Les 1 % en cellule de dégrisement.

https://i1.wp.com/www.karimadelli.com/images/article/normal/logo-sauvons-les-riches250.jpg

 

Dans Le Monde du 16/06/2013 un étrange article d’un « collectif des 1 % »  interpelle. Dans un éclair de lucidité (?) entre deux doses de parachutes dorés ou de bonus exceptionnels, comme les alcooliques anonymes, nos ultra-riches auraient des velléités de sevrage. Dans cet article intitulé  » taxer les prédateurs , aider les créateurs » on nous révèle que ces milliardaires ne peuvent pas faire autrement que de s’enrichir: « nous nous enrichissons au détriment du produit intérieur brut de nos patries, car c’est mathématiquement la meilleure façon de le faire à cause de l’inepte tissu de lois qui nous y incite. » – Les pauvres, ce n’est pas de leur faute, c’est l’Etat qui les pousse à accumuler sans cesse – Dégrisés ? dans un élan de bonne conscience , ils disent non à la rente, oui à »l ‘investissement créateur de valeur » et le coeur sur la main ils proclament « que l’enrichissement individuel ne puisse se réaliser sans enrichissement collectif. Nous aussi souhaitons un monde moins inégalitaire et plus durable pour nos enfants. »

Ensuite viennent cinq mesures pour sortir de la crise:

LES CINQ MESURES MAGIQUES

  • diminuer les charges sur le travail de 30 %, et supprimer l’impôt sur les revenus des activités salariées et des investissements productifs.
  • Taxer les revenus financiers venant d’investissements réalisés sur des matières premières par des acteurs non capables de transformer ces matières ou, de manière plus générale, toute ressource (options, futures) détenue par un acteur non industriel qu’il ne sait pas transformer lui-même et rendre progressive la taxe foncière en fonction de la surface habitable.
  • taxer  la consommation avec une échelle de progressivité en fonction inverse de la nécessité des produits et activités taxés et de leur impact sur l’environnement.
  • l’assiette des impôts et taxes évoquée aux deuxième et troisième points doit être calculée de façon à équilibrer le budget de l’Etat tout en maintenant le financement de notre système social.
  • séparer les activités de dépôt des activités d’investissement au sein des banques.

Dans un élan d’union nationale, le collectif anonyme termine en affirmant  « nous sommes de droite, car nous voulons que les entrepreneurs aient plus de chances de succès et que les revenus du travail et du capital investis pour financer des activités productives ne soient plus taxés. Mais nous sommes de gauche, car nous voulons la préservation de notre système social (dont on pourrait quand même améliorer la productivité…), la réduction des inégalités et la redistribution des richesses immobilisées. »

DES MESURES EN TROMPE L’ OEIL

Si on  pourrait être  d’accord sur la taxation des activités spéculatives et du patrimoine immobilier et la séparation des activités de dépôts et d’investissement des banques on retrouve, dans la diminution des charges sur le travail et la suppression de l’impôt sur les revenus des activités salariées et des investissements productifs, avec le report des prélèvements sur la consommation,  les revendications permanentes des économistes libéraux. ( On rappelle que les  » charges sur le travail  » ne sont que du salaire socialisé  avec la sécurité sociale, les allocations familiales, les allocations chômage ou la  retraite).

Il faut revenir aux fondamentaux de la création de la richesse et du partage de la valeur ajoutée. Ce ne sont pas seulement les investisseurs mais aussi et surtout les travailleurs qui, en mobilisant  force, intelligence et  compétences,  avec l’aide de moyens techniques, sont  les créateurs de richesse.  Le problème est que le partage de la valeur ajoutée s’est constamment dégradée au profit du capital au cours des années. La part des rémunérations du travail est passée de 81 % en 1900 à 75 % en 1982  et à 67 % en 2007. « En cumul, depuis 1982, la déformation du partage de la richesse a fait basculer l’équivalent de 1 100 milliards d’euros de salaire brut et 400 milliards d’euros de cotisations patronales des salaires vers les profits. Le sacrifice aurait pu trouver une justification s’il avait alimenté l’investissement, gage supposé de créations d’emplois. Mais ces 1 500 milliards d’euros ont surtout nourri les dividendes (revenus nets distribués aux actionnaires) et l’épargne des entreprises, qui se sont respectivement accrus de six et neuf points entre 1982 et 2010″ ( Article de CCR  «  Vous avez dit: Baisser les charges » )
Si comme l’affirme cet étrange article du collectif des 1 %, « durant les dix dernières années, le patrimoine des Français est passé de 3 800 milliards à 9 600 milliards d’euros, et le montant global de la dette de la France n’est « que » de 1 700 milliards », il faut rappeler que la moitié de ce patrimoine est détenu par les 10 % les plus riches et 18 % par les 1 % et, qu’entre  2008 et 2010, les 10 % les plus pauvres ont perdu 520 millions d’euros, alors que les 10 % les plus riches se sont enrichis de 14 milliards. ( INSEE et l’Observatoire des inégalités )

S’il est urgent et nécessaire de redistribuer par l’impôt une partie de cette richesse accumulée et inutile pour l’économie, il faut aussi que chacun, en fonction de ses revenus, participe aux missions que la nation se donne démocratiquement et, dès la production, tendre vers une juste répartition de la valeur ajoutée entre tous les acteurs, comme il est juste de faire en sorte que tous les exclus du travail salarié participent aussi à la création de la richesse du pays par le partage des emplois. Et de cela nos 1 % anonymes restent muets.
 » taxer les prédateurs , aider les créateurs » oui, mais aidons tous les créateurs et pas seulement ceux qui font les chèques.

Cet article a été publié dans économie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s