branche de la Sécurité sociale,
  • D’instaurer, pour améliorer la distribution de la richesse créée, une contribution à la solidarité nationale du capital productif (les machines qui remplacent de plus en plus les humains), comme le préconisait déjà Sismondi au début du XIX° siècle (2).

II. UN REVENU DE BASE RÉPARATEUR.

Un revenu de base inaliénable, inconditionnel, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, cumulable avec d’autres revenus, distribué individuellement à tous les membres d’une communauté, de la naissance à la mort, doit permettre d’assurer en toutes circonstances une existence digne.

Ce revenu de base répond à l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948: « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires ».

Son montant doit faire en sorte que tout au long de la vie jamais on ne se retrouve à devoir vivre avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté (R < 1000 €/mois- 60 % du revenu médian ).

Il doit aussi être d’un montant suffisant pour pouvoir se substituer à toutes les aides de lutte contre la précarité, financées par l’impôt (minima sociaux, aides aux familles, aides aux travail) qui fabriquent de véritables citoyens de seconde zone.

Il complète et renforce le système de la sécurité sociale qui assure un accès aux soins par l’assurance maladie, une retraite et des allocations chômage où chacun contribue par la cotisation sur ses revenus d’activité.

Il complète et renforce les indemnités de compensation dues à un handicap, une invalidité ou une dépendance (AAH, aides à la dépendance).

Il doit, en se substituant à la redistribution actuelle, s’appuyer sur deux principes :

  • Principe de solidarité: tout le monde contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à l’allocation de ce revenu de base,
  • Principe d’universalité: toute personne membre de la communauté concernée est à la fois allocataire et contributeur en fonction de ses moyens.

Il doit aussi permettre une meilleure répartition de la richesse dans le partage de la valeur ajoutée. Ainsi un transfert d’une part des cotisations sur les salaires vers la rémunération du capital productif (l’excédent brut d’exploitation) permet de mettre aussi à contribution, dans le financement du revenu de base, les machines qui se substituent de plus en plus au travail humain.

Ainsi son financement est assuré par

  • une contribution sur tous les revenus d’activité qui remplace l’impôt sur les revenus,
  • une contribution sur le patrimoine net privé qui se substitue à l’I.F.I.
  • une cotisation sur le capital productif, l’E.B.E., qui remplace la cotisation sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutile. (3)

Une fois corrigées les failles du système actuel dans la répartition de la richesse, d’autres moyens de financement peuvent venir compléter ce dispositif original sans en altérer la philosophie générale :

  • La création monétaire,
  • Une taxe sur les transactions monétaires et/ou marchandes,
  • Les monnaies locales.

 

III. UN REVENU DE BASE ÉMANCIPATEUR.

Ce nouveau moyen de distribution et de redistribution de la richesse créée par l’allocation d’un revenu de base dissocié de l’emploi doit permettre de répondre aux mutations en cours dans le monde du travail et de la production de biens et services et aux défis environnementaux à surmonter dans les années à venir.

En dissociant travail et emploi, emploi et revenus, le revenu de base doit permettre d’aller vers « la civilisation du temps libéré» chère à A. Gorz. On ouvre la voie vers la réduction du temps de travail, individuellement et collectivement, vers un meilleur partage des emplois. Il permet ainsi de lutter efficacement contre le chômage.

Il contribue à libérer l’individu de tâches pénibles, d’emplois inutiles et d’activités nocives pour l’environnement et la santé.

Il viabilise et valorise l’ agriculture paysanne, les commerces de proximité, l’ artisanat local, les activités culturelles et la création artistique, les métiers de l’accompagnement et de l’aide à la personne.

La formation, le changement de métier, les ruptures dans une carrière professionnelle, l’intermittence, la mobilité, peuvent être envisagés plus sereinement.

Il valorise les activités non marchandes, familiales ou sociales et autorise l’implication dans la vie de la cité.

En donnant de l’assurance et de la sécurité, le revenu de base  libère l’individu du stress du lendemain, de l’insécurité, de l’usage de psychotropes, drogues et autres produits, allégeant du même coup les dépenses sociales des organismes publiques et le déficit budgétaire de l’État.

Il permet de dire non , non à des conditions dégradantes que ce soit dans le cadre de la vie privée où dans celui de l’entreprise.

Quand la vie n’est plus soumise au chantage de l’emploi, le revenu de base permet enfin de se libérer d’une économie productiviste. Il est possible d’envisager plus sereinement la transition écologique vers un monde plus frugal, à la fois respectueux des êtres humains comme de l’environnement et des ressources terrestres.

« il s’agit de construire un État social qui mise intelligemment sur l’épanouissement du capital humain plutôt que sur l’astreinte d’un emploi non choisi ». Philippe Van Parijs, philosophe, fondateur du B.I.E.N ( Basic Income Earth Network )

_________________

Au 19 ° siècle avec l’école laïque gratuite, tout être humain a droit à l’instruction,

Au 20 ° siècle, avec l’assurance maladie c’est l’accès gratuit aux soins médicaux pour tous et toutes,

Au 21° siècle, il est temps d’assurer une extension de ces droits par une véritable sécurité sociale tout au long de la vie avec une allocation universelle d’existence qui permette de se libérer définitivement de la pauvreté, de se libérer de cette incertitude du lendemain tel que le préconisait déjà l’exposé des motifs des ordonnances  de création de la Sécurité sociale d’octobre 1945:

« La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité … 

Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation nationale d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d’un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité ; un tel résultat ne s’obtiendra qu’au prix de longues années d’efforts persévérants, mais ce qu’il est possible de faire aujourd’hui, c’est d’organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan. »

 

Nous avons mille fois plus de moyens qu’au sortir de la 2nde guerre mondiale. A nous, tous ensemble, de relever ce défi pour l’émancipation et l’épanouissement de l’être humain !

________________________

(1) Comme l’écrit Nancy Fraser dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » :

  • « les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. Les remèdes transformateurs, pour leur part visent les causes profondes. »
  • ( …)« Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, en revanche, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

(2) D’après la thèse de Jean de Sismondi,( 1773- 1842 ) l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. Sismondi considère que l’inégal partage des richesses est doublement néfaste : c’est injuste et cela provoque des crises de surproduction. Il pense alors à faire augmenter les salaires grâce aux surprofit que crée la machine qui remplace l’ouvrier, en réduisant le temps de travail et en interdisant le travail des enfants. Il aimerait aussi que l’entreprise prenne en charge les périodes de maladie et de vieillesse des ouvriers.( Wikipédia)

(3) Pour plus d’informations sur le financement

  •  voir le diaporama: PRESENTATION DU RB
Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Avec le revenu universel, ma petite entreprise ne connait pas la crise. ( essai de simulation )

Petite usine

 

Avec la socialisation d’un part du salaire et une participation du capital privé et du capital productif pour financer un revenu d’existence, la semaine de 4 jours et le partage des emplois ne sont plus des utopies.

Dans un article précédent nous avons abordé la redistribution universelle avec un revenu de base  d’existence d’un montant de 800 €  ( lien ) , financé par une contribution sur les revenus d’activité ( C.R.B.)  de 30 % et une taxe sur les actifs nets ( T.A.N .) de 1,5 %/ an , tel que défini dans cet article ( lien ). Il s’agit dans ce papier , après avoir simuler l’évolution des revenus des différents salariés,  d’évaluer la pertinence d’une cotisation sur l’excédent Brut d’Exploitation ( CEBE ) de 15 % , cotisation sur la rémunération du capital, et, plus généralement, du changement de l’assiette de certaines cotisations sur les salaires.

UNE MEILLEURE REDISTRIBUTION DES REVENUS

Ma petite entreprise emploie 13 salariés, de l’employé à mi-temps payé avec 1/2 SMIC au patron aux revenus confortables avec un patrimoine, tous  aux conditions familiales diverses. En tout   25 personnes vivent autour de cette P.M.E.

On étudie d’abord l’ impact sur leurs revenus familiaux de l’allocation d’un revenu de base, en fonction de leurs salaires, des aides et des impôts dont ces différents foyers fiscaux sont redevables en  comparant leur situation actuelle avec une redistribution par un revenu de base de 800 €.  Le constant est le suivant:

Tous les salariés voient leurs revenus familiaux augmenter de façon significative . Même les revenus de la famille de notre petit patron, qui se situent au dessus des 5 % les plus riches, ne sont pas impactés.

  • Voir l’étude complète, cas par cas dans le diaporama:

Ma petite entreprise

  • Ainsi que les feuilles de calcul qui ont permis cette simulation :

Simulation

UN TAUX DE MARGE PLUS ELEVE

Il s’agit ensuite d’étudier l’impact du financement complémentaire du revenu de base par une cotisation sur l’Excédent Brut d’Exploitation de 15 % sur cette entreprise au taux de marge brut  (E.B.E. / VA ) de 20 % ( inférieur au taux moyen de 33 % ). L’idée étant de remplacer ( cotisation pour les allocations familiales ) ou de déplacer ( cotisation chômage, formation ) de l’assiette du salaire brut, qui rémunère le travail vivant,vers l’assiette de l’EBE , qui rémunère le capital,  suivant le tableau ci dessous:

Avec :

  • Une diminution des cotisations retraite avec un revenu de base de 1000 € pour tous les retraités et une unification des régimes,( 10 % employeurs +10 % salariés ),
  • Une augmentation de la cotisation maladie pour compenser la suppression de la CSG ( 15 % employeurs+ 5 % salariés),
  • Une transformation de la cotisation pour les allocations familiales en cotisation pour le revenu de base sur l’EBE, ( 15 % EBE ),
  • Un déplacement des cotisations chômage et formation du salaire vers l’EBE ( 9 % ).

…on constate , pour cette entreprise au taux de marge initial faible ( 20 % ), que cette reconfiguration des cotisations employeurs permet de contribuer au financement du revenu de base tout en augmentant le taux de marge qui passe de 20 % à 24 %.

Ainsi contrairement au C.I.C.E. qui prend en charge un allègement pérenne des cotisations de 6 % jusqu’à 2,5 fois le SMIC,inconditionnellement à la création d’emplois et  indépendamment du taux de marge de l’entreprise, la proposition de cotisations sur l’EBE module celles-ci en fonction de l’excédent dégagé qui sert à rémunérer le capital. Ainsi les PME, les jeunes entreprises qui ont un taux de marge plus faible qu’une grande structure installée depuis des décennies, seraient moins sollicitées par le financement de ce salaire socialisé et par le montant de l’ensemble des cotisations.

Il reste à  étudier l’évolution de notre petite entreprise qui accepterait soit de partager les emplois par  une diminution du temps de travail, soit de remplacer les hommes par des machines.

PARTAGE DES EMPLOIS : LA SEMAINE DE 4 JOURS.

Ma petite entreprise décide d’expérimenter la semaine de 4 jours pour les   ouvriers d’exécution chargés de tâches particulièrement pénibles, payés au SMIC. Ce passage de 35 h à 28h se traduit par l’embauche d’un salarié supplémentaire ( l’ancien salarié en fin de droit ) et de la transformation d’un mi-temps en temps complet ( la salariée avec 1 enfant). Ainsi on maintient 210 heures de travail par semaine avec 7,5 emplois au lieu de 6,  tout en augmentant la productivité de 10 % par une meilleure répartition du travail, répercutée à la fois sur la valeur ajoutée et sur les salaires.

Ainsi les salariés d’exécution ont dans cet exemple 50 % de temps libre supplémentaire ( 3 jours au lieu de 2 ) et leur salaire global avec le revenu de base de 800 € augmente par rapport à la situation actuelle de 125€. (tableau ci dessous )

Il reste à évaluer les comptes de l’entreprise en supposant une augmentation de la productivité et de la valeur ajoutée de 10 %.

Si la masse salariale augmente légèrement , grâce à l’augmentation de la productivité et donc de la valeur ajoutée, le taux de marge   augmente significativement  ainsi que la contribution pour le financement du revenu universel.

Avec ce salaire socialisé ainsi financé, l’ensemble des parties , salariés et entreprises, sont gagnantes dans ce partage des emplois, plus de temps libre et de repos, moins de souffrances pour les uns sans diminution de la paie, une meilleure production de l’entreprise qui permet de dégager une marge permettant des investissements futures.

AUTOMATISATION ET LICENCIEMENTS.

Une autre évolution possible est le remplacement de l’homme par des machines tout en augmentant la productivité de 10 %. L’automatisation d’une partie de la production de la petite entreprise entraine le licenciement de 2,5 postes d’ouvriers d’exécution au SMIC.

Que deviennent les comptes de gestion ?

  • voir le tableau ci-dessous:

Si on constate une augmentation du taux de marge ( 34 % au lieu de 20 % ) cela se traduit aussi par une augmentation du financement du revenu de base et de l’assurance chômage et de formation ( +58 % ), ce qui permet d’assurer le chômage dû aux licenciements induits par cette évolution, mais 3 personnes sont sans emploi et les ouvriers restants travaillent toujours au même rythme. Solution gagnante pour l’entreprise, perdante pour les salariés.

AUTOMATISATION ET RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL.

Il reste une piste à explorer, celle des machines qui libère l’homme d’un travail pénible tout en maintenant les postes de travail. Dans notre petite entreprise on investi dans du nouveau matériel tout en maintenant les 6 postes d’ouvriers d’exécution mais en réduisant le temps de travail de 35 h à 28 h par semaine.

Dans cette situation l’entreprise bénéficie à la fois des bienfaits de la réduction de travail sur ses salariés et de l’augmentation de la productivité par les machines, le financement du salaire socialisé et en conséquence plus  soutenu ( +40 %). Solution gagnante pour tous les acteurs de la création de richesse.

Ainsi cette courte simulation sur un exemple d’une petite entreprise illustre combien  le revenu universel, en socialisant une partie de la richesse produite, permet de débloquer le débat sur la réduction du temps de travail tout en rendant vertueux la mécanisation des tâches particulièrement pénibles.

Aujourd’hui en moyenne, en France,  le partage de la valeur ajoutée est de 66 % pour les salaires et cotisations et 33 % pour le capital ( E.B.E). Mais cette moyenne cache des disparités énormes entre les branches d’activités, la nature et la dimension des entreprises. ( voir rapport de l’INSEE page 9-10 ) La masse salariale avec les cotisations peut évoluer entre 95 % de la valeur ajoutée pour une petite entreprise de service, jeune, et 28 % pour une grande entreprise, installée depuis longtemps et fortement automatisée.

Changer de paradigme avec un revenu de base, c’est aussi comprendre, comme le suggérait déjà Charles Léonard de Sismondi ( 1737-1809 ) ( 1) que la machine qui remplace l’homme et crée de la richesse à sa place doit contribuer à la solidarité de tous.

Il reste à convaincre à la fois le monde ouvrier et ses organisations, les responsables politiques qu’il est bien minuit moins une pour cette belle idée dont l’heure est… venue.

« Ma petite entreprise
Connaît pas la crise
S’expose au firmament
Suggère la reprise
Embauche
Débauche
Inlassablement se dévoile »

 Alain Bashung

_____________________________

(1) Le machinisme: D’après la thèse de Sismondi, l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. ( source Wikipedia)

Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Et pour vous qu’est-ce que ça changerait un revenu de base ? Faites une simulation. ( II)

Il est difficilement d’imaginer concrètement ce que représenterait, dans le cadre de sa propre situation individuelle, un changement de paradigme qui consiste à substituer:

  • à la redistribution administrée par l’Etat, qui mobilise l’ensemble de l’impôt sur le revenu et ce qui reste de l’I.S.F. pour allouer  a posteriori, des aides spécifiques,  conditionnées,complexes, stigmatisantes et trop souvent inopérantes,
  • une redistribution universelle fondée sur l’allocation à chacun d’un revenu de base tout au long de la vie, de manière inconditionnelle et sans contrepartie.

Pour aider chacun à mesurer les conséquences matérielles d’une telle métamorphose il est possible à l’aide du simulateur ci dessous,  de calculer quelles seraient les conséquences financières de l’allocation d’un revenu de base modulé en fonction de l’âge suivant le tableau ci-dessous:

RB 800

_________________________

Avec un financement ainsi défini:

  • Cotisation sur les revenu d’activité :
    • de 0 à 25 % pour les revenus d’activité , salaire brut, compris entre 0 et 2000 €,
    • 25 %  pour un SB > 2000 €,
    • 50 % sur  ( SB – 10 000 € ) pour les salaires bruts  supérieurs à 10 000 €,
  • Cotisation sur les revenus du patrimoine financier:
    • de 0 à 25 % pour les revenus globaux ( activité + patrimoine ) compris entre 0 et 2000 €
    • 25 % pour des revenus globaux  >2000 €,
  • Taxe sur les actifs nets :
    • de 0 à 2 % par an de la valeur nette du patrimoine ( valeur – capital dû)  pour les revenus compris entre 0 et 2000 €
    • 2 % pour les patrimoines nets < 2 000 000 €
    • 2,5 % pour les patrimoine > 2 000 000 €
  • Cotisation sur l’E.B.E. :
    • 15 % de l’E.B.E. qui se substitue au 5,25 % sur le salaire brut pour les allocations familiales devenue inutiles grâce au revenu de base enfant.

Ainsi qu’un système de cotisations modifié qui assure l’autonomie et la pérennité de l’assurance maladie, des retraites par répartition et de l’assurance chômage qui intègre  l’allocation du revenu de base.

  • Assurance maladie: 20 % ( 5% salariés, 15 % employeurs) sur le salaire brut au lieu de 13% employeurs, ce qui permet de supprimer la CSG et la CRDS ( 9,7 % S.B.).
  • Assurance chômage et formation: 9 % sur l’E.B.E. au lieu de 6 % sur le salaire brut.
  • Assurance retraite : 20 % du salaire brut ( 10 % salariés, 10 % employeurs) au lieu de 36 % ( retraite SS + complémentaire ) qui assure une retraite par répartition dont la pension se cumule avec un revenu de base de 1000 € à partir de 62 ans.

Au total les cotisations salarié, avec la CSG et CRDS, passent de 22 % à 15 %, les cotisations employeurs de 45,3 % à 25 % du salaire brut et 24 % sur l’EBE ( 9+15 % ).

Le transfert d’une partie des cotisations du salaire sur l’excédent brut d’exploitation (E.B.E.) permet de compenser les allègements de cotisations pour les entreprises à taux de marge faible; Le simulateur permet d’évaluer  cette évolution qui favorise les PME et les entreprises employant beaucoup de main d’œuvre aux dépens des entreprises très capitalisées et automatisées.

 

 _________________

A chacun de noter, en fonction de la composition du ménage:

 La structure du foyer: célibataire ( 1) ou en couple (2)

Pour chaque conjoint, il faut noter:

  • l’âge,
  • Le nombre d’enfants de moins de 14 ans,
  • Le nombre d’enfants de 14 à 18 ans,
  • Le salaire brut ou allocation chômage de chacun
  • Pour les  retraités le montant de la pension brute.
  • la valeur du patrimoine net d’emprunt pour chacun des conjoints.
  • les revenus du patrimoine ( loyers, intérêts, dividende )

et pour l’année en cours:

  • l’ensemble des aides perçues par chaque conjoint: RSA, APL, P.A., Allocation de rentrée scolaire, prime de Noël, bourses d’études, etc…. versées par La CAF ou tout autre organisme gouvernemental, le tout mensualisé,
  • Les allocations familiales,
  • L’impôt sur le revenu, la CSG sur les revenus du patrimoine, l’IFI, mensualisé, payé par chacun, cette année.

Ensuite activer le lien ci-dessous:

Simulez votre situation

Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Le revenu universel: un puissant outil de redistribution

Dans notre système économique la création de richesse est généralement le fruit de l’alliance plus ou moins consentie entre d’un côté ceux qui par leur intelligence, leurs compétences et leur énergie créent la valeur ajoutée et ceux qui, en détenant les moyens de production et le capital, permettent sa réalisation. Le partage de la valeur ajoutée entre le travail et le capital évolue au gré de l’histoire des luttes sociales et de la conjoncture. Depuis bientôt quatre décennies, au nom de la compétitivité mondialisée, avec l’automatisation, la numérisation et l’augmentation de la productivité, la part des salaires ne cesse de diminuer alors que la rémunération du capital augmente. Le financement de notre système social, adossé aux salaires par la cotisation, s’est dégradé progressivement pendant que la précarité et le chômage n’ont cessé d’augmenter. Bref le travail humain ne paie plus et les inégalités ne cessent d’augmenter. En 2017, 82 % de la richesse créée ont bénéficié aux 1% les plus riches ( OXFAM ) . Le système économique n’intègre plus, au contraire il exclut et marginalise.

L’État tant bien que mal, au fil du temps, tente vainement de réparer les dégâts de ce capitalisme globalisé par toutes une série d’aides aux plus démunis, d’aides aux familles, d’aides à l’emploi, financées par l’impôt. Mais toutes ces aides spécifiques, ciblées, conditionnées, complexes à mettre en œuvre, n’arrivent pas à résoudre ni le problème de la pauvreté, ni le problème du chômage et de l’exclusion de l’activité économique. Au contraire, au lieu de renforcer la cohésion et la solidarité, on assiste à la division de la société entre d’une part « le monde des assistés » et d’autre part les contributeurs, ceux qui affirment « se lever tôt pour travailler ». Clivage qui développe la défiance, l’esquive et le ressentiment. Pendant qu’on continue à se chamailler sur des « petites inégalités » qui empoisonnent notre quotidien, les ultra-riches jouissent pleinement de leurs privilèges et vivent dans la démesure.

Face à ce désastre social d’une société en miettes, où la «fatigue de la compassion»  (Julien Damon-  Le coût des autres – Le Monde du 17/10/2014) , la « guerre de tous contre tous » l’emporte sur l’esprit de bienveillance et de fraternité élémentaire, il est urgent de trouver une alternative qui permette de garantir à tous les membres d’une communauté  un minimum de dignité par la solidarité de tous.  Pour que chacun aussi puisse trouver sa place dans la société et soit à son tour  créateur de richesse, en fonction de ses goûts et des compétences acquises.

DU DOULOUREUX PARTAGE DE LA VALEUR AJOUTÉE.

Alan Greenspan, l’ancien président de la Federal Reserve Bank, dans une interview au Financial Times (Guha, 2007), exprimait sa perplexité devant cette « caractéristique très étrange » du capitalisme contemporain : « la part des salaires dans le revenu national aux Etats-Unis et dans d’autres pays développés atteint un niveau exceptionnellement bas selon les normes historiques »

  • En France aussi la part des salaires dans la valeur ajoutée s’est fortement réduite depuis le début des années 1980. Elle est inférieure de 10 points à son point culminant de 1981 (où elle atteignait 67,5 %). ( Le partage de la valeur ajoutée- M ; Husson ).
  • D’après le Fonds Monétaire International, dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8 % entre 1983 et 2006.

Parallèlement, le bien nommé Excédent Brut d’Exploitation ( E.B.E.), qui avec les salaires compose la valeur ajoutée, a vu sa part augmenter du même ordre. Excédent Brut d’Exploitation qui sert à rémunérer les actionnaires avec les dividendes distribués, les banques avec les intérêts d’emprunt, l’État, avec l’impôt sur les sociétés, pour mettre à disposition des entreprises des infrastructures et des salariés éduqués et compétents. Le reste servant à l’autofinancement et à l’épargne.

De par le monde le montant des dividendes versés aux actionnaires s’envole. Ainsi les rémunérations versées aux propriétaires d’actions ont bondi de 14,5% au troisième trimestre de 2017 par rapport à 2016, alors que sur la même période dans de nombreux pays le salaire médian stagne voire régresse.

le F.M.I. s’alarme de cette montée des inégalités dans le monde ( lien) et l’économiste américain William Brian Arthur observe que l’économie en est arrivée à un point où la production est largement suffisante pour satisfaire les besoins de tous, mais où les emplois générateurs de revenus suffisants pour accéder à toute cette richesse produite, se font de plus en plus rares. La question centrale n’est donc plus comment produire davantage, mais comment répartir mieux la richesse créée. Pour cet économiste il est urgent d’envisager la transition d’une économie de la production vers une économie de la répartition.

QUAND L’ÉTAT TENTE VAINEMENT DE REDISTRIBUER UN PEU DE CE QUI A ÉTÉ MAL DISTRIBUÉ.

  • Pour compléter le financement de la sécurité sociale et en particulier de l’assurance maladie la C.S.G a été créée et depuis 1991 son taux n’a cessé de croitre. Il atteint aujourd’hui presque les 10% du salaire brut et s’applique à l’ensemble des revenus alors que « dans le même temps » on baisse les cotisations maladie et chômage.
  • Les allocations familiales financées par la cotisation ont perdu leur inconditionnalité et sont aujourd’hui noyées dans un ensemble d’aides à la famille spécifiques à des situations particulières.
  • Devant l’augmentation de la pauvreté une dizaine de minima sociaux ont vu le jour. Le plus emblématique, le RSA concerne de plus en plus d’allocataires. Il évolue avec les ressources et la situation familiale. Seul(e) ou bien accompagné(e) le montant n’est pas le même. Il peut aussi disparaître à la vue de quelques subsides gagnés dans une activité. Conditionnalité qui incite à la fraude et induit les contrôles, cette aide devenant alors une véritable trappe à l’inactivité et à la marginalisation. Face à la complexité des démarches et à la stigmatisation, les non-recours sont aussi très nombreux (1/3 des ayants-droit).
  • Au fil du temps, l’État, pour lutter contre le chômage et au nom de la « compétitivité de notre économie », a contribué à « baisser le coût du travail » par un « allègement des charges » avec les réductions Fillon et le C.I.C.E. Politique de l’offre ruineuse et totalement inefficace pour lutter contre le chômage.
  • Il complète aussi la rémunération des bas salaires avec la prime d’activité. Aujourd’hui, alors que la rémunération du capital par les dividendes n’a jamais été aussi élevée, que les revenus des dirigeants ont encore explosé, c’est plus de 30 % de l’ensemble de la rémunération d’un employé au SMIC qui est financé par l’impôt alors que son montant (1205 € net) arrive à peine à sortir de la précarité le salarié.

Toutes ces aides à l’emploi, à la famille et de lutte contre la pauvreté, avec le renflouement de l’assurance maladie, engloutissent outre la C.S.G. ( autour de 100 milliards), un montant équivalent à l’impôt sur le revenu et à l’I.S.F. (moins de 80 milliards). Impôt sur le revenu payé par un nombre de plus en plus réduit de foyers fiscaux (47 %), I.S.F. qui concerne moins de 1% des contribuables et qui avec Macron est réduit à un impôt sur la fortune immobilière. Contribuables qui rechignent de plus en plus à venir en aide à tous ces « ayants droit » que stigmatise en permanence une partie des responsables politiques. Cette redistribution ciblée et conditionnée, administrée par les pouvoirs publics, ne réussit pas à endiguer les dégâts de ce capitalisme triomphant.

  • Toutes les mal nommées« réductions de charges » octroyées aux entreprises n’ont pas permis de faire diminuer le taux de chômage.
  • Malgré les multiples aides aux familles et les minima sociaux, en 2016, en France, on comptait plus de 9 millions de pauvres devant vivre avec moins de 1000 €, 60% du revenu médian. C’est un million de plus en dix ans. Parmi eux il y a plus de deux millions de travailleurs pauvres qui perdent leur vie à tenter vainement de la gagner.

Que faire pour passer d’une redistribution « corrective » à une redistribution « transformatrice » ?

Augmenter les aides aux plus démunis tout en prélevant toujours plus aux classes moyennes est vain et ne ferait qu’aggraver le fossé entre les inclus et les exclus. Il faut retourner aux fondamentaux et au principe de solidarité universelle qui a été mis en œuvre avec la création de la Sécurité Sociale en 1944.

Cessons d’accepter d’être séparés en catégories hostiles. Bien que les inégalités de revenus et de patrimoine ne cessent d’augmenter, ensemble nous sommes riches si tous nous acceptons de faire partie de la même communauté de destin. Le propre corps social dans son ensemble peut et doit trouver les moyens d’assurer à chacun un revenu décent, dissocié de l’emploi, qui assure à chacun de quoi se nourrir et se loger dignement.

POUR UNE REDISTRIBUTION RÉELLEMENT UNIVERSELLE ET ÉMANCIPATRICE.

Sans perdre de vue l’impérieuse nécessité de déplacer le curseur en faveur du « travail vivant » dans le partage de la valeur ajoutée, on peut dès à présent changer de pied en substituant à la redistribution actuelle ciblée, conditionnée et inefficace, une redistribution universelle par l’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et individuel fondée sur deux principes et une condition :

  • Principe de solidarité : Chacun contribue en fonction de ses moyens à la satisfaction des besoins élémentaires de se nourrir et de se loger dignement en toute circonstance,
  • Principe d’universalité : Tout le monde reçoit, tout le monde participe au financement. A revenu universel, contribution universelle. Contribution qui par rapport au système actuel ne serait pas être plus lourde pour plus de 95 % des foyers fiscaux actuels.

Redistribution qui immunise le corps social contre la pauvreté et qui à donne à chacun les moyens d’être le propre acteur de sa vie.

EFFETS  DU REVENU UNIVERSEL SUR LA REDISTRIBUTION

La distribution des revenus net d’impôt et avec les aides sociales par unité de consommation (2014) en France est donnée par l’histogramme suivant:

 

( Insee, portrait social 2017 )

Ainsi on constate que malgré une redistribution importante , il y a en France autour de 15 % de la population qui vit au dessous du seuil de pauvreté de 1000 € par unité de consommation.

En  substituant à la redistribution actuelle par l’impôt une redistribution inconditionnelle et universelle avec un revenu universel de 800 € financé d’une part par une contribution de 30 % sur les revenus d’activités ( CRU) et une taxe sur les actifs nets de 1,5 % par an (TAN) ( Lire la présentation complète) et en comparant les effets redistributifs des deux systèmes: (1)

On constate :

  • Que la redistribution est beaucoup plus importante dans la catégorie des pauvres et aussi des ménages modestes sans porter préjudices aux catégories des ménages médians ou plutôt aisés.
  • Seuls les ménages aisés et plus particulièrement les très aisés sont davantage mis à contribution sans toutefois que le montant de cet effort de solidarité soit nettement plus important.
  • Le système est en moyenne  globalement en équilibre et s’autofinance sans avoir recours au budget de l’État.

Cette redistribution universelle se fait simplement et donne à la foi sécurité et visibilité à tous les membres de la communauté. A la fin de chaque mois la caisse du revenu universel prélève ou alloue un solde qui est le résultat de la différence entre le montant du Revenu Universel ( R.U.) et la contribution de chacun ( CRU+ TAN ). En moyenne le solde est négligeable ce qui montre bien que le montant « exorbitant » du revenu universel obtenu par la simple multiplication de son montant annuel par le nombre d’habitant que l’on agite pour s’opposer à sa mise en œuvre n’a aucune réalité.

Ainsi cette courte étude, qui demanderait à être affinée, montre la pertinence de réaliser une expérience sur une longue durée sur un site dit de saturation c’est à dire sur une communauté hétérogène avec une population à distribution de revenus similaire à celle de la France, comme par exemple une communauté urbaine. Mis à part le coût de l’étude, il n’en coûterait rien d’autre au budget de l’État.

Il reste à obtenir le feu vert d’un gouvernement pour mener une telle expérience et ce n’est pas gagné car il s’agit de substituer localement un système socio-fiscal par un autre; la majorité parlementaire venant de refuser une expérimentation territoriale visant à instaurer un revenu de base . S’il ne s’agissait pas encore d’un revenu universel, cette proposition avait le mérite d’améliorer la situation de nombreuses personnes, en particulier des allocataires de minimas sociaux et des 18/25 ans (les jeunes étant pourtant particulièrement touché·es par la pauvreté en France) ( lire l’analyse du M.F.R.B. ). Le gouvernement semble avec son projet de « revenu universel d’activité » être plus disposé à transformé le RSA en un contrat du style  » mini-job  » à l’allemand ( lien ) où pour quelques centaines d’euros on contraint l’allocataire à un travail à temps partiel sans couverture sociale, dégradant encore plus la condition de salarié.

Nancy Fraser écrit dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » : « les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. ( …) « Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

Ce mode de redistribution, avec un revenu universel, transformateur et émancipateur  ouvre   la voie vers de nouvelles conquêtes sociales que l’état aujourd’hui de l’ensemble de la société et en particulier de ceux qui tentent de vivre de leur travail  rend utopiques.

 

_________________________

( 1 ) Pour se situer sur le graphe ou dans le tableau. Faire le total des revenus du foyer net d’impôt sur le revenu, avec les aides diverses  et diviser ce total par le nombre d’unité de consommation du foyer:

  • premier membre : 1 unité
  • autre membre de plus de 14 ans: 0,5 unité
  • enfant de moins de 1′ ans : 0,3 unité

Exemple: Un couple avec 2 enfants de moins de 14 ans: ( 1+0,5 +0,3+0,3= 2,1 unités ) avec des revenus disponibles de 4500 € ( 2142 € par unité de consommation) sera dans la tranche des ménages plutôt aisés

Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Gilets jaunes, insécurité sociale et revenu universel d’existence.

Résultat de recherche d'images pour "on veut vivre gilets jaunes"

« Une quinzaine de Gilets jaunes sont présents au rond-point de l’hôpital ce dimanche. » Photo Le Dauphiné Libéré/Bernard FALI

________________________________________________

Depuis  un mois le mouvement des gilets jaunes hurle à la face du monde la détresse de millions de personnes, chômeurs, travailleurs pauvres, artisans, paysans, mères isolées, jeunes sans ressources qui, avec ou sans travail, n’arrivent plus à vivre décemment dans une société où la richesse produite n’a jamais été aussi grande. Il a fallu, samedi après samedi, que ces sans voix,  ces « déplorables de la République » ( 1), manifestent enfin leur colère sous les caméras du monde entier pour que le gouvernement daigne faire un geste. Mais les mesures annoncées sont loin d’être à la hauteur du problème qui se niche au cœur de la création de la richesse: sa répartition entre la rémunération du travail et celle du capital. C’est manifester beaucoup de mépris que d’annoncer une augmentation fictive  du salaire minimum qui au lieu de revaloriser le travail fait appel à la charité des modestes envers les plus modestes qui, par l’impôt et les taxes,  financeront une augmentation d’une prime d’activité que chacun devra quémander auprès de sa Caisse d’Allocation Familiale en exposant ses maigres ressources et  sa vie familiale pour en connaitre le montant. Les travailleurs, comme beaucoup trop de citoyens aujourd’hui  sont ainsi condamnés à la condition d’assistés, incapables de subvenir à leur besoins, dépendants qu’ils sont des ressources d’un État qui année après année jauge le niveau d’acceptabilité de la précarité pour calibrer ces aides.

Il faut dénoncer aussi les tours de passe-passe qui consiste à supprimer des cotisations sociales pour   augmenter  le salaire net, comme si pour se chauffer on en était réduit à brûler ses propres meubles.  A terme c’est la   liquidation de notre Sécurité sociale fondée sur la solidarité  de tous les travailleurs par la cotisation au profit des assurances privées qui ponctionnent, pour assurer à la fois leur mission et le profit de leurs actionnaires, non plus en fonction des moyens de chacun mais bien en fonction des risques individuels couverts.

Face à cette insécurité sociale entretenue par des gouvernements complices de cette prédation des richesses par une minorité qui a décidé de faire sécession, il est temps de reprendre le contrôle de notre  propre sécurité sociale fondée sur les principes d’universalité et de solidarité de l’ensemble des citoyens dans l’esprit de ceux qui en 1945 ont posé les premiers pierres de ce bel édifice.

QUAND LE TRAVAIL NE PAIE PLUS

Depuis quatre décennies on a assisté impuissant tout d’abord à la montée du chômage et à l’accroissement du nombre  d’exclus de l’appareil de production.  les sans travail, les sans revenus, les sans domicile fixe, bref les sans argent sont de plus en plus présents dans nos villes et villages. L’État, au fil du temps, a mis en place des aides diverses et variées, conditionnées , complexes à mettre en œuvre, avec la création de minima sociaux comme le R.S.A. et le minimum vieillesse ( A.S.P.A.), d’aides aux familles ( A.P.L.,P.A.J.E., allocation de rentrée scolaire,etc…), aides financées en partie par l’impôt sur le revenu payé par moins de la moitié des foyers fiscaux. Alors,  dans l’imaginaire collectif est né ce « monde des assistés » financés par « ceux qui se lèvent tôt pour aller travailler ». Clivage qui développe la défiance, l’esquive et le ressentiment. Pendant qu’on continue à se chamailler sur ces «petites inégalités » qui empoisonnent notre quotidien, les ultra-riches jouissent pleinement de leurs privilèges et vivent dans la démesure.

Mais peu à peu le mal s’est étendu à ceux  qui tentent de vivre de leur travail. Au nom d’une compétitivité internationale , d’une mise en concurrence des travailleurs du monde entier, il a fallu travailler plus pour gagner moins. Il a fallu, à cause de la flambée de l’immobilier, s’éloigner des centres villes pourvoyeurs d’emplois. Il a fallu encaisser la montée lente mais continue  des charges fixes ( loyer, transport, énergie, ) percluses de taxes au taux pouvant dépasser les 60 %, taux digne de l’impôt d’un patron du CAC 40 en mal d’optimisation fiscale. Peu à peu, comme c’est le cas encore aujourd’hui à Blanquefort avec la fermeture de l’usine Ford ( lien ), au gré des délocalisations et restructurations, les cols bleus, ces ouvriers fiers de leur métiers, disparaissent, emportant avec eux leur organisation de classe. L’uberisation et la numérisation  de l’économie n’ont fait qu’accélérer le phénomène en créant un marché de l’emploi à deux vitesses: une poignée de techniciens, ingénieurs et commerciaux hautement qualifiés d’un coté, bien rémunérés, et de l’autre une armée de tâcherons, souvent isolés, au statut précaire, payés au salaire minimum, quelques dizaines d’ euros au dessus du seuil de pauvreté, et qui ne peuvent joindre les deux bouts que grâce encore à l’aide de l’État qui a dû inventer cette prime d’activité pour rendre acceptables ces emplois soldés au service d’entités internationales qui font fi des États qui les accueillent et qui concentrent la richesse entre de moins en moins de mains.

» There is no society  » : »la société n’existe pas. » affirmait Margaret Thatcher le 4 mai 1979. Quarante ans après  le désastre est sous nos yeux: comme un morceau de sucre au fond d’une tasse la société s’est dissoute. La classe moyenne qui était le noyau autour duquel s’organisait l’activité a fondu. Le système économique, basé sur l’exploitation de technologies de plus en plus  sophistiquées  et sur la concentration des moyens financiers  ne profite plus qu’à une minorité cosmopolite, de plus en plus étroite.  Les emplois capables de générer des revenus suffisants pour avoir accès à tous les biens produits se font de plus en plus rares.  Alors que faire devant ce désastre sociétal où une minorité ne sait comment utiliser sa puissance financière, spéculant en bourse et provoquant des faillites, spéculant dans l’immobilier et multipliant les expulsions et les exclusions des centres villes, spéculant dans l’art  et le rendant inaccessible , pendant que ceux qui n’ont que le travail comme seule richesse sont condamnés à perdre leur vie à essayer de la gagner ? Que dire à ces sans-culotte 2.0 qui depuis bientôt un mois tournent en rond  sur les ronds points de cette France périphérique, véritables barricades des temps modernes ?

Depuis Thatcher dans le partage de la valeur ajoutée  le travail vivant a perdu 10 % au profit de la rémunération du capital. En France 10 % , c’est 200 milliards qui chaque année manquent à la rémunération du travail, c’est 200 milliards qui vont dormir dans des paradis fiscaux, spéculer en bourse ou s’accaparer de nouvelles proies sans contribuer à la solidarité nationale.

Pour l’économiste américain William Brian Arthur, la question centrale n’est pas comment produire davantage mais bien comment répartir mieux la richesse créée.

En effet aujourd’hui le travail ne paie plus et il  n’arrive plus à assurer les deux fonctions qui lui sont propres qui sont:

  • produire les conditions élémentaires d’existence, définies par l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires »
  • se réaliser , se produire soi-même en fonction de ses compétences au sein d’un collectif social et culturel. ( lire de JM Harribey :la-centralite-du-travail-vivant )

Avant de pouvoir distribuer mieux la richesse créée par une plus juste répartition de la valeur ajoutée en faveur du travail, on peut déjà s’attaquer à sa  redistribution que l’État a du mal à assurer afin de garantir à chacun ce droit élémentaire à un niveau de vie suffisant. Ensemble, avec le monde d’en haut et le monde des moins que rien, nous avons les moyens d’assurer à chacun de quoi  vivre dignement, en socialisant une partie de nos revenus et de notre patrimoine pour allouer à chacun un revenu d’existence.

Il reste à faire en sorte que le travail de l’ingénieur en informatique, du trader à la BNP, du propriétaire immobilier comme celui des nombreux  « eachers » ,  » stowers », « pickers »,  « packers » de chez Amazon (2) assure à tous les conditions élémentaires d’existence , comme doit être assuré l’accès aux soins, à l’instruction et à la formation tout au long de la vie.

POUR UNE REDISTRIBUTION RÉELLEMENT UNIVERSELLE ET ÉMANCIPATRICE.

» Vous voulez les pauvres secourus, je veux la misère supprimée. » Victor Hugo,  » Quatre-Vingt-Treize » ( 1874)

Sans perdre de vue l’impérieuse nécessité de déplacer le curseur en faveur du « travail vivant » dans le partage de la valeur ajoutée, on peut dès à présent changer de pied en substituant à la redistribution actuelle organisée par l’État, ciblée, conditionnée et inefficace, une redistribution universelle transformatrice par l’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et individuel fondée sur deux principes et une condition:

  • Principe de solidarité : Chacun contribue en fonction de ses moyens à la satisfaction des besoins élémentaires de se nourrir et de se loger dignement en toute circonstance,
  • Principe d’universalité : Tout le monde reçoit, tout le monde participe au financement. A revenu universel, contribution universelle. Contribution qui par rapport au système actuel ne serait pas être plus lourde pour plus de 95 % des foyers fiscaux actuels. (3)
  •  Enfin, ce revenu dissocié de l’emploi doit être d’un montant suffisant pour éradiquer tout au long de la vie la pauvreté en se substituant à toutes les aides conditionnées ( jamais de revenus individuel par unité de consommation (4) < 1000€).

Pour son financement il n’est pas nécessaire de chercher bien loin : Ensemble,  ceux dans bas avec ceux dans haut , nous sommes riches et nous pouvons assurer notre minimum vital. En France:

  • Les revenus de l’ensemble de la population sont de 1 300 Milliards,
  • Le patrimoine privé net est de 11 500 milliards très inégalement répartis.

Ainsi par :

  • Une cotisation individuelle, se substituant à la C.S.G. et à l’impôt sur les revenus, sur l’ensemble des revenus d’activités et qui ne souffrirait aucune exemption, pourrait assurer une partie importante du financement.
  • Une taxe sur les patrimoines privés, dont la concentration atteint aujourd’hui des sommets, contribuerait à redistribuer à chacun de nouveaux atouts dans son jeu.
  • En ajoutant une cotisation sur l’excédent brut d’exploitation qui permettrait de mettre à contribution les machines (le « travail mort » cher à Marx ) qui se substituent de plus en plus au travail humain. Cela allègerait du même coup le fardeau qui pèse sur les salaires par la suppression de la cotisation des allocations familiales devenue inutile.
    •  Par exemple, avec une cotisation de 30 % en moyenne des revenus brut d’activité, une T.A.N. (Taxe sur l’Actif Net) de 1,5 % par an en moyenne, sur le patrimoine, une cotisation de 7,5 % de l’E.B.E. (Excédent Brut d’Exploitation) on peut financer un revenu d’existence de 750 € modulé tout au long de la vie. (de 250 € à la naissance à 1000 € ) ( Lire : Ca changerait quoi pour vous un revenu universel et inconditionnel.)

Administré par une caisse comme celle des allocations familiales, il n’en coûterait rien au budget de l’État. Au contraire, le revenu universel remplaçant toutes les aides à l’emploi, à la famille, aux plus démunis, l’État pourrait se passer des ressources actuelles de l’Impôt sur le revenu,  et de ce qui reste de  l’I.S.F.

Dans ce nouveau mode de redistribution universel, sans effet de seuil, la communauté se donne les moyens de distribuer à chacun un revenu de base vital, véritable carte maitresse pour l’émancipation individuelle, pour réellement exister  dans et hors l’emploi ou de l’activité rémunérée que l’on exerce.

Ce nouveau droit social à une existence digne  renforce le système de sécurité sociale financé par la cotisation sur les salaires (assurance maladie, assurance chômage et système de retraite par répartition). Il complète le programme de la Sécurité sociale mise en place il y a 70 ans tel qu’énoncé dans l’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère

En ce qui concerne l’assurance maladie et l’assurance chômage, il ne fait aucun doute qu’elles seront, au fil du temps, moins sollicitées grâce à la sécurité que ce nouveau droit apporte à l’exercice d’une activité, au choix d’un métier, en ouvrant la voie vers le partage des emplois par la réduction du temps de travail contraint pour aller vers « la civilisation du temps libéré » chère à A. Gorz . Il donne enfin à chacun les moyens de cotiser à hauteur suffisante pour assurer le financement d’une sécurité sociale universelle.

Ce mode de redistribution  ne prétend pas renverser le capitalisme. Il s’agit, en ne stigmatisant personne, de lutter efficacement contre la pauvreté, la précarité et de permettre à chacun d’être en position de force et en pleine possession de ses moyens dans son rapport au travail . Après quarante ans de  démantèlement des « communs »  par les idéologues libéraux, les travailleurs des usines comme des champs ne sont pas sortis indemnes de ces attaques incessantes sur les conquis sociaux du mouvement ouvrier. Comme l’explique le milliardaire W. Buffet, dans cette guerre globale de la classe dominante envers les classes populaires, c’est la classe des riches qui l’a gagné.  Avec une armée de réserve de plus de 6 millions de chômeurs et de 9 millions de pauvres, dont plus de 2 millions de travailleurs pauvres, il est difficile de mobiliser sur une alternative en rupture avec le capitalisme. Il faut d’abord redonner à chacun les moyens matériels d’espérer à un autre monde car la misère et l’aliénation ne sont pas  toujours bonnes conseillères.

Ainsi libéré de la pauvreté, de la précarité et du chômage, on pourra se donner les moyens de reconsidérer le « travail vivant » dans toute sa valeur et dans toutes ses multiples déclinaisons, celui-ci n’étant plus asservi à l’obligation de survie.

______________________________________

Pour soutenir cette belle idée dont l’heure est venue, inscrivez-vous sur le site du CESE, votez et partagez:

Pour une redistribution de la richesse, universelle et émancipatrice avec un revenu d’existence.

_____________________________________

  • (1) En référence au livre de Christophe Guilluy   » NO SOCIETY – La fin de la classe moyenne occidentale  » Flammarion  Chapitre 3  » Qui veut être un déplorable ? »  P.78 :  » La perte de ce statut de référent culturel qui condamne la classe moyenne occidentale fragilise le modèle et les valeurs de la société elle-même. (…) Exclues du modèle économique, ces catégories allaient peu à peu devenir celles auxquelles il ne fallait pas ressembler. La figure du déplorable était née » .  En septembre 2016 la candidate démocrate Hillary Clinton qualifie pour la première fois l’électorat de Trump de « basket of deplorables »  » panier de gens déplorables »

 

  • (2) Dans le jargon d’Amazon : « les « eachers », pour réceptionner les marchandises et les enregistrer informatiquement;les « stowers », pour les ranger dans les kilomètres d’étagères de l’entrepôt; les « pickers », pour arpenter les allées et rassembler les produits commandés; ou les « packers», pour les emballer avant expédition.

Lire : http://alternative21.blog.lemonde.fr/2013/12/19/amazon-le-pere-noel-est-une-ordure/

Publié dans revenu de base | Laisser un commentaire

Gilets Jaunes, S.M.I.C. et revenu d’existence.

Résultat de recherche d'images pour "gilets jaunes arc de triomphe"

Autour de l’Arc de Triomphe à Paris le 24 novembre. – AFP

________________________________________

Depuis deux semaines des invisibles, des « gens qui ne sont rien », travailleurs salariés ou indépendants aux revenus modestes de la France du péri urbain, des ronds points et centres commerciaux, crient leur colère à la face de « ceux qui réussissent ». L’augmentation des taxes sur les carburants a été l’étincelle qui a provoqué cette explosion sociale, expression du ras- le -bol de citoyens qui en ont marre de perdre leur vie à essayer de la gagner, qui n’arrivent plus avec leurs maigres revenus perclus de taxes à vivre leur propre vie. Conscients d’être les dindons de la farce de la mondialisation et de l’explosion des inégalités qui en est la conséquence, ces gilets jaunes n’acceptent plus d’être plumés par un État qui non seulement ne redistribue plus l’impôt collecté mais au contraire leur supprime, au nom d’une rationalité désincarnée, des services publics vitaux comme les écoles, les maternités et hôpitaux de proximité, les condamnant à rester des heures ceinturés au siège de leur voiture à galérer sur des routes départementales, surveillés par des radars impitoyables qui ne manquent pas, en cas de dépassement des 80 kilomètres/heure, de siphonner encore un peu plus leur compte en banque.

Pour comprendre ce ras-le-bol fiscal il faut expliquer pourquoi le smicard, qui bien que dispensé de payer l’impôt sur le revenu, est soumis à un taux marginal d’imposition digne d’un patron du C.A.C 40.  Il faut aussi dénoncer cette redistribution des richesses financée par l’impôt et les taxes qui trop souvent fait les poches des travailleurs modestes pour servir les plus riches à coup d’allégement de « charges » ou de réductions d’impôt. (1) Après ce constat, que les gilets jaunes dénoncent sur tous les ronds points, il faudra remettre à l’endroit ce qui fonctionne à l’envers et esquisser un moyen de donner à chacun, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, une sécurité financière qui lui permette de sortir enfin la tête de l’eau. Il faut pouvoir non  seulement  vivre de la rémunération de son travail  mais aussi pouvoir s’épanouir à la fois dans l’exercice de son métier et dans le temps pour soi. Pour cela il faut pouvoir assurer, garantir en toutes circonstances les fins de mois  pour pouvoir permettre à chacun de s’engager dans la conduite des affaires communes et  pouvoir enfin amorcer une véritable transition écologique.

LE TRAVAILLEUR AU REVENU MODESTE ACCABLÉ DE TAXES.

Aujourd’hui le SMIC est d’un montant net de 1150 €, s’y ajoute une prime d’activité, financée par l’impôt et les taxes, de l’ordre d’une centaine d’euros.  On peut être certain qu’un salarié payé au SMIC consacre la totalité de sa paye à des dépenses contraintes: loyer ou mensualité d’emprunt pour se loger, nourriture et consommables divers, énergie pour se chauffer ainsi que pour les usages domestiques, frais de déplacement. Dans tous ces postes de dépenses l’État prélève taxes et impôts.

  • Taxe d’ habitation, taxe des ordures ménagères, taxe foncière pour le logement,
  • T.V.A pour l’alimentation ( 5 % ) et les produits divers, ( 20 %)
  • TVA et taxes diverses pour l’énergie  ( 30 %), pour l’électricité c’est 36 % avec une augmentation de 40 % des taxes entre 2012 et 2016.( lien ), de 650 % depuis 2000!
  • TVA et taxes diverses pour le carburant ( 60 %)

A cela s’ajoute la taxe sur les cigarettes, sur les jeux etc…

Suivant la distance  à parcourir pour joindre au quotidien son lieu de travail, faire ses courses ou accompagner les enfants à l’école, on peut consacrer une part non négligeable de son salaire, qui peut atteindre 15 % à 20 %, en dépense en carburant; part du salaire qui sera ainsi imposée à un taux marginal de 60 %, taux  nettement supérieur au taux maximal de l’impôt sur le revenu qui est de 45 % pour les revenus supérieurs à 154 000 € par part. Il en est de même pour la facture énergie du logement avec 30 % de taxes diverses.

Étant donné que la part consacrée à la consommation d’énergie pour le chauffage et la mobilité diminue avec le montant des revenus, il s’agit bien par ce mode d’imposition d’un système régressif où, les plus démunis, les plus isolés dans le territoire, contribuent davantage à financer soit des services qui n’existent plus dans leur quartier, soit  des allègement fiscaux pour les plus aisés ou pour les entreprises. Il s’agit bien d’une injustice fiscale que les gilets jaunes ont raison de dénoncer.

QUAND LE SALAIRE EST PAYÉ EN PARTIE PAR LA CONTRIBUTION FISCALE DES PROPRES SALARIES.

Au nom de la « compétitivité internationale » , de la baisse des « coûts du travail  » les gouvernement successifs n’ont eu de cesse que  » d’alléger les charges patronales » pour les bas salaires, sans exigence de contreparties de la part des entreprises et sans tenir compte du taux de marge des entreprises. Ainsi des multinationales comme Carrrefour, gros employeurs de smicards à temps partiel, ont pu verser à leurs actionnaires de confortables dividendes payés en partie par les contribuables.( lien )

En 2019 , les divers allègements de cotisations employeurs ( C.I.C.E., Réduction Fillon, etc..) vont atteindre pour un salaire au SMIC  7140 € par an ( lien ) soit 595 € par mois. Sachant que les cotisations employeurs sont à ce niveau de 623 € cela signifie que l’employeur est quasiment totalement dispensé de sa contribution au salaire socialisé, l’État, c’est à dire les citoyens,   prenant à sa charge l’ensemble de la protection sociale de ses employés.

On peut affirmer aujourd’hui qu’un travailleur payé au SMIC est rémunéré à hauteur de 30 % par la solidarité nationale ( Allègement de cotisations et prime d’activité à comparer à l’ensemble de la rémunération ). Ainsi c’est le salarié qui doit lui même contribuer, par les impôts et les taxes qui l’accablent, à sa propre rémunération. Totalement absurde.

Il ne reste bientôt plus qu’au patronat de demander la nationalisation totale de la main d’œuvre qui, comme en Corée du Nord, serait mise  à disposition des entreprises pour parachever le vieux rêve libéral de la privatisation des profits et de la nationalisation des charges.

Un autre paradigme existe. Il est fondé sur un partage plus équitable de la valeur ajoutée et sur une socialisation d’une part du salaire et de la valeur du patrimoine sous la forme d’un revenu universel sans que l’État n’ait à intervenir.

VERS UNE ALTERNATIVE: POUR UNE ALLOCATION UNIVERSELLE D’EXISTENCE, VÉRITABLE SALAIRE SOCIALISÉ.

Si la capacité du revenu universel à lutter contre la pauvreté est indéniable, ( lien )  il ne faut pas s’arrêter à cette seule dimension. Non seulement il permet à tous ceux qui n’ont pas d’autres revenus de vivre dignement, il assure aussi un complément non négligeable aux travailleurs à temps partiel et aux bas salaires, dispensant l’État non seulement du versement du RSA mais aussi de la prime d’activité. Par exemple avec un revenu universel de référence  750€  et une cotisation universelle de 30 % sur les revenus d’activités, qui se substitue à l’impôt sur les revenus et à la C.S.G., on obtient un revenu total net de 1487 € au lieu actuellement de 1264 € ( avec la prime d’activité et l’allocation logement) soit une augmentation des revenus de 18 %.

Il reste aussi à s’occuper de la contribution sociale des employeurs  calculée actuellement sur l’assiette des salaires bruts et prise en charge en grande partie par l’État et qui lui coûte un « pognon de dingue« .

Pour cela il faut revenir sur le douloureux partage de la valeur ajoutée entre la rémunération du capital ( intérêts, dividendes,amortissements ) et la rémunération du travail humain (lien). Dans tous les pays ce partage ne cesse, au fil du temps, à se faire de plus en plus en faveur du capital ( lien ). Ainsi dans l’OCDE de 1976 à 2006 la part des salaires dans ce partage est passée de 67 % à 57 %.

Aujourd’hui en moyenne, en France,  le partage de la valeur ajoutée est de 60 % pour les salaires et cotisations et 40 % pour le capital ( E.B.E). Mais cette moyenne cache des disparités énormes entre les branches d’activités, la nature et la dimension des entreprises. ( voir rapport de l’INSEE page 35 ) La masse salariale avec les cotisations  peut évoluer entre 95 % de la valeur ajoutée pour une petite entreprise de service, jeune, et 28 % pour une grande entreprise, installée depuis longtemps et fortement automatisée.

Changer de paradigme c’est aussi comprendre, comme le suggérait déjà Charles Léonard de Sismondi ( 1737-1809 ) (2) que la machine qui remplace l’homme et crée de la richesse à sa place doit contribuer à la solidarité de tous.

Sans changer les masses globales, si ,au lieu de calculer le montant des cotisations dites patronales ( 42 % du salaire brut  ) sur l’assiette des salaires, ce qui contribue à augmenter artificiellement la masse salariale, on prend comme référence l’Excédent Brut d’Exploitation (E.B.E) on contribue à rééquilibrer la charge entre les entreprises de très haute technicité avec peu de main d’oeuvre et les P.M.E de service.

Par cette bascule sur l’ E.B.E . des cotisations sociales dont le pourcentage représente en moyenne 18,5 % de la valeur ajoutée globale, on obtient un taux de cotisation  sur l’E.B.E du même ordre: 45%. Mais une entreprise employant beaucoup de salariés peu qualifiés, avec une part de salaire sur la valeur ajoutée  de 80 %, paiera en proportion deux fois moins de cotisations qu’une entreprise fortement automatisée dont la part des salaires n’est que de 40 %. De même une entreprise jeune qui ne réalise pas encore d’excédent ne paiera pas de cotisations sociales. Enfin une entreprise qui créé de l’emploi aux dépens de son taux de marge verra ses cotisations diminuer alors que celle qui licenciera pour augmenter son taux de marge contribuera davantage.

Sans faire appel à l’État on a ainsi un instrument de régulation qui permet de continuer à financer et à pérenniser un système public  de protection des travailleurs et de sécurité sociale universelle, financé par la cotisation, tout en prenant en compte, entreprise par entreprise, de l’importance réelle  qu’a chacun des partenaires, capital et travail, dans la création de  la richesse.

Libéré de cette absurde dépense que sont les allègements de charge ( 40 milliards en 2019), l’État pourrait consacrer cet argent à revoir l’ensemble de la politique de taxation punitive sur les carburants et autres combustibles tout en incitant financièrement les citoyens à aller vers une économie du quotidien moins polluante.

Enfin la socialisation d’une part des revenus d’activité sous la forme d’une allocation d’existence, en sécurisant financièrement l’individu,contribue aussi à donner à chacun la capacité de choisir, de dire non, de se dégager de la tutelle d’un emploi de survie, bref d’être maître de son destin, et ainsi d’être en capacité d’affronter la nécessaire transition écologique que nous impose notre modèle de développement jusqu’à présent fondé sur la croissance sans fin de la production de richesses aux dépens des ressources disponibles et de notre environnement terrestre.

Soyons donc reconnaissants aux gilets verts d’avoir alerter nos dirigeants et l’ensemble de la communauté qu’il n’y aura pas de transition vers un monde plus respectueux de notre environnement sans justice sociale, sans  un partage plus équitable à la fois de la richesse créée et de la contribution  que chacun doit consentir.

_______________________________________

(1) lire dans Libération: Le gouvernement-a-t-il-avoue-dans-un-courrier-a-bruxelles-que-le-CICE serait-finance-par-la-fiscalité ?

(2) Le machinisme: D’après la thèse de Sismondi, l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne. ( source Wikipedia)

Publié dans revenu de base, Société | Laisser un commentaire