La semaine de 4 jours et le revenu de base: 50 % de temps libre supplémentaire – 25 % d’emplois créés

Autre version de cet article dans «  Le Cercle  – Les Echos« 

« Nous pourrions réduire le chômage en partageant mieux le travail, et profiterions ainsi des gains de productivité offerts par les nouvelles technologies pour accorder plus de temps à nos loisirs ou à nos projets personnels. Et si nous ne le faisons pas, c’est simplement que nous n’avons pas encore admis cette possibilité… »  Michel Rocard

La raréfaction des emplois qualifiés que l’on refuse de partager et le développement d’emplois précaires de plus en plus nombreux ont créé une société duale et fragile où les petits boulots et les temps partiels contraints n’ont pas réussi à faire diminuer le chômage. On ne peut plus compter sur un retour de la croissance pour créer de nouveaux emplois; il faut changer de paradigme!

La productivité du travail ne cesse de croître, la richesse augmente et se  concentre; avec une croissance du P.I.B. de plus en plus faible, on ne peut que détruire des emplois. L’allocation d’un revenu  de base universel et inconditionnel, financé essentiellement par la redistribution d’une petite partie du patrimoine accumulé et par un prélèvement d’une part des revenus du travail et de la valeur ajoutée, revenu complémentaire à celui du travail, accompagnerait la tendance historique à la diminution de la part du travail humain dans la création de richesse et permettrait de rendre du temps  à l’homme et de mieux répartir les emplois entre tous.

Les travaux de Pierre Larrouturou l’ont montré, la semaine de 4 jours n’est pas une hérésie économique, au contraire elle est la seule solution pour partager le  travail qui existe encore. Mais la réforme des 35 heures, conduite de façon autoritaire par le gouvernement Jospin en 2000,  a fermé la porte à toute évolution dans ce domaine. Pire, dans les pays occidentaux,  face à la disparition du travail au profit d’une consommation supplémentaire  d’ énergie fossile, avec  une croissance qui ne reviendra plus, on tourne le dos à cette réalité, en incitant  ceux qui ont un emploi à travailler plus et plus longtemps ( par l’allongement de la semaine de travail, la durée hebdomadaire en France d’un plein temps est de 38 heures!- et par l’allongement des carrières professionnelles ). Les conséquences sont l’augmentation du chômage, l’accroissement sans fin des dépenses sociales pour réparer les dégâts du chômage et de la précarité et l’alourdissement des déficits budgétaires.

La création d’emplois  par la réduction du temps de travail doit résoudre la quadrature du cercle qui est celle de libérer du temps sans baisse de salaire pour le travailleur,  sans surcoût excessif pour l’employeur.

Le revenu de base inconditionnel peut être le levier  qui donnera de l’air à notre rapport au travail.

50% DE TEMPS LIBERE EN PLUS ET JUSQU’A 25 % D’EMPLOIS CREES.

Actuellement, pour un employé, dont le salaire brut moyen est de 2600€ (salaire brut moyen en France ), le salaire net est de l’ordre de 2000€ et après déduction de l’IRPP , en moyenne de l’ordre de 1850€. Pour l’employeur le coût salarial est, par salarié, de 3750€, avec un taux de cotisations patronales de 45 %.

Avec une allocation d’un revenu de base de 600€ par personne, (1 ) le passage de 35 h à 28 h par semaine et un salaire brut égal à 88% du salaire initial, le salaire, net de tout impôt pour 4 jours hebdomadaires de travail, serait maintenu à  1850€. Le pouvoir d’achat est ainsi préservé pour une journée supplémentaire libérée chaque semaine; elle permettrait de créer jusqu’à  25% d’emplois supplémentaires,, sans augmentation sensible de la masse salariale.

Comme le préconise Pierre Larrouturou, les possibilités de gestion de ce temps libéré sont multiples suivant les corps de métiers, au gré de l’entreprise.Par exemple:

  • 4 jours de travail (28 heures) sur 5 (pour la plupart des salariés).
  • 4 jours sur 5 ½ ou 4 jours sur 6 dans la distribution.
  • 4 jours sur 7 (hôpitaux, transports).
  • 1 semaine libre sur 5.
  • 1 semaine longue, 1 semaine courte (pour les chauffeurs routiers par exemple).
  • 1 week-end de 4 jours toutes les deux semaines.
  • 1 mois libre sur 5 (chercheurs, programmeurs en informatique…).
  • 1 année sabbatique tous les 5 ans (chercheurs…). Etc….

Il y avait en France, au 31 décembre 2011,  23.8 millions de salariés. Avec la semaine de 4 jours c’est un potentiel de 5 millions d’emplois créés!

Notre Président de la République pourrait enfin trouver le moyen d’ inverser sa courbe du chômage sans inverser le graphe.

Ceux qui souhaitent travailler pourraient le faire tout en libérant partiellement d’une occupation rémunérée l’ensemble des salariés. Ainsi  s’ enclencherait le cercle vertueux de la machine à transformer le travail subi en travail choisi, l’inactivité forcée en temps libéré.

Quelles sont les résistances qui empêchent nos dirigeants de prendre les mesures qui s’imposent?

Ce ne peut être l’ignorance. L’inaction de nos  élites et de nos élus  dans ce domaine n’a pas d’excuse. Afin d’en finir avec  des souffrances inutiles chez l’ensemble des travailleurs (employés et demandeurs d’emplois), il est temps de changer de paradigme.

Il faut trouver  les moyens de faire en sorte que l’idée d’un revenu de base inconditionnel et universel s’impose à tous.

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(1 ) Pour développer notre démonstration prenons l’exemple suivant:

Avec un salaire brut moyen  de 2600€ (salaire brut moyen en France ), le salaire net est de l’ordre de 2000€ et après déduction de l’IRPP , en moyenne de l’ordre de 1850€. Pour l’employeur le coût salarial est, par salarié, de 3750€, avec un taux de cotisations patronales de 45 %.

Avec l’allocation d’un revenu de base de 600€ par personne, et pour le salarié:

  • une cotisation pour la retraite de 15% sur les revenus ,
  • une cotisation solidarité pour le revenu de base de 20 % sur le salaire brut

pour l’employeur:

  • une cotisation assurance maladie de 14%
  • une cotisation solidarité pour le revenu de base de 10 %
  • une cotisation congé de 5%
  • une cotisation retraite de 15 %

soit 44 % de cotisations patronales.

( pour plus de détails lire « Pour un revenu de base pour tous » )

Le passage de 35 h à 28 h par semaine, permettrait à cette entreprise de créer 25% d’emplois supplémentaires.

Avec un salaire brut égal à 88% du salaire initial et le revenu de base, le salaire net de tout impôt pour 4 jours hebdomadaires de travail serait de 1855€. Le pouvoir d’achat est ainsi maintenu pour une journée supplémentaire libérée chaque semaine.

En ce qui concerne la masse salariale, avec la création de 25% d’emplois supplémentaires, celle-ci augmente de l’ordre de 3 %, ce qui sera largement compensé par les gains de productivité.  ( Sal. Brut x 1.45 =  0.88 Sal. Brut x1.25 x1.36= Sal.Brut x 1.496 ).

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