Élection présidentielle 2022, Il est où le revenu universel d’existence ?

En 2017, avec Benoit Hamon, candidat du Parti socialiste, le revenu universel avait conquis droit de cité dans le débat public et il était enfin sorti du ghetto des utopies et des belles idées qui traversent les siècles sans réussir à s’ancrer dans le réel. Depuis, la crise des gilets jaunes, la crise du Covid 19, la crise énergétique actuelle n’ont cessé de nous alerter sur la détresse de millions de personnes, cette France qui est à 1 euro près, qui, avec ou sans travail, n’arrivent plus à vivre décemment dans une société où la richesse produite n’a jamais été aussi grande. En France il y a plus de 9 millions de personnes qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté soit moins de 1100 € environ et, parmi elles il y a plus de 2 millions de travailleurs.

Devant cette situation il devrait être du devoir de toute communauté politique et de ses dirigeants d’assurer en toutes circonstances, à tous ses membres, les conditions concrètes d’existence. En 2022, les prétendants à la fonction suprême sont particulièrement timorés dans leurs propositions concernant une nécessaire allocation universelle d’existence conçue non comme une aide sociale supplémentaire qui assujettit les individus mais comme un droit humain universel qui élève et permet de se libérer d’un emploi de survie aliénant. Aucun des candidats ne porte l’idée d’un revenu universel inconditionnel et individuel même si le parti EELV a inscrit cette proposition dans son programme.

Dans ce diaporama: nous avons classer les candidats ( 10 sur 12 ), qui ont dans leur programme des propositions de protection sociale, suivant différents critères (publics concernés, conditionnalités, montants, modalités, modes de financement) en fonction de leur proximité de cette belle idée dont l’heure est venue. L’analyse ci-après des mesures d’assistanat proposées dans les divers programmes permet de mesurer la distance qui les sépare d’une vision émancipatrice du citoyen et de la citoyenne.

DIAPORAMA:

VOTONS RUE

LES CANCRES

Les cancres sont les candidats de d’extrême droite, de droite et d’En Marche qui conditionnent le versement du RSA à une activité, à la nationalité et qui continuent à exclure les jeunes de 18 à 25 ans de ce minimum vital. Pour les victimes du système économique, à la souffrance de la pauvreté s’ajoute la souffrance due à la stigmatisation, à l’humiliation et à la ségrégation.

Il faut cesser de faire porter sur les pauvres la responsabilité de leurs difficultés, de leur échec à trouver un emploi qui corresponde à la fois à leurs compétences et à leur choix.

Le RSA doit rester un droit inconditionnel à un minimum vital que doit garantir la communauté aux victimes du système économique et il est du devoir des institutions d’accompagner ces allocataires en répondant à leurs besoins propres pour sortir de la précarité et en finir avec les difficultés quotidiennes à assurer l’essentiel pour soi et sa famille. Avec ces candidats tout est à l’envers. Pour eux il serait du devoir de la victime d’accepter de répondre aux besoins de l’institution pour avoir le droit de survivre. Recalés.

LES CANDIDATS QUI POURRAIENT MIEUX FAIRE

Beaucoup de candidats, de gauche en général, portent des propositions qui améliorent le sort de ceux qui doivent vivre dans la précarité par l’extension des droits aux jeunes, par des mesures catégorielles qui concernent les étudiants, par une revalorisation des aides. Mais la plupart des propositions esquissées n’arrivent pas à sortir d’une logique d’assistanat qui se limite soit à une simplification d’un système de redistribution complexes, soit à l’automatisation de l’allocation d’aides sociales sous la forme d’un revenu minimum garanti pour les plus démunis. Par les diverses conditionnalités, par un montant trop faible, par des mesures catégorielles, jamais on ne sort d’un système d’aides sociales curatives pour les victimes d’une distribution inégalitaire de la richesse créée.

Si certaines propositions peuvent constituer une première étape vers un revenu universel, dans l’ensemble elles sont insuffisantes. Loin d’être universel, un système qui n’aide que les pauvres creuse encore l’écart qui les sépare du reste de la société. Une politique pour les pauvres est une pauvre politique observe Richard Titmuss, théoricien de l’État social britannique. 

En outre deux sociologues suédois ont démontré que les pays où les programmes gouvernementaux étaient le plus universels étaient ceux qui réduisaient le mieux la pauvreté. Les gens sont plus ouverts à la solidarité quand elle leur profite personnellement.

QUE FAIRE ?

Alors que faire quand la distribution de la richesse par le travail (salaires et cotisations) est de plus en plus erratique, que l’insécurité sociale règne alors que la richesse créée n’a jamais été aussi importante ?

Comment assurer à tous les membres de la communauté, en toutes circonstances les conditions concrètes d’existence ?

Comment passer d’une aumône d’État qui assujettit à l’exercice d’un droit universel qui élève ?

Sans perdre de vue le combat pour rééquilibrer en faveur du travail le partage de la valeur ajoutée, on peut dès à présent changer de pied en :

  1. D’une part, répartissant mieux la solidarité entre travail et capital dans le partage de la valeur ajoutée – les machines qui remplacent de plus en plus les humains doivent aussi contribuer par une cotisation à l’existence des salariés qu’elles remplacent, comme le préconisait déjà Sismondi au début du XIX° siècle[1]  et B. Hamon avec la taxe robot.
  2. D’autre part, en substituant à la redistribution actuelle, faite d’aides sociales organisée par l’État une redistribution universelle transformatrice, préventive et inclusive (Nancy Fraser),[2]  administrée par une branche de la Sécurité sociale.
  3. Le tout, pour financer une allocation d’existence inconditionnelle et individuelle fondée sur le principe de solidarité universelle : Chacun contribue en fonction de ses moyens (en revenus et en patrimoine) à la satisfaction des besoins élémentaires de l’ensemble de la communauté.
  4. A revenu universel, contribution universelle.

UNE PROPOSITION DE RUE

Cette allocation universelle d’existence  devrait constituer le premier dénominateur commun d’un programme de gouvernement, encore faudrait-il qu’elle permette à toutes et tous de s’affranchir de la charité publique qui vous oblige. Car il ne peut y avoir de liberté ni de démocratie réelle sans égale considération, sans égalité des droits humains et sans la solidarité des uns envers les autres pour garantir l’égale participation à la vie sociale et politique de l’ensemble des citoyens.

Pour ne plus subir mais pouvoir choisir , pour ne plus subir et pouvoir agir. 

______________________________


[1] D’après la thèse de Jean de Sismondi, (1773- 1842) l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. Sismondi considère que l’inégal partage des richesses est doublement néfaste : c’est injuste et cela provoque des crises de surproduction. Il pense alors à faire augmenter les salaires grâce aux surprofits que crée la machine qui remplace l’ouvrier, en réduisant le temps de travail et en interdisant le travail des enfants. (Wikipédia)

[2] Comme l’écrit Nancy Fraser dans : « Qu’est-ce que la justice sociale ? » : « Les remèdes correctifs à l’injustice sont ceux qui visent à corriger les résultats inéquitables de l’organisation sociale sans toucher à leurs causes profondes. Les remèdes transformateurs, pour leur part visent les causes profondes. » ( …) « Combinant systèmes sociaux universels et imposition strictement progressive, les remèdes transformateurs, en revanche, visent à assurer à tous l’accès à l’emploi, tout en tendant à dissocier cet emploi des exigences de reconnaissance. D’où la possibilité de réduire l’inégalité sociale sans créer de catégories de personnes vulnérables présentées comme profitant de la charité publique. Une telle approche, centrée sur la question de la distribution, contribue donc à remédier à certaines injustices de reconnaissance. »

Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Élection présidentielle 2022, Il est où le revenu universel d’existence ?

  1. vdeleu dit :

    Bonjour ! Merci pour cet article ! Synthétique, agréable à lire et à point nommé pour nous éclairer ! Peux-tu donner ta source sur « deux sociologues suédois ont démontré que les pays où les programmes gouvernementaux étaient le plus universels étaient ceux qui réduisaient le mieux la pauvreté » ? J’aimerais creuser un peu 🙂 Merci !

    Aimé par 1 personne

  2. Bertrand Duprat dit :

    Bravo pour cette présentation claire des propositions des candidats, avec laquelle on constate leur manque de motivation (de -5 à +12), alors que cette idée, neuve à défaut d’être nouvelle, aurait pu, pour la gauche, constituer un formidable vecteur autour duquel se rassembler, gagner et entrer enfin dans le XXIéme siècle social !

    Aimé par 1 personne

  3. Rachet dit :

    Bonjour. Merci pour votre remarquable travail d’observation et d’analyse qui démontre bien que cette situation est injuste et surtout, injustifiée !
    Car c’est en effet tout à fait réalisable, les volontés politiques ne sont tout simplement pas suffisamment manifestes, voire carrément hostiles à cette idée. Selon moi une société « civilisée » et équitable ne devrait même pas envisager les choses autrement, la naissance devrait, de fait, ouvrir ces droits et ce sans condition. Car nul(le) n’a demandé à venir au monde et cette nécessité de devoir lutter pour vivre dans une société qui se veut égalitaire me choque.
    Moi même j’étais en difficulté scolaire, j’ai dû batailler avant d’avoir droit au RSA, mais les conditions requises pour l’obtenir sont exigeantes, et cela m’a entraîné, par contrainte, sur des voies sans débouchés, alors que le revenu de base m’aurait peut-être permis de me construire un projet concret et congruent. Bref, je défends sans réserve votre mouvement, et je déplore le fait que si peu de politiques ne s’emploient à défendre cette belle idée, qui ferait évoluer notre société vers plus de justice sociale et humaine.

    Aimé par 1 personne

  4. Alain Dorier dit :

    Quel serait mon nouveau revenu avec un revenu de base ? Si mon revenu d’activité mensuel est de 0€ 600 € 1000 € 3000 € 10 000 € 100 000€ .J e pense que la population attend une information concrète . Je vous remercie de me communiquer vos réponses . Cordialement .

    J’aime

    • Bonjour,
      Sachant que ce revenu de base remplacerait les aides sociales financées par l’impôt, cela dépend des aides que vous recevez ( RSA, Primes d’activité, etc …) et/ ou des impôts que vous payez actuellement. Je vous conseille d’utiliser le simulateur suivant :
      SIMULATEUR RB 890 € que vous trouverez sur la page :L’allocation universelle d’existence, présentation de la version d’octobre 2021
      Publié le 26 septembre 2021
      Le diaporama « présentation de l’allocation universelle » présente de très nombreux cas.
      Bien cordialement GV

      J’aime

  5. Ping : Le journal du revenu de base : avril 2022

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s