Jeunes générations : vers une allocation universelle et une dotation tremplin

____________

Aujourd’hui les jeunes sont les grands oubliés de la crise et beaucoup trop de familles ont beaucoup de difficultés pour réussir à élever dans de bonnes conditions leurs enfants. Elles sont dépendantes de nombreuses aides de l’État ou des collectivités locales, aides conditionnées, dont il est difficile d’en faire la liste tant elles sont diverses[1]. A 18 ans et ce jusqu’à 25 ans, alors qu’ils sont majeurs civilement, les jeunes sont les grands oubliés de la solidarité nationale. La crise du COVID-19 n’a fait qu’accentuer cet état de fait. Si proposer un RSA jeune, voire un revenu minimum garanti, peut être considéré comme une avancée, ces mesures ne font qu’accroitre la dépendance de la personne à des aides financées par l’impôt[2]. Répétons-le le corps social dans son ensemble a les moyens de se libérer de ces aides qui rabaissent et d’assurer ce droit à une vie digne en toute circonstance, où que l’on soit, par la solidarité de tous et toutes.

Il est possible dès aujourd’hui d’en finir avec toutes ces aides curatives, conditionnées, stigmatisantes, qui ne réussissent pas à vaincre la précarité et la pauvreté des jeunes générations, avec des allocations familiales universelles, individuelles et conséquentes et une dotation / revenu tremplin de 18 à 25 ans. L’ensemble serait financé par une contribution sur le patrimoine net privé, manifestation d’une véritable solidarité intergénérationnelle. Le libéralisme ne cesse de condamner l’avenir, ouvrons grand les portes vers une allocation universelle d’existence, véritable assurance vie pour les nouvelles générations.


_________________

ETAT DES LIEUX

La précarité commence dès la naissance.

A la naissance, l’être humain est un être inachevé, un être fragile, qui pour son développement physique, psychique et cognitif a besoin d’être accompagné pendant de longues années. C’est par l’éducation et l’instruction qu’il acquiert les savoir-faire, les connaissances, la maitrise de son environnement culturel. Au fil du temps, ses capacités et son autonomie se développent et lui donnent les moyens de se libérer des programmations héréditaires.

La plasticité du jeune être humain explique aussi la vulnérabilité des petits et leur longue dépendance à des adultes. La socialisation de l’individu comme la formation d’individus autonomes sont des processus longs, complexes et coûteux.

« Ce « manque de nature » doit être compensé par l’acquisition de la culture qui permet à l’être humain d’agir sur le monde pour mieux l’habiter »[3]

En conséquence, la richesse et les spécificités de l’environnement familial, culturel, socio-économique dans lequel se développe l’être humain participent à sa construction et à son épanouissement. Dans un milieu frustre où le manque est quotidien, il ne sera pas possible de construire la même personne que dans un milieu qui répond pleinement aux besoins de l’enfant. Ainsi, les inégalités sociales des parents nourrissent l’inégal accès à l’éducation des enfants, qui nourrit à son tour les inégalités sociales parmi les jeunes adultes.

En France, selon l’Unicef, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, soit près de 3 millions d’enfants. Malgré les politiques publiques, ce chiffre est stable depuis dix ans. Le taux de pauvreté des enfants en France est de 20%, il est de 14 % environ dans l’ensemble de la population.

Il y déjà longtemps que les allocations familiales, autrefois universelles, financées par une cotisation employeur sur les salaires, ne suffisent plus.  Aujourd’hui, à taux plein, la famille ne perçoit rien pour le premier enfant, le deuxième donne droit à environ 130 €, les suivants autour de 170 € et ce jusqu’à 18 ans. Les AF sont à déduire du RSA et de la PA. Depuis la présidence Hollande, elles sont soumises à conditions de ressources. Actuellement, devant l’incapacité à couvrir toutes les situations, il existe toutes une série d’aides complémentaires conditionnées (majoration des AF, Paje de base, Allocation de soutien familial, bourses scolaires, allocation de rentrée scolaire, etc.). Pour ceux qui sont imposables, s’ajoute le quotient familial qui, jusqu’à il y a peu, avantageait considérablement les familles nombreuses riches.

Dans son ouvrage Les inégalités sociales à l’école [4], la sociologue Marie Duru-Bellat, spécialiste des questions d’éducation, a montré que les inégalités scolaires sont corrélées aux caractéristiques familiales et en particulier à la profession des parents. L’école est accusée d’être une machine à reproduire les inégalités et c’est en partie du fait des inégalités économiques qui se creusent.

En France, l’instruction est obligatoire et gratuite jusqu’à 16 ans mais l’éducation d’un enfant n’est pas gratuite : il faut assurer le quotidien, bien le nourrir, l’habiller correctement pour ne pas être stigmatisé, disposer de fournitures scolaires, c’est un besoin universel. Certes, les bourses scolaires existent mais elles sont souvent très insuffisantes.  

Les jeunes de 18 ans à 25 ans, les grands oubliés de la solidarité

Dans une tribune au « Monde » publiée le 5/09/2020, le chercheur Tom Chevalier s’étonne de l’absence d’accès des 18-25 ans aux minima sociaux, mesure pourtant recommandée par tous les rapports et les études et alors que la crise actuelle touche principalement les jeunes.

« Les jeunes âgés de 18 à 29 ans présentent un taux de pauvreté monétaire (revenu inférieur au seuil de 50 % du revenu médian) quatre fois supérieur à celui des personnes âgées de plus de 60 ans : environ 13 % contre 3 % en 2017 d’après l’Insee. Il s’agit également de la tranche d’âge dont le taux de pauvreté a le plus progressé ces dernières années, avec une hausse de près de 50 % depuis 2002. »

Statisticiens et chercheurs en sciences sociales ont accumulé les observations d’une augmentation de la précarité des jeunes : hausse du nombre de jeunes sans-abri et de la pauvreté étudiante, recul de l’âge de la décohabitation familiale, précarisation des conditions d’emploi et taux de chômage plus élevé que la moyenne…

L’Observatoire des inégalités le souligne dans un article du 28 août 2020 : « La pauvreté affecte d’abord les plus jeunes. En premier lieu, les jeunes adultes (de 18 à 29 ans), catégorie d’âge pour laquelle la progression a été la plus forte ces quinze dernières années : leur taux de pauvreté a augmenté de 8,0 % à 12,6 % entre 2002 et 2017, soit une progression de 50 %. Une grande partie de la dégradation de leur situation a eu lieu au début des années 2000 : dès 2005, leur taux de pauvreté atteignait déjà 11,4 % (au seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian). Il s’agit de jeunes adultes, souvent peu diplômés, qui peinent à s’insérer dans le monde du travail et qui sont contraints de vivre avec de très bas revenus (indemnités de stage, bas salaires, soutien parental, etc.). Les 18-25 ans n’ont pas le droit – sauf rares exceptions – aux minima sociaux. Au total, un million d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. »

Depuis 2007, avec la crise financière, les jeunes ont été les premières victimes de cette guerre économique mondialisée, mortifère pour les emplois. « En 2010, plus d’un jeune actif sur cinq (21,2 %), de 20 à 24 ans, est sans emploi. C’est quatre fois plus qu’en 1975 (5,3 %). Une situation qui n’a rien de comparable avec les actifs de 45 à 49 ans, dont le taux est 3,4 fois moins élevé (6,3 %), même s’il a aussi progressé (il était de 2,3 % en 1975) » (Observatoire des inégalités).

Avec le temps, cela ne s’arrange pas : en France, le taux de chômage chez les 18-25 ans atteint les  26,1 % en 2020, taux que la crise de la Covid-19 a fait exploser.

Dans tous les pays, le nombre de jeunes qui ont quitté le système scolaire sans emploi et sans formation en cours, augmente. Les Neet (de l’anglais : Not in Education, Employement or Training) seraient en France, selon une étude du Conseil d’analyse économique, près de 1,9 million (15 à 29 ans). Par ailleurs, un rapport[5] commandé par le gouvernement annonce que 18% des 20-24 ans, 14,7% des jeunes âgés de 15 à 29 ans seraient dans cette situation. Si la plupart tente de s’en sortir, environ 900 000 jeunes (de 15 à 29 ans) seraient résignés, s’isoleraient du monde extérieur et seraient ainsi particulièrement vulnérables.

La précarité dans l’emploi augmente, le nombre de contrats temporaires et le sous-emploi sont très élevés, ce qui génère insécurité et pauvreté. 

Pour ceux qui ont choisi de poursuivre des études et qui ne disposent pas de l’aide suffisante de la part de leurs parents, les conditions de vie se dégradent aussi. Les bourses d’études sous critères sociaux n’arrivent pas à répondre à l’ensemble des besoins du quotidien : se nourrir, se loger, se vêtir et se cultiver… en sus des éventuels droits d’inscription. En France, les ressources des étudiants vivant en ménages indépendants proviennent à 42 % de leurs familles alors qu’en Finlande, grâce à un revenu universel étudiant[6],  cette part du budget dépendant de la famille n’est que de 11 %. Chez nous, trop d’étudiants doivent exercer un emploi alimentaire ; celui-ci prend trop souvent le pas sur les études qui se soldent alors par des échecs.

Le manque de logements adaptés, leur coût trop élevé, l’augmentation des droits de scolarité et des frais médicaux conduisent de nombreux étudiants à sacrifier leurs études pour un travail mal rémunéré et avec Covid-19 ces emplois de survie ont disparu.

Face à cet état de fait, les gouvernements successifs ont toujours refusé de mettre en place un revenu minimum d’autonomie. Pour cacher le refus des comptables de Bercy d’allouer un RSA au 18-25 ans, on préfère accuser la jeunesse de paresse, d’oisiveté, d’indolence, d’immaturité.

Le ministre des finances, Bruno Lemaire, s’est distingué récemment sur une chaine d’information en affirmant : « A 18 ans, ce qu’on veut, c’est du travail. ». Le problème est que du travail correctement rémunéré et qui correspond aux compétences acquises et à un projet personnel, il y en a de moins en moins.

Le système actuel en reste à des mesures spécifiques et homéopathiques qui s’avèrent incapables d’assurer à la fois un revenu minimum et un accès aux soins :

  • RSA pour ceux qui ont déjà deux années d’activité professionnelle,
  • « La garantie jeunes », (drôle de nom) : 485 € par mois en échange de l’engagement dans un Pacae[7], pour ceux les 16 à 25 ans qui ont quitté le système scolaire, leur famille, n’ont pas d’emploi et ne sont pas en formation (les fameux Neet).

A ces dispositifs, s’ajoutent d’autres aides en direction des jeunes ou plus générales comme les APL. La plupart de ces mesures sont conditionnées à des situations bien particulières.

Pour sortir de l’ornière dans laquelle s’enfonce une génération, il faut mettre en place un véritable « plan Marshall » pour la jeunesse. Une des clés de voûte de ce plan peut être l’allocation universelle d’existence. Que l’on soit sans emploi, étudiant, en apprentissage ou dans l’emploi on est assuré d’un minimum garanti, c’est un droit.

De par son caractère universel, l’allocation d’existence assure à tous les parents d’abord, puis au jeunes adultes ensuite, de disposer en toute autonomie des moyens qu’exige la construction d’un être social autonome capable d’évoluer dans le monde qui l’entoure.

Avant de le généraliser à tous les âges de la vie, on peut dès maintenant répondre à cette urgence sociale en mettant en  place un revenu universel pour l’ensemble de la jeunesse de 0 à 25 ans financé par une cotisation sur le patrimoine net.

___________________

UNE PROPOSITION

DES ALLOCATIONS FAMILIALES ENFANCE ET UNE DOTATION UNIVERSELLE TREMPLIN[8]

  • De la naissance à 18 ans, en individualisant et en revalorisant les allocations familiales versées aux parents de 0 à 18 ans avec la gradation suivante :
    • 1800€ (2×900 €) à la naissance, en remplacement de la Prestation d’Accueil du jeune Enfant soumise à condition de ressources.
    • 300 € (1/3 x 900 €) par enfant de 0 à 14 ans, en remplacement des allocations familiales versées à partir du deuxième enfant (132 € dégressif en fonction des revenus) et de la Paje de base.
    • 450 € (0,5 x 900 €) par enfant de 14 à 18 ans.

  • A partir de 18 ans par la mise en place pour chacun d’une dotation universelle tremplin de 75000 € avec un droit de tirage de 900 € maximum par mois ; le solde étant versée en capital à 25 ans.  900 € à partir de 18 ans jusqu’à 25 ans c’est un capital de 75 000 € qui est transmis des parents et grands-parents, qui ont un patrimoine, vers la génération de l’ensemble des enfants et jeunes, de la naissance à 25 ans.

Il s’agit bien d’un revenu universel, car tout le monde, à une période de sa vie recevra inconditionnellement et individuellement cette allocation.

Son financement par une cotisation sur le patrimoine net privé permet une transmission universelle d’une partie de la richesse accumulée par les générations précédentes.

Cette proposition, avec un taux moyen de cotisation sur le patrimoine de 0,75 % par an[9] , permet de transmettre à toute la génération des moins de 25 ans, 86 milliards d’euros. Avec la cotisation existante sur les salaires pour les allocations familiales (35 milliards d’euros) il est ainsi possible de financer ce plan émancipateur de 120 milliards d’euros. ( voir tableau 1)

La suppression de toutes ces aides à la famille de l’État permettrait de diminuer la CSG, en particulier pour les retraités, et dans finir avec l’IFI qui concerne peu de contribuables et qui est dans cette proposition avantageusement remplacé par la contribution universelle sur le patrimoine immobilier comme financier.

Par la solidarité élémentaire de tous, il est possible d’en finir dès maintenant avec la précarité imposée de manière scandaleuse aux jeunes générations. Les moyens existent, en patrimoine accumulé par les générations précédentes et en revenus.

Tableau 1 : Budget

Pour illustrer le propos :

Cas d’une famille avec 2 enfants de 8 et 15 ans et un patrimoine net d’une valeur de 400 000 euros

  • recevra de la CAF outre les 1800 € à la naissance de chacun des enfants, 300 € pour le cadet et 450 € pour l’ainé, soit 750 € par mois ;
  •  contribuera à la CAF pour 250 € par mois sur son patrimoine.
  • A 18 ans, chacun des enfants verra son compte CAF crédité de 75 000 € avec la possibilité de disposer d’un revenu d’existence de 900 € maximum par mois jusqu’à 25 ans et le déblocage du reliquat à 25 ans.
  • Ainsi l’un deux pourra choisir un revenu mensuel de 900 € pendant 4 ans pour assurer sa condition d’étudiant, puis, avec l’exercice d’un emploi, de bénéficier d’un capital de 32 400 € à 25 ans,
  • l’autre au contraire, en apprentissage, se satisfera de 450 € par mois pendant 2 ans , son capital à 25 ans, 64 800 €, lui permettra de réaliser son projet professionnel.

Ainsi, à partir de 18 ans, quelle que soit son origine familiale, c’est en totale autonomie que le jeune adulte peut aborder sa formation et son insertion professionnelle.

Alors, inutile de tergiverser plus longtemps, nous avons les moyens de faire en sorte que chaque génération puisse disposer pleinement des conditions nécessaires à son émancipation, grâce à la transmission à la fois de l’héritage culturel et matériel acquis par les générations précédentes.

On ne devra pas se satisfaire de cette seule première étape , il sera nécessaire ensuite de généraliser à tous et toutes, tout au long de la vie, ce revenu d’existence, pour en faire un droit universel qui permette à l’ensemble de la société de se réorganiser.

___________________



[1]  Pour plus de détails lire « La face cachée des prestations familiales » de Léon Régent- Éditions de l’Onde

[2] « Le système des aides sociales, c’est le moyen de faire taire les classes laborieuses qui prennent de plein fouet les ravages du capitalisme mondialisé. » C’est ce qu’écrit Simmel, philosophe et sociologue allemand en 1907 ! Cité par Alice Zeniter dans Comme un empire dans un empire Éditions Flammarion – 2020.

[3] Le philosophe français Dany-Robert Dufour a repris cette idée : du fait de son inachèvement, l’homme serait un être intrinsèquement prématuré, dépendant de la relation à l’autre, d’où la substitution nécessaire de la culture à la nature propre à cette espèce, et sa place particulière dans l’histoire de l’évolution, l’homme se réappropriant le monde par la parole, la croyance symbolique et la technique.

[4]  Les inégalités sociales à l’école – Genèse et mythes – Editions PUF-2002

[5] Voir le rapport : emploi et chômage des 15-29 ans en 2011 de la DARES

[6]  Enquête Eurostudent, 2005

[7] PACAE : Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie.

[8] Lire la proposition similaire de Guillaume Mathelier sur la plateforme parlement et citoyen  « Combinons revenu d’existence et capital d’émancipation »: « En cela, nous proposons de combiner la force des deux mécanismes en un seul « l’égalité des dotations initiales » qui donnerait à l’individu dès la naissance des droits socio-économiques qui dans un premier temps « capitaliserait » chaque mois une part de revenu d’existence sur un compte public personnel et qui dans un deuxième temps après délivrance de ce capital d’émancipation (accumulé par conséquent de 0 à 18 ans) donnerait droit à un revenu d’existence mensuel qui permettrait simplement d’assurer la dignité de l’individu au-delà de sa dépendance à la sphère salariale. Amené politiquement et philosophiquement comme un « droit à résonance constitutionnelle », ce mécanisme complexe d « égalité des dotations initiales » (combinaison d’une dotation capitalisée de 0 à 18 ans et délivré à l’âge de majorité + revenu d’existence à partir de 18 ans), est compris comme résolument universel, sans contrepartie, inconditionnel et individuel. Tout simplement car il serait un droit de naissance inaliénable comme peuvent l’être par exemple les libertés constitutionnelles.

[9] Ce taux serait progressif: de 0 à 0,75 % pour les revenus de 0 à 2000€ , puis 0,75 % pour les revenus supérieurs et jusqu’à une valeur de patrimoine de 1 000 000 €, ensuite 1,5 % .

Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Jeunes générations : vers une allocation universelle et une dotation tremplin

  1. Ping : Le journal du revenu de base : février 2021

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s